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La semaine de Jean-François Prevéraud

Mentor Graphics s'en sort plutôt bien

Industrie et  Technologies
Dans un marché électronique fortement marqué par la crise, Mentor se débrouille plutôt mieux que ses concurrents. Les 25 ans de la filiale française ont été l'occasion de faire un point avec Daniel Le Boulbar.



« Nous avons connu une année 2008 mouvementée », reconnaît Daniel Le Boulbar, directeur général pour l'Europe du Sud de l'éditeur de CAO-Electronique Mentor Graphics. Et pas seulement à cause de la crise apparue en septembre.

« Notre concurrent Cadence Design Systems a en effet lancé une OPA hostile sur notre société le 17 juin. Ils étaient entre autres intéressés par notre position dominante sur le marché des outils de conception de circuits imprimés et la plate-forme Calibre qui détient 70 % du marché des outils de conception en vue de la fabrication (DFM) pour les circuits intégrés ».

Cette OPA a été plutôt mal vue par la communauté des utilisateurs qui ont souvent montré leur confiance en Mentor en anticipant leur renouvellement de licence, ce qui s'est traduit par un second trimestre fiscal plus fort que prévu. Alors que dans le même temps Cadence connaissait un deuxième trimestre fiscal difficile, ce qui a abouti à son renoncement à l'OPA mi-août.

Mieux que le marché

« La baisse de la demande en produits électronique et par conséquent des outils de conception, combinée à la reconsolidation du chiffre d'affaires de Cadence, a conduit à une chute de 16 % du marché de la CAO-Electronique en 2008, celui-ci passant de 4,862 à 4,080 milliards de dollars selon les chiffres des principaux analystes ». Dans le même temps le chiffre d'affaires de Mentor est passé de 880 à 789 millions de dollars, soit une baisse de "seulement" 10 %. Un chiffre d'affaires qui se ventile à raison de : 25 % pour le circuit imprimé (PCB) ; 25 % pour la vérification ; 35 % pour le circuit intégré ; 15 % pour les marchés émergents (automobile, logiciel embarqué, Design for Test).

Des résultats moins mauvais que la moyenne, que Mentor attribue notamment à l'engouement des industriels pour sa famille d'outils Calibre. Celle-ci répond à leur forte préoccupation qui est d'atténuer l'explosion des coûts de développement des circuits intégrés due à la diminution des niveaux de gravure. « Alors que le prix d'un masque de circuit intégré en technologie 45 nm était de l'ordre de 5 M$, il faut compter entre 20 et 30 M$ avec les technologies 32 et 22 nm. D'où l'intérêt accru pour faire des vérifications poussées avant fabrication », explique Daniel Le Boulbar. Les ventes de Calibre sont ainsi passées de 1 M$ en 1996 avec un outil de niche, à plus de 200 M$ en 2008 autour d'une véritable plate-forme.

Des outils leaders

Mais d'autres facteurs ont aussi participé au "bon" comportement de Mentor, tels les récentes acquisitions de technologies complétant le portefeuille de produits : Sierra Design Automation avec son logiciel de placement-routage Olympus SoC en 2007 ; Ponte Solutions qui analyse les impacts de la variabilité des process de fabrication dans le domaine du Design For Manufacturing et Flomerics pour la simulation thermique des systèmes en 2008 ; Agility Design Solutions en synthèse de haut niveau en janvier 2009. Bien que fortement investi dans les développements internes, Mentor ne néglige effectivement pas les achats de technologies lui permettant de compléter plus vite son portefeuille de produits sur les segments de marché où il est déjà très bien implanté, voire numéro un.

Une stratégie qui répond aux nouveaux besoins du marché. « Il existe de réelles opportunités de développement avec la discontinuité créée par le passage du 65 au 45 nm. Ainsi, il faut tenir compte plus précisément : des variations de conception et de process de fabrication ; de la nécessité de faire baisser la consommation des circuits ; de la croissance exponentielle de la taille moyenne des circuits (134 000 transistors en 1986, 2 milliards en 2008) ; des besoins spécifiques aux nouveaux process de lithographie et de fabrication ». Il faut ajouter à cela le retour de Mentor sur le marché de l'émulation, après cinq années difficiles, avec une machine performante, Veloce. Enfin, la montée en puissance de nouveaux segments de marché, comme la conception des réseaux embarqués et des câblages dans les véhicules, devraient aussi profiter à Mentor.

Mais, malgré tout, les prévisions de marché pour 2009 restent conservatrices avec, pour la plupart des analystes une quasi-stabilité précédant, pour le moment, une légère reprise en 2010. « Mais tout cela reste à confirmer car comme tous les acteurs du marché nous manquons de visibilité à moyen terme », concède Daniel Le Boulbar.

Le poids grandissant de l'Europe

Notons que pour la première fois, suite à la reconsolidation des revenus de Cadence, Mentor Graphics a été le premier vendeur de CAO-Electronique en Europe en 2008, avec une part de marché de 25 %. Un marché européen qui représente 30 % des revenus de l'éditeur, contre 40 % pour l'Amérique du Nord, 15 % pour le Japon et 15 % pour le reste de l'Asie.

Une Europe qui pèse aussi lourd dans la R&D de Mentor, avec pas moins d'une douzaine de centre regroupant 420 ingénieurs. La France comptant environ 150 chercheurs répartis entre les Ulis (91) pour la partie émulateur logique et Grenoble (38) pour la simulation analogique et mixte. « Ce nombre de centres peut paraître important, mais ils sont issus de nos acquisitions passées, par exemple Anacad EES en 1994 pour Grenoble et Meta Systems en 1996 pour les Ulis. Les regrouper conduirait immanquablement à des pertes de savoir-faire ».

Notons enfin que ce mois d'avril marque les 25 ans de la filiale française de Mentor et les 20 ans de sa direction par Daniel Le Boulbard. Une longévité exceptionnelle dans un marché très mouvant, ce qui est fortement apprécié par des clients toujours à la recherche de points de repère stables.

Les phares sont toujours appréciés dans la tempête. Ce n'est pas le marin breton qui me contredira.

A la semaine prochaine.

Pour en savoir plus : http://www.mentor.com

Jean-François Prevéraud, journaliste à Industrie & Technologies et l'Usine Nouvelle, suit depuis plus de 27 ans l'informatique industrielle et plus particulièrement les applications destinées au monde de la conception (CFAO, GDT, Calcul/Simulation, PLM...). Il a été à l'origine de la lettre bimensuelle Systèmes d'Informations Technologiques, qui a été intégrée à cette lettre Web hebdomadaire, dont il est maintenant le rédacteur en chef.
 

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