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Mécanique : les idées anti-crise des industriels

Mécanique : les idées anti-crise des industriels

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Frappés par une récession sévère, les mécaniciens français multiplient les projets pour sortir au plus vite du marasme économique.

Christian Estrosi inaugure ce jour le salon Industrie 2010. Dans les allées de Paris Nord-Villepinte, le ministre de l'Industrie a tout loisir d'apprécier comment ont été reçues les mesures annoncées par le chef de l'Etat, suite aux Etats Généraux de l'Industrie.
La crise est sans précédent. Le constat de la Fédération des industries mécaniques (FIM) donne une idée de l'ampleur des dégâts. « En passant d'un chiffre d'affaires de 115 milliards d'euros en 2008, un record depuis 1992, à 97 milliards d'euros en 2009, l'industrie mécanique enregistre un très mauvais résultat », résume Yvon Jacob, son président. Tous les clignotants sont au rouge : les exportations ont baissé de 21 % et les investissements de 25 %. « Les industries mécaniques vont souffrir des surcapacités de production engendrées par deux années exceptionnelles en 2007 et 2008 », poursuit Yvon Jacob, qui prévoit une nouvelle baisse de l'activité de 5 % cette année.

Foisonnement d'idées

A plus long terme, les industries mécaniques ont-elles encore un avenir en France ? Un rapport du Conseil économique, social et environnemental (CES) passe au scanner le premier employeur industriel du pays. « Des entreprises de pointe dans leur domaine, un potentiel de production moderne, un riche tissu de sous-traitance, une main-d'oeuvre hautement qualifiée... Ses forces sont importantes », relève Martine Clément, l'ex-présidente de la FIM et rapporteur devant l'assemblée plénière du CES. Le savoir-faire exceptionnel des techniciens et ingénieurs français est tout particulièrement apprécié par certains groupes étrangers. Tom Johnstone, le président de SKF, déclare haut et fort sa détermination à continuer d'investir dans ce potentiel très riche.

Plus que jamais, l'industrie mécanique doit innover. Certaines entreprises l'ont bien compris. Basée à Challans (Vendée), Usimeca est spécialisée dans la réalisation d'outillages pour l'aéronautique. Cette PME de 30 salariés, qui a réalisé l'an dernier un chiffre d'affaires de 4 millions d'euros, s'est résolue à investir 5,6 millions d'euros pour décrocher une commande d'Airbus. « Nous avons acquis deux centres d'usinage 5 axes du constructeur italien FPT », détaille Michel Douset, son directeur général. Pour proposer une offre globale, Usimeca s'est alliée avec deux autres entreprises : LATecis, un bureau d'études d'ingénierie mécanique basé à Montigny-le-Bretonneux (Yvelines), filiale du groupe Latécoère, et Besné Mécanique, spécialisé dans l'usinage de précision et les assemblages, à Besné (Loire-Atlantique). Usimeca vient d'intégrer le groupe Mesure, à Saint-Brévin-les-Pins (Loire-Atlantique). L'association donnera naissance à un groupe de 130 salariés avec une filiale au Maroc de 25 personnes. Et sera capable de fournir une prestation complète.

Souvent, le secret de la réussite des PME mécaniciennes passe par le choix d'un créneau technologiquement pointu. C'est le cas de Velan, une société de Lyon (Rhône), spécialisée dans les robinets pour l'industrie nucléaire, mais aussi pour la chimie, les mines, la construction navale... La filiale du groupe canadien éponyme s'est aussi diversifiée dans un métier de haute technologie : les vannes cryogéniques et supercryogéniques. « Ce qui nous oblige à innover pour fournir les solutions de demain, des robinets capables de résister 60 ans au lieu de 40, en imaginant par exemple, de nouvelles technologies de forgeage », explique Patrick Henry, le directeur général de la société. Les ingénieurs de Velan ont dû trouver maintes astuces, comme la suppression du cobalt utilisé pour le rechargement des pièces, accusé d'accumuler la radioactivité.

S'appuyer sur les aides à l'innovation

L'industriel a revu la conception des robinets afin d'assurer une plus grande interchangeabilité des pièces. La durée des opérations de maintenance a fondu de huit heures à une vingtaine de minutes. Des innovations favorisées par un budget de R&D conséquent : 1 million d'euros par an ces dix dernières années, 1,7 millions sur l'exercice 2009-2010. Faut-il s'en étonner ? Le chiffre d'affaires de Velan est passé de 25 millions d'euros en 2005 à 70 millions en 2009. L'effectif est passé de 150 à 230 salariés pendant cette même période. Les investissements se poursuivent à un rythme soutenu : 1,5 millions d'euros pour l'extension de l'usine ce mois-ci, 2,5 millions dans de nouveaux équipements de fabrication (un centre d'usinage spécialisé et quatre tours Doosan) au cours de l'exercice 2009-2010.

Les aides à l'innovation peuvent inciter certaines entreprises à développer de nouveaux produits, voire à changer de stratégie. Lancé en 2005, le programme Acamas en est un exemple. Il a pour but d'aider les PME mécaniciennes à appréhender de nouveaux marchés ou à adapter leur offre à l'évolution des exigences des donneurs d'ordres... « Dix-huit régions partenaires, 32 projets lancés, 849 entreprises mobilisées et 622 entreprises engagées... Les résultats sont encourageants », juge Michel Mousset, le délégué général du GIE Acamas. Spécialisée dans la boulonnerie et la mécanique de précision, la société André Laurent, à la Ricamarie (Loire), a été l'une des premières bénéficiaires du programme. « En 2005, nous voulions lancer une nouvelle activité dans le domaine aéronautique », explique Jean-Jacques Laurent, le PDG de cette PME qui a réalisé l'an dernier 16,5 millions d'euros de chiffre d'affaires, avec 120 salariés.

De nouveaux secteurs ou marchés à attaquer

André Laurent projetait d'établir une antenne en Chine et de racheter une entreprise au Maroc, en partenariat avec un entrepreneur local. « Grâce à Acamas, nous avons pu disposer des conseils d'un consultant compétent et valider notre démarche dans des débats avec d'autres chefs d'entreprise. De plus, nous avons entrepris une analyse approfondie de nos six principaux concurrents. Le tout pour un coût accessible à une entreprise de notre taille », précise le PDG. Une première expérience qui incite la PME à faire de nouveau appel à Acamas afin de définir sa stratégie pour les cinq prochaines années. Attaquer d'autres secteurs d'activité, lancer un produit propre, exporter vers de nouveaux marchés... Les projets ne manquent pas pour cette PME, qui se définit comme un ingénieriste de l'assemblage.

Complémentaire d'Acamas, Oséo a accompagné quelque 4 000 projets innovants en 2009. Spécialiste de la maintenance aéronautique, Sunaero-Helitest, basé à Genay (Rhône), a mis au point un système unique pour le contrôle des réservoirs d'avions. « Le temps d'immobilisation des avions nécessaire pour détecter une fuite passe d'une moyenne d'une quinzaine de jours à seulement huit heures », précise Thierry Regond, le vice-président de cette société de 45 salariés, qui a réalisé un chiffre d'affaires de 8 millions d'euros l'an dernier. Oséo lui a consenti une avance remboursable d'environ 500 000 euros qui lui a permis de développer plusieurs projets originaux, dont un système de visualisation en 3D du réservoir d'un avion et de ses fuites éventuelles. Oséo a également fourni une garantie pour un prêt bancaire nécessaire à son implantation aux Etats-Unis. « Une démarche simple et efficace, juge Thierry Regond. Il a suffi de poster un dossier électronique sur le site d'Oséo et de recevoir la visite d'un technicien, qui a validé le projet. Notre relation est devenue depuis un véritable partenariat. »

Autre expérience d'Oséo, celle de Metalag, une PME spécialiste de la charpente métallique et de la menuiserie aluminium à Loué (Sarthe). « J'ai bénéficié d'un prêt "reprise et développement" de 200 000 euros. Ce qui représentait 20 % du coût global du projet », précise Jean-Claude Tessier, son PDG, qui a repris l'entreprise en 2007. Metalag, qui emploie 41 salariés, a réalisé 5 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2009.

L'intervention d'Oséo peut résoudre bien d'autres soucis. ERTP Hibon, un spécialiste des pompes à vide, a profité d'un cofinancement d'Oséo pour s'installer dans de nouveaux bâtiments à Toufflers (Nord). « Notre collaboration continuera car nous voulons améliorer la conception de nos pompes », explique Sébastien Bremer, le directeur général de l'entreprise (35 salariés pour un chiffre d'affaires de 5 millions d'euros en 2009, en hausse de 12 %).

Enfin, à ces aides diverses s'ajoute celle que peut apporter la recherche française en mécanique. Le laboratoire de mécanique et ingénierie de l'Institut français de mécanique avancée (Ifma) étudie ainsi le comportement de machines-outils à cinématique parallèle, comme celui de la cellule de parachèvement destinée à la Société des Fonderies d'Ussel (Corrèze) pour l'usinage et le polissage des pièces de grandes dimensions. « Une installation dotée d'un robot d'usinage Tricept monté sur un rail et d'un système de retournement de pièces », explique Grigore Gogu, le directeur du laboratoire.

Le Labomap de l'Ecole nationale supérieure d'Arts et Métiers ParisTech, à Cluny (Saône-et-Loire), étudie les relations entre les propriétés des matériaux et les procédés de fabrication. Certains travaux de recherche appliquée sont financés par des industriels. Comme les études du perçage des pièces en matériau hybride (composite /titane), pour EADS. Ou l'étude de l'intégrité des surfaces usinées, pour le groupe Safran. « Nous regardons de près, également, la coupe des matériaux difficiles et l'usinage 5 axes simultané des pièces complexes », précise Bertrand Coulon, qui fait partie de l'équipe usinage du Labomap, qui compte 25 personnes. La définition du cahier des charges d'une machine pour justifier économiquement son achat fait aussi partie des sujets étudiés à Cluny.

Un thème qu'étudient de près les chercheurs de l'Institut de recherche en communication et cybernétique de Nantes (Irccyn, Loire-Atlantique). Ces derniers ont mis au point un outil, la SmartiBox, qui permet de valider le choix d'une machine. Commercialisée par AIC et Synervia pour un coût situé entre 22 000 et 30 000 euros, cette mallette comporte plusieurs modules de contrôle de l'ensemble outil / attachement / broche. « Diminution du temps de maintenance des équipements, réduction de l'ordre de 40 % des outils de coupe utilisés, aide à la décision lors de l'achat d'une machine... Les gains de production qu'elle apporte sont de l'ordre de 20 % », confirme Philippe Lebris, le responsable des achats de Halgand à Donges (Loire-Atlantique), un sous-traitant de l'aéronautique qui s'en est équipé.

Carnot : Fraunhofer à la française

Autre projet innovant de l'institut nantais, UsinAE vise l'usinage intelligent. « Porté par la société nantaise Europe Technologies, il regroupe plusieurs partenaires », explique Benoît Furet, chercheur à l'Irccyn. Parmi ces partenaires figurent Dassault Aviation, Airbus, S2M, Precise, PCI, Forest-Liné, Dufieux, Synervia, EADS-IW... Son objectif est d'améliorer la productivité en usinage à grande vitesse des pièces pour l'aéronautique en augmentant sensiblement le nombre d'heures de fonctionnement des broches.

Si l'offre de recherche est foisonnante, on ne peut que constater une certaine dispersion des laboratoires. Organisée sur le modèle des Instituts Fraunhofer en Allemagne, l'Association des instituts Carnot (AIC, www.instituts-carnot.eu) tente de remédier à cet inconvénient. « Créée en 2005, l'association compte 33 instituts dans lesquels travaillent 13 000 chercheurs », explique Alain Duprey, le directeur d'AIC. Soit 12 % des effectifs de la recherche publique et plus de 45 % de la recherche partenariale (avec des entreprises partenaires). L'AIC a réalisé en 2008 un chiffre d'affaires de 215,7 millions d'euros, avec quelque 5 000 contrats de recherche. Dont près d'un quart ont concerné des PME.

Mirel Scherer

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