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MANIFESTE POUR UNE TECHNOLOGIE AU SERVICE DE L'HOMME

LE PRÉSENT MANIFESTE, ISSU D'UN DÉBAT organisé à l'Institut polytechnique de Grenoble, a vocation à être le ferment d'une réflexion philosophique permanente sur les relations entre l'ingénieur, la technologie et le citoyen, dans une approche humaniste.

Le siècle dans lequel nous venons d'entrer représente en termes d'évolution une époque unique dans l'histoire de l'humanité : alors que depuis le début des temps, les technologies se sont développées moins vite que les générations humaines, elles évoluent aujourd'hui bien plus vite que ces dernières. L'individu devient ainsi l'élément stable du diptyque homme-technologie. C'est à la fois une chance formidable et une menace impalpable mais réelle.

La chance, c'est la possibilité d'une meilleure espérance de vie, de santé, de confort et d'une élévation des niveaux de vie et d'éducation pour le plus grand nombre. La menace, c'est le risque, faute de sens, d'un développement incontrôlé et d'un usage pervers des possibilités de la technologie.

Cette chance, nous la saisirons si nous sommes capables de comprendre la transformation en cours et de placer l'Homme et la Société au coeur du développement technologique. Ces exigences nécessitent de redéfinir les fondements éthiques du métier d'ingénieur autour de sept principes.

LES SEPT GRANDS PRINCIPES

1. L'exigence démocratique dans le domaine de l'information

Une société de la connaissance est fondée sur un espace public ouvert à tous. Cet espace public permet aux opinions les plus diverses de s'exprimer, se confronter, se concilier sur la nature des problèmes, des solutions et du rôle que doit jouer la technique.

Le cyberespace modifie profondément le fonctionnement de l'espace public en permettant de fragmenter, découper, retransmettre de l'information sans contrôle. Il doit de ce fait être doté de règles déontologiques strictes concernant la véracité de l'information, sa nature collective et son accès.

Dans ces conditions, la connaissance et les moyens de communication et d'information constitueront un formidable outil de progrès en permettant à des individus, ou à des organisations, de repérer les dysfonctionnements, de faire passer leurs messages, de proposer des solutions, de peser dans le débat et d'influencer l'opinion publique, les états, les institutions.

2. L'exigence d'objectivité dans la conduite de l'expertise technologique

La complexité du monde des technologies rend son appréhension par les citoyens de plus en plus difficile. La compréhension des différents phénomènes rend les recours aux experts souvent nécessaires. Nous sommes inévitablement confrontés au problème de l'objectivité de l'expertise.

Les principes de bases qui doivent nous guider dans cet exercice reposent sur l'excellence de l'expertise par la pluralité d'opinions, sa nature collective garante de son objectivité, l'ouverture et la transparence dans la prise de décision pour assurer l'adhésion du plus grand nombre et le principe de réexamen systématique pour suivre l'évolution afin de réduire les incertitudes.

3. La précaution, principe fondateur de la sagesse des sociétés

L'impact du développement à grande échelle d'un processus technologique oblige, désormais, pour le rendre durable, à le conditionner au principe de précaution.

La généralisation de l'application du principe de précaution suppose que l'on soit capable de réfléchir à un système commun de références scientifiques qui s'applique à tous les domaines de la science et des techniques dont les applications peuvent se révéler dangereuses pour l'Humanité et serve de support à l'élaboration d'un système public permanent et transparent d'évaluation collective de la technologie.

4. La responsabilité au service du bien commun

Il est de notre responsabilité collective de donner aux générations futures, la possibilité de satisfaire leurs propres besoins, sans avoir à gérer un passif transmis par leurs aînés. Les développements technologiques, déclenchés pour la réalisation de buts à court terme, ont tendance à acquérir leur propre dynamique contraignante et à devenir irréversibles. Ils risquent surtout, par effet cumulatif, d'entraîner leurs acteurs dans des voies dangereuses pour l'Humanité. Ce constat fait obligation à chaque ingénieur de se sentir responsable non seulement vis-à-vis de son entreprise, mais aussi du bien commun et des générations futures. En ce sens, l'ingénieur doit avoir pour objectif de maîtriser les changements et de veiller à ne pas établir des situations néfastes qui soient irréversibles.

5. La nécessité de donner du sens à la technologie

La poussée de la technologie accélère le processus de mondialisation et change en profondeur la vie des entreprises et des citoyens.

Ces changements affectent déjà toutes les dimensions de l'entreprise : la gouvernance, la façon de travailler, les relations avec les clients et les fournisseurs, et l'organisation même de l'entreprise. Ils vont affecter la vie des citoyens, à travers les nouvelles formes de travail et l'organisation de la société.

L'ingénieur doit prendre conscience de la profondeur de l'Humain, donner un sens à ses actes et ses réalisations techniques et, lorsque son niveau de responsabilité s'élève, savoir, au-delà des réalisations techniques, poser les questions essentielles.

6. Devenir des entrepreneurs de la connaissance

L'évolution du monde de la technique entraîne et entraînera une mutation profonde du fonctionnement des entreprises et en particulier de celles qui sont sur le front de la technologie. Le défi pour les acteurs de l'entreprise comme pour ceux de l'éducation, est de devenir des acteurs de la connaissance au service de la compétitivité et de l'innovation.

Les nouveaux concepts de management vont substituer à l'organisation structurée, une forme de travail en réseau qui, dans un environnement multiculturel, privilégie le comportement des individus dans la perspective de l'organisation apprenante.

7. La nécessité d'une formation scientifique, plurielle et humaniste

L'accélération du rythme de développement des technologies et les modifications qui en résultent sur le mode de fonctionnement des entreprises, modifient en profondeur la stratégie de formation de l'ingénieur.

Ce dernier doit être préparé à apprendre sans relâche, à gérer sa connaissance et à la partager avec d'autres, à travers les fonctions qu'il sera amené à occuper et à travailler en réseau dans un environnement multiculturel qui stimule son esprit d'ouverture.

Enfin, il doit être capable d'intégrer à sa démarche scientifique, les facteurs humains, sociologiques et psychologiques qui assureront sa légitimité à travers sa capacité à dialoguer avec les représentants des mondes politique et associatif... et à les comprendre.

Les recommandations

Les universités technologiques qui adhèrent au Manifeste pour la technologie au service de l'Homme s'engagent à :

Favoriser le développement des compétences comportementales et l'attitude citoyenne de leurs étudiants par une pédagogie axée sur le développement des aptitudes personnelles.

Permettre l'accès des élèves à une culture humaniste citoyenne et responsable en favorisant la vie associative dans les domaines éthique, culturel, sportif et humanitaire au sein de leurs différentes composantes.

Impulser le brassage culturel par les échanges internationaux et l'esprit de solidarité en développant la formation des jeunes issus des pays en voie de développement.

Informer les chercheurs et les élèves des risques d'un usage non maîtrisé de leur expertise, de l'information et de la communication, et leur enseigner les règles déontologiques de respect de l'espace public.

Utiliser les moyens technologiques les plus avancés pour diffuser le plus largement possible la connaissance disponible et actualisée dont la mise en forme pédagogique sera faite efficacement grâce à un travail coopératif.

Privilégier une recherche qui met le progrès au service de l'Homme dans le respect du principe de précaution en assurant, avec la mise en garde contre des applications néfastes, une diffusion large et libre des résultats permettant à la communauté mondiale d'en partager les bénéfices.

Adapter leur organisation, leurs moyens et les relations entre les différentes catégories de personnels (enseignants, chercheurs, techniciens, administratifs) pour qu'ils soient les véritables partenaires de leurs usagers qui ont vocation à être les acteurs de leur formation.

« IL FAUT RÉPONDRE AUX INTERROGATIONS SOCIÉTALES QUE POSENT AUJOURD'HUI LES SCIENCES DE L'INGÉNIEUR ET LA TECHNOLOGIE. »

LE SERMENT D'ARCHIMÈDE

Voici un serment que les ingénieurs pourraient prêter à l'instar des avocats et des médecins. - Je pratiquerai ma profession dans le respect d'une éthique des Droits de l'Homme et de la responsabilité du patrimoine naturel de l'Humanité. - J'assumerai dans tous les actes de ma vie professionnelle, ma responsabilité vis-à-vis de mon institution, de la société et des générations futures. - Je veillerai à promouvoir le respect des rapports équitables entre tous les hommes et à soutenir le développement des pays économiquement défavorisés. - Je veillerai à expliquer mes choix et mes décisions dans la plus grande transparence possible à l'égard des décideurs et des citoyens. - Je serai attentif à favoriser, dans l'exercice de mes fonctions, les formes de management qui permettront une large coopération de tous les acteurs, afin de donner du sens au travail de chacun et à l'innovation. - Je m'engage à porter la plus grande attention à l'expression de l'esprit critique et au respect de la déontologie dans l'usage des moyens d'information et de communication. - Je serai attentif à compléter de manière continue mes compétences professionnelles dans tous les domaines des sciences technologiques, économiques, humaines et sociales requises par l'exercice de mes fonctions.

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