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Lorsque les achats misent sur l'innovation

Jean-François Prevéraud

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- Les services achats ajoutent le critère innovation à ceux de coût et de qualité dans leur quête de fournisseurs. Trois témoignages.

Fini l'époque ou le gentil "partenaire" voyait ses prix rabotés tous les ans par le vilain service achats du donneur d'ordres ? Pas tout à fait. Cependant, même si leur pression sur les prix reste incontestable, les services achats se sont souvent mués en véritables partenaires de l'innovation dans l'entreprise. C'est le cas notamment chez PSA, SEB ou Schneider. Leur nouveau rôle ? Celui d'aiguillon, poussant les bureaux d'études à innover sans relâche. Car, si le but reste toujours le même, réduire les coûts, la manière a changé.

Des collaborations fructueuses

Il s'agit d'y parvenir en jouant l'innovation et en faisant notamment remonter les savoir-faire issus de la fabrication. Une pratique qui exige des fournisseurs capables de s'engager aux côtés des donneurs d'ordres. Des partenaires aptes à générer des innovations et à s'impliquer dans un véritable codéveloppement.

Pour cela, les achats vont jusqu'à la mise en place d'une véritable politique de l'innovation chez leur partenaire. Elle leur permet d'être au fait des besoins des bureaux d'études ou de la production. Surtout, elle les aide à réagir rapidement lorsqu'une solution innovante est détectée chez un fournisseur. Dans le meilleur des cas, les acheteurs vont jusqu'à aider les fournisseurs à faire remonter leurs innovations jusqu'au bureau d'études.

Premier exemple : le groupe SEB. « Le dernier producteur de petit électroménager qui fabrique la majorité de ses produits en Europe », comme le souligne Denis Mulliez, directeur des achats du groupe. « Nos achats directs représentent environ 40 % de notre chiffre d'affaires, soit 1 milliard d'euros chaque année », indique-t-il. Pour gérer ces approvisionnements, le groupe a mis en place une structure d'achats centralisée dès 2000. Elle agit en support de ses vingt-trois sites industriels. Tous sont spécialisés par gamme de produits et fonctionnent en centres de profit autonomes avec leurs propres équipes de développement, d'achats-projets et de production. « Le rôle central de cette structure a été de définir une cinquantaine de familles technologiques pour lesquelles nous sélectionnons un panel de fournisseurs potentiels, avec lesquels nous entretenons des relations privilégiées », explique Denis Mulliez.

Les quatre cents fournisseurs de ce panel sont quasiment assurés d'un volume de travail important avec le groupe SEB. Cela leur permet d'une part d'améliorer sans cesse leurs processus de production et, d'autre part, de mener de véritables recherches autour de technologies novatrices susceptibles d'être proposées à leurs interlocuteurs des services achats. « L'opération est d'autant plus facile pour eux que leur appartenance au panel les conduit à être consultés très tôt dans le cycle de développement des nouveaux produits. Du coup, un savoir-faire de fabrication peut remonter vers les études. Le processus va même beaucoup plus loin, jusqu'à la remise en cause de concepts via l'introduction d'innovations », explique Denis Mulliez.

Les collaborations fructueuses entre les sous-traitants, les services achats et les bureaux d'études des différentes marques du groupe ne manquent pas. Par exemple, « la société savoyarde Odem, spécialisée dans l'injection des pièces en plastique sous gaz, nous a proposé de remplacer les tôles d'habillage d'un de nos barbecues électriques, par une pièce plastique », raconte Gilles Lamarche, acheteur chez Tefal. Il en a résulté une véritable coconception entre le bureau d'études et le sous-traitant autour de cette approche novatrice. Elle a porté à la fois sur la validation de la nouvelle technologie et sur la forme des pièces à concevoir.

Redéfinir le rôle de l'acheteur

Les évolutions proposées par les sous-traitants sont parfois moins visibles. Berrod a ainsi proposé aux acheteurs de Rowenta de modifier des formes de congés sur des écrans de protection thermique de fer à repasser. Le but : parvenir à automatiser l'ébavurage pour diminuer le prix de ces produits. De son côté Euro Moteur a proposé au service achats de modifier ses types de connexion dans le but de réduire le câblage dans certains appareils électroménagers.

PSA maintenant. Dans le domaine de l'automobile, plus de 60 % de la valeur ajoutée d'un véhicule provient de l'extérieur. Le constructeur joue le rôle d'ensemblier en faisant appel à de multiples équipementiers auxquels il confie une part de plus en plus importante des développements. « Cela suppose une sélection toujours plus rigoureuse des partenaires et leur implication plus en amont dans les projets », explique Marc Kirszenberg, responsable de la stratégie achats matières du groupe PSA.

Cette évolution a aussi pour conséquence une redéfinition du rôle de l'acheteur. Plus question de se contenter d'obtenir des baisses de prix systématiques. Il faut avant tout savoir détecter des entreprises capables de proposer des solutions novatrices et de s'engager en termes de qualité. Elles devront en outre savoir intégrer les nouvelles méthodologies de travail collaboratif liées à la maquette numérique (projet Ingénum).

Pour ces raisons, « en liaison avec la direction de l'innovation et les différentes filières métiers du groupe, la direction des achats s'est réorganisée pour promouvoir et récupérer systématiquement l'innovation venue de nos fournisseurs », rappelle Marc Kirszenberg. Cette réorganisation a plusieurs facettes. La création d'équipes spécifiques intégrées dans les grands programmes d'innovation du groupe, par exemple. Ou la définition d'une structure facilitant une remontée rapide vers les bureaux d'études de toute proposition d'innovation émanant des fournisseurs. Ou encore, la mise en place avec les partenaires d'accords d'innovation dans un cadre juridique prédéfini. De même, sont désormais organisées des journées où les fournisseurs viennent tour à tour présenter aux achats les innovations sur lesquelles ils travaillent.

Privilégier le fournisseur capable d'innover

Chez Schneider Electric, l'enjeu est clair. « Notre métier est d'étudier de nouveaux produits, d'en faire réaliser les composants par des fournisseurs, puis de les assembler et d'en valider la qualité avant de les livrer. De fait, le montant de nos achats représente près de la moitié de notre chiffre d'affaires. C'est un poste très important que nous essayons de réduire de 5 % tous les ans, afin de maintenir nos marges », explique Bernard Delvallée, directeur des achats du groupe.

Pour y parvenir, plutôt que s'ingénier à raboter les marges de ses fournisseurs, Schneider Electric préfère les pousser à se montrer plus innovants. Une disposition qui résulte d'un calcul très pragmatique. « Notre expérience montre que nous pouvons réduire de 2 % les prix de nos fournisseurs lors des traditionnelles renégociations annuelles. On atteint 4 % lorsque nous nous engageons dans une relation sur un moyen terme de trois ans. En revanche, on peut tabler sur une réduction de 6 à 10 % en dénichant un fournisseur plus innovant dans la zone géographique initiale », calcule Bernard Delvallée.

Certes, il précise qu'en délocalisant dans une zone à bas coût de main d'oeuvre, la réduction peut atteindre 25 %. « Mais attention, prévient-il. Il ne faut pas se laisser séduire inconsidérément par le chant des sirènes de la délocalisation. » En effet, lorsqu'on tient compte du temps passé à trouver les bons partenaires et à qualifier leur process ; lorsqu'on ajoute à cela les inévitables surcoûts logistiques, « l'expérience montre qu'une délocalisation permet de réduire facilement la première année les coûts de 20 %, mais que les évolutions les années suivantes sont très faibles voire inexistantes ». Et, au bout de trois ans, il faut le plus souvent trouver un autre fournisseur plus compétitif.

Bref, plutôt que cette évolution par paliers successifs, ne vaut-il pas mieux préférer une approche privilégiant des fournisseurs locaux capables d'innover à la fois sur les process, les technologies, voire la conception même des produits qu'ils réalisent ? Par leur politique achats, SEB, PSA et Schneider apportent des éléments de réponse à cette question clé.

CONSULTER LES PARTENAIRES TRÈS TÔT DANS LE CYCLE DE DÉVELOPPEMENT

Nous travaillons avec un panel de fournisseurs capables de mener de véritables recherches sur les technologies qu'ils maîtrisent, afin de mieux nous aider à innover. »

PROMOUVOIR ET RÉCUPÉRER SYSTÉMATIQUEMENT LES IDÉES DES FOURNISSEURS

Nous organisons des journées au cours desquelles nos partenaires nous présentent, tour à tour, leurs idées innovantes, afin de les intégrer dans nos projets. »

NE PAS CÉDER AU CHANT DES SIRÈNES DE LA DÉLOCALISATION

Le passage à un fournisseur plus innovant réduit en moyenne les prix de 6 % par an. Plus besoin alors de se lancer dans une délocalisation toujours difficile. »

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