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Mario Molina, Prix Nobel de chimie, conseiller des présidents Obama et Calderón

PROPOS RECUEILLIS PAR MURIEL DE VÉRICOURT redaction@industrie-technologies.com
La tempête médiatique autour du trou dans la couche d'ozone, c'était lui. Lorsque Mario Molina, prix Nobel de chimie d'origine mexicaine, a compris le rôle néfaste pour la couche d'ozone des CFC, largement utilisés dans l'industrie du froid et les aérosols, il est sorti de son laboratoire pour alerter politiques et grand public. Aujourd'hui conseiller des présidents américain et mexicain, il cherche à obtenir des engagements concrets dans la lutte contre le changement climatique.

IT : Donnez-vous le même type de conseils à Barack Obama et à Felipe Calderón ?

Mario Molina : Je plaide dans les deux cas pour que pays développés et pays en développement travaillent ensemble. On ne résoudra pas le problème sans l'implication de la Chine, de l'Inde, du Brésil ou du Mexique, vers lesquels il faut organiser le transfert de ressources, de technologies et de bonnes pratiques.

IT : S'adresser aux chefs d'État est-il pertinent ? Le problème n'est-il pas plutôt entre les mains des industriels ?

M. M. : Si bien sûr, mais si l'on veut que quelque chose change rapidement, les chefs d'État sont la meilleure cible. L'industrie est pleine d'inertie. Par chance, beaucoup d'industriels sont déjà conscients du problème. Les acteurs économiques ont besoin d'une situation bien définie, qui leur permette de faire des plans. D'où l'importance de la réglementation.

IT : Vos relations avec l'industrie n'ont pas toujours été sereines...

M. M. : Lorsque mes travaux ont soulevé le problème de la destruction de la couche d'ozone par les CFC, je me suis d'abord retrouvé en conflit avec les industriels. Par la suite, nous nous sommes rendu compte que nous pouvions travailler ensemble à un accord mondial, le protocole de Montréal, qui a conduit à adopter des alternatives industrielles. Depuis je travaille auprès des entreprises pour promouvoir l'idée qu'il est possible de continuer à faire du profit en étant responsable. Mon implication actuelle passe aussi par un effort pour obtenir davantage de fonds pour des projets risqués. Pour promouvoir la capture du carbone, son stockage, ou le développement de l'énergie solaire, il faut un soutien étatique sous forme de garanties pour les crédits et des réglementations adaptées.

IT : Dans l'énergie beaucoup de technologies propres semblent très jeunes. N'est-ce pas une partie du problème ?

M. M. : S'il y a des réglementations et un accord sur le prix des émissions, alors ces technologies s'avéreront rentables, même à leur prix actuel. C'est la raison pour laquelle il faut envoyer les bons signaux économiques et politiques au marché. Les experts s'accordent à dire que le coût de la transition peut être raisonnable, même si certains vont perdre de l'argent alors que d'autres en gagneront. Cela ouvre de véritables perspectives à l'industrie.

IT : Que vous inspirent ceux qu'on appelle les climato-sceptiques ?

M. M. : Il y a une grande naïveté dans le fait de vouloir remettre en question toute la science du climat à partir de controverses sur des points très précis. Nos connaissances ne ressemblent pas à un château de cartes mais plutôt à un puzzle avec des pièces manquantes, mais une vue d'ensemble très bien reconnue. Le fait que le changement climatique est un problème urgent, qui fait partie de la problématique plus large de la limitation des ressources, fait consensus. Les sceptiques ne sont qu'une toute petite minorité. À part la défense d'intérêts catégoriels ou le manque d'honnêteté, le scepticisme peut aussi reposer sur l'ignorance. C'est à la rigueur excusable, tant que ces personnes ne se mêlent pas de politique. Si au contraire vous voulez que votre jugement soit pris en compte, il est de votre responsabilité d'être correctement informé. Reste que la communauté scientifique a échoué à répondre de façon convaincante aux attaques des climato-sceptiques. Nous devons nous interroger sur la façon de présenter les résultats, surtout quand nous parlons de probabilités. S'il existe un risque de 25 % que des désastres surviennent, ce n'est pas le plus probable, mais on ne va pas jouer à la roulette russe ! Si vous savez qu'un avion a 25 % de chances de s'écraser, évidemment, vous ne prendrez pas le risque de monter dedans... Il n'y a donc pas de raison de prendre ce risque pour la planète.

SES 3 DATES

1973 Il consacre son post-doctorat à l'étude du rôle environnemental des chlorofluorocarbures (CFC). Ses travaux mettront en évidence le rôle de ces gaz dans la dégradation de la couche d'ozone. 1995 Il reçoit le prix Nobel de chimie avec Paul Crutzen et Sherwood Rowland. 2008 Il rejoint l'équipe du président Obama.

Le CO2 : pas seul en compte

Pour affiner les scenarii d'évolution du climat, la chimie atmosphérique, domaine de spécialité de Mario Molina, fait figure de passage obligé. « Le rôle que jouent les particules présentes dans l'atmosphère du fait des activités humaines reste en effet l'une des grandes incertitudes dans les modèles », explique le scientifique. Passer au crible les propriétés chimiques de ces particules permet d'éclairer leur devenir et leur impact. Une approche qui rompt avec la seule focalisation sur le dioxyde de carbone (CO2) pour prêter attention à l'impact positif ou négatif d'autres molécules, comme le méthane, les hydrofluorocarbures, la vapeur d'eau ou encore les sulfates.

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