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Maîtrisez l'art de la récupération

THOMAS BLOSSEVILLE tblosseville@industrie-technologies.com

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Maîtrisez l'art de la récupération

La méthode IBM

© D.R.

Utiliser ses déchets comme matière première dans son propre process vous paraît incongru ? Des industriels, pionniers dans le domaine, ont eux déjà mis en place une telle démarche. À la clé, un premier pas vers l'usine zéro déchet et une économie en achat de matière première. Partagez l'expérience de ces recycleurs en herbe.

L'Europe gaspille la moitié de ses matériaux recyclables. Plastique, aluminium, métal... Chaque année, 200 millions de tonnes de matières premières pour l'industrie sont incinérées ou enfouies, faute de débouchés, assure-t-on aux Amis de la Terre. Pour l'ONG, le recyclage de cette montagne de déchets éviterait l'émission de 148 millions de tonnes équivalent CO2, soit 47 millions de voitures en moins sur les routes. Pour ce faire, suffirait-il d'optimiser certaines filières ? Pas si simple. Il y a également des problèmes de couleur, de taux d'impuretés, de résistance mécanique... Ces ressources « vertes » n'ont pas toujours les propriétés escomptées par les industriels. Des usines ont donc trouvé une autre solution pour utiliser ces matières. Elles récupèrent leurs propres déchets pour fabriquer des produits neufs.

« Pour fabriquer nos raquettes à neige, nous aurions pu sélectionner nos plastiques dans des filières professionnelles de recyclage. Mais leur tenue au froid n'aurait pas été suffisante », juge Julie Mallinjoud, responsable du bureau d'études de la société française TSL Outdoor. Le fabricant savoyard de raquettes à neige a préféré puiser dans ses propres chutes de production. La preuve avec sa dernière création : toutes ses pièces en plastique (plus de 75 %, en masse, de la raquette) sont à base de déchets de l'usine.

Autre exemple, en Angleterre, InterfaceFlor réutilise ses chutes pour fabriquer des dalles de moquettes neuves. La démarche est avant tout écologique. « On ne se lance pas dans le recyclage interne pour réaliser des bénéfices financiers immédiats, mais pour introduire de nouvelles pratiques à moyen terme », prévient Eddie Bingham, directeur des installations d'InterfaceFlor au Royaume-Uni. L'objectif est de réduire son empreinte environnementale à moindre coût. L'industriel britannique assure que cette opération est neutre pour ses finances. Les 600 tonnes de matières économisées par an doivent rembourser ses investissements (au moins 500 000 euros de matériel). Chez TSL Outdoor, le surcoût de la raquette est en partie porté par le client en valorisant la démarche écologique.

Mais le recyclage ne coïncide pas toujours avec les attentes des clients. Mieux vaut donc procéder par étapes. Pour satisfaire le consommateur, InterfaceFlor a conçu des dalles de moquette d'une durée de vie de dix ans. Pour qu'elles soient suffisamment solides, ses différents constituants (nylon, fibre de verre, polypropylène...) ont été rendus inséparables. Au moment du recyclage, le fabricant a donc dû développer une machine pour réduire l'ensemble en poudre, qu'il réinjecte dans son process. « Il aurait été plus profitable de valoriser les différents composants séparément, en particulier le nylon dont la production est très énergivore. Ce sera la prochaine étape », prévoit Eddie Bingham.

Dans la pratique, le recyclage en interne modifie surtout l'organisation de l'usine. Pour adopter cette démarche, il faut commencer par cartographier son process en identifiant l'ensemble des chutes de production et les postes où il est possible de les valoriser. Pour y parvenir, InterfaceFlor implique l'ensemble de ses salariés, qu'il réunit par groupes toutes les deux semaines. Seule certitude, il faudra ajouter une étape de tri dans le process et optimiser un nouveau flux de matière. Chez TSL Outdoor, c'est là que se concentre le surcoût du recyclage.

Savoir rechercher son procédé dans les autres industries

Il existe une autre approche. Elle consiste à valoriser ses produits en fin de vie plutôt que ses chutes de production. Dans son usine d'Ille-et-Vilaine, Canon récupère les cartouches d'encre vides de ses photocopieurs pour les broyer et réinjecte ensuite le plastique dans sa production. Quant à IBM, il réutilise les composants de ses serveurs informatiques pour en fabriquer des neufs (voir ci-dessus). Mais là encore, il faut optimiser l'étape de collecte, par exemple en passant par un prestataire. Pour réduire ses coûts, Canon pourrait ainsi profiter de la nouvelle filière de récupération des équipements électriques et électroniques des professionnels mise en place par Veolia et l'éco-organisme Ecologic.

Dans tous les cas, la matière recyclée devra être réintroduite dans le process existant. Mieux vaut donc d'abord cibler un produit standard. Il permettra d'amorcer la logique de recyclage sans démultiplier les contraintes de fabrication. « Inutile de chercher la rupture technologique. Aller plutôt chercher votre procédé dans les autres industries », conseille Eddie Bingham. Pour transformer sa moquette en poudre, il s'est inspiré d'une machine de l'industrie du bois. La transversalité est en effet l'une des clés du recyclage. N'hésitez pas à partager vos expériences. Vous dénicherez dans les autres usines de bonnes idées... et de nouvelles ressources. Pour fabriquer le carbonate de calcium qu'il utilise, InterfaceFlor s'approvisionne auprès d'un industriel des travaux publics dont il récupère certains des résidus de poudre. Les déchets des uns peuvent faire la matière première des autres !

DANS LA PRATIQUE, LE RECYCLAGE EN INTERNE MODIFIE SURTOUT L'ORGANISATION DE L'USINE.

MICHEL POCHITALOFF-HUVALE RESPONSABLE ENVIRONNEMENT D'IBM FRANCELa méthode IBM

« Chez IBM, le cycle de vie d'un serveur informatique passe par cinq étapes. La fabrication, les tests et la maintenance, comme dans toute industrie, mais, ensuite, nous disposons d'une boucle de récupération comportant la collecte et le démantèlement. Le logisticien Geodis achemine nos serveurs depuis toute l'Europe jusqu'à Montpellier. Un service interne à IBM optimise ce transport. Son rôle est d'éviter à un équipement, qui ne pourrait être valorisé, de traverser inutilement l'Europe. Vient enfin le démantèlement pour valorisation. Tous les trois ans, nous contrôlons sur site la politique écologique de nos prestataires. Nous vérifions leur conformité aux arrêtés préfectoraux, leur stratégie d'amélioration continue, la traçabilité de nos composants... » COLLECTE GÉANTE 42 300 tonnes de serveurs, disques durs, moniteurs... C'est la quantité d'équipements en fin de vie récupérés dans le monde par IBM. SECONDE VIE Les équipements sont reconfigurés pour être revendus sur les marchés de l'occasion, entiers ou par sous-ensembles. DON D'ORGANE Les composants, comme les cartes mémoire, sont réintroduits dans la fabrication de serveurs neufs. DÉPOLLUTION Les pièces non conformes aux normes sont exclues du recyclage. C'est le cas pour le mercure et le chrome 6, bannis depuis 2006 par la directive RoHS.

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