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Métaux rares : à consommer avec modération

Métaux rares : à consommer avec modération

Produits par une poignée de pays, les métaux rares représentent un marché stratégique. Pour réduire la dépendance vis-à-vis de ces matières, la France dispose d’une R & D foisonnante sur le recyclage, mais franchir le pas de l’industrialisation reste un défi.

La bulle a éclaté à l’été 2011. Pendant les six premiers mois de l’année, les prix des terres rares se sont envolés, enregistrant pour certains un bond de 500 %. En cause, le durcissement des quotas imposés par la Chine sur les exportations de ces matériaux, dont elle a le quasi-monopole, avec environ 90  % de la production mondiale. Les quotas sont passés de 50 000?à 30 000?tonnes par an entre 2009 et 2010. Supprimés cinq?ans plus tard, ils ont été remplacés par un système de licences. Cette flambée des cours, bien qu’éphémère, a profondément changé la perception des économies occidentales sur les métaux rares, en révélant leur importance stratégique. « Ce fut un électrochoc, se souvient étienne Bouyer, chargé d’affaires européennes sur l’efficacité matière au CEA Tech. Le sujet des métaux critiques était jusque-là abordé dans des cercles assez restreints. Mais cette crise a permis à un certain nombre d’acteurs économiques de prendre conscience du problème. » Car les transitions énergétique et numérique, fleurons du renouveau industriel, sont très gourmandes en métaux rares. Téléphones portables, voitures électriques, éoliennes… Les nouvelles technologies raffolent de ces « vitamines » qui leur confèrent des propriétés particulières. Or ces métaux sont inégalement répartis sur la surface du globe. Et parmi les pays qui ont la chance d’en posséder dans leur sous-sol, seuls quelques-uns décident de les exploiter. à l’état de matière première, les métaux rares sont disséminés en très petites quantités dans des gisements de métaux plus abondants comme le cuivre, le nickel ou le zinc. Les gisements de bauxite, qui contiennent de l’aluminium, renferment ainsi parfois d’infimes quantités de gallium : quelques dizaines de parties par million en moyenne, selon l’Institut d’études géologiques des États-Unis. Enfouis dans les 10?à 30?kilomètres d’épaisseur de la croûte terrestre, les gisements de métaux rares sont dispersés autour de la planète.

Faut-il craindre une pénurie à court, moyen ou plus long terme des réserves de métaux rares ? Pour Olivier?Vidal, directeur de recherche au CNRS à l’université Grenoble-Alpes, il n’y a pas de réponse définitive à cette question. « Les réserves varient au cours du temps en fonction de la découverte de nouveaux gisements ou de l’amélioration des techniques d’extraction. » Ajoutez à cela la fluctuation des prix de l’énergie, les taxes et l’évolution des législations… Difficile, dans ce contexte, de prédire l’évolution des coûts d’exploitation des gisements, et donc la disponibilité et le prix de vente des métaux rares dans les prochaines années.

En 2010, l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie?(Ademe) publiait une première étude sur le recyclage des métaux rares en France. Objectif ? Identifier les gisements accessibles dans les produits collectés en fin de vie et cibler les développements nécessaires en R & D. Début 2011, le Comité pour les métaux stratégiques?(Comes) est créé pour assister le ministre chargé des Mines sur ce sujet. « En 2016, nous avons constaté qu’il existait une R & D foisonnante et compétente sur le recyclage des métaux critiques, mais un faible niveau d’activité industrielle. Nous avons décidé d’orienter les efforts de R & D pour qu’ils conduisent à des applications industrielles réelles », rapporte Rachel?Baudry, représentante de l’Ademe au Comes.

Coordinatrice technique du rapport publié par l’Ademe en juin?2017, elle concède que l’exercice est plus compliqué que prévu : « Cette étude a confirmé que la France est compétente et leader en termes de recherche. Mais elle n’a pas permis d’identifier les deux ou trois?métaux sur lesquels nous devons nous concentrer pour finaliser une première usine de recyclage afin de les extraire. » Depuis, le Comes s’est réuni plusieurs fois pour poursuivre la réflexion. « Nous arrivons au bout, assure Rachel?Baudry. Un avis comportant quelques pistes prometteuses sera prochainement publié. » Impossible d’en savoir plus pour le moment. Les travaux à venir consisteront à estimer la rentabilité des solutions envisagées.

Recycler en produisant de la valeur

La difficulté majeure du recyclage des métaux rares est son coût par rapport au prix de la matière première. « Nous pouvons tout recycler, convient étienne Bouyer. Il est possible de développer le meilleur des procédés pour séparer toutes les terres rares, mais le recycleur doit regarder la balance économique. » Recycler en France dans de bonnes conditions environnementales et avec un droit du travail européen revient plus cher que l’importation de matières premières vierges en provenance d’autres pays, notamment hors de l’Europe, estime Rachel Baudry.

Le sujet est d’autant plus difficile à appréhender qu’il est marqué par une opacité. Contrairement aux grands métaux dont le cours est public, les prix des métaux rares ne sont pas publiés. L’approvisionnement des industriels repose sur des relations commerciales directes. « Cette confidentialité des marchés ne facilite pas les travaux sur l’équilibre économique d’installations de recyclage », commente Rachel Baudry. Les prix des métaux rares disponibles dans la littérature sont souvent établis par des consultants spécialisés à partir de données souvent payantes et de témoignages d’industriels.

Pour s’affranchir des fluctuations des coûts des matières premières, les recycleurs cherchent à produire de la valeur et des produits. Alors qu’ils se contentaient auparavant de débarrasser les rebuts des usines, ils savent aujourd’hui que les « mines urbaines » (déchets d’équipements électriques et électroniques) ont de la valeur. « Un changement est apparu il y a un an ou deux, remarque étienne Bouyer. Nous ne nous contentons pas de séparer[…]

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