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LOGICIEL EMBARQUÉ UNE OCCASION À SAISIR

Franck Barnu

Les grandes entreprises entament la transition de systèmes temps réel propriétaires vers des solutions standardisées du commerce. Une formidable opportunité pour les éditeurs et les SSII français.

Le 7 mars prochain, lors des premières Assises françaises du logiciel embarqué*, Syntec informatique présentera les résultats de deux études sur cette informatique temps réel qui s'insinue inéluctablement dans tous les produits industriels. Outre le fait de cartographier le paysage français du logiciel embarqué - forces, faiblesses, acteurs... -, cette revue de détail s'accompagne d'un message fort : il y a aujourd'hui une formidable opportunité à saisir par les entreprises françaises - et européennes - du secteur. Message optimiste que l'on peut également prendre, à revers, comme une mise en garde : attention à ne pas laisser passer l'occasion et à ne pas laisser filer cette technologie clé de l'autre côté de l'Atlantique, voire en Asie !

Les bonnes raisons d'opter pour la standardisation

De quoi est-il question ? Dominique Potier est doublement bien placé pour l'expliquer. Il est vice-président recherche logiciel de Thales et président du RNTL, le Réseau national de recherche et d'innovation en technologies logicielles. « Nous sommes à l'aube d'une importante transition, dit-t-il. Aujourd'hui, la France possède une très bonne maîtrise du logiciel embarqué. Ce savoir-faire se situe principalement au sein des grandes entreprises de transport, des télécoms et de l'énergie qui s'appuient sur des technologies propriétaires. Cela ne va pas durer. Ces entreprises souhaitent désormais utiliser des produits du marché. Il est donc indispensable que des éditeurs extérieurs prennent le relais. »

Cette transition vers des produits standards n'est pas sans rappeler celle qui a eu lieu, il y a plus d'une décennie, lorsque les progiciels ont peu à peu remplacé les logiciels spécifiques. Le résultat n'a pas été brillant. Alors que la France disposait avec ses SSII d'un excellent savoir-faire en matière de développement sur mesure, à de rares exceptions près les éditeurs nationaux - et européens - n'ont pas réussi à s'imposer sur le nouveau créneau du progiciel.

Quant aux motivations, elles sont évidemment les mêmes : qui dit standardisation - des plates-formes, des architectures et des outils de design - dit évidemment coûts et temps de développement en baisse et, simultanément, amélioration de la qualité et de la pérennité des solutions. De quoi satisfaire tout le monde. Les industriels de l'aéronautique, par exemple, maîtrisent bien la qualité mais aimeraient voir leurs coûts diminuer. À l'inverse, l'automobile, passée maître de la gestion des coûts, fait face à des besoins de sécurité toujours croissants. La construction électrique, pour sa part, est confrontée à une problématique d'interopérabilité. Chacun a une bonne raison de lorgner vers le "standard".

L'enjeu est important. Chacun sait que le logiciel joue un rôle toujours plus fondamental au sein des industries traditionnelles. C'est le plus souvent sur les fonctionnalités qu'apporte cette informatique embarquée - cette "mécatronique" disent les mécaniciens - que repose l'innovation produit, qu'il s'agisse d'un avion, d'une voiture voire... d'un simple roulement.

L'étude du Syntec met en avant les forces et les faiblesses de la France pour relever ce défi. Les forces d'abord. En dehors des grands groupes, il existe de sérieuses compétences en matière de logiciel embarqué dans les laboratoires, chez les équipementiers, chez quelques éditeurs spécialisés et au sein des sociétés de conseil en technologie. Sans oublier les grands programmes de recherche nationaux ou européens (Systematic, Artemis, Topcased, Usine Logicielle...). La matière première intellectuelle est là.

Viser d'emblée un marché international

En revanche, il apparaît qu'aujourd'hui le tissu de SSII et d'éditeurs de logiciels est encore bien lâche. Les premières n'ont qu'une faible activité dans le logiciel embarqué et, surtout, négligent l'industrialisation au profit de prestations en régie (plus de 70 % de leur activité en la matière). C'est leur péché mignon. Les éditeurs, quant à eux, sont très atomisés et encore bien loin d'avoir atteint une taille critique pour s'imposer internationalement. Le plus gros d'entre eux, Esterel Technologies, ne pèse que 10 millions d'euros.

L'affaire est compliquée par le caractère sectoriel du logiciel. Qui dit "sectoriel" dit en effet marché de taille limitée. Songez à l'aéronautique ou même à l'automobile. Il est donc urgent, souligne l'étude, de développer des solutions s'adressant à plusieurs industries et de viser d'emblée un marché international.

Autre complication, que souligne Dominique Potier : « Les donneurs d'ordre n'externaliseront leurs outils que si les offreurs leur proposent des solutions standardisées et matures. » Et, bien évidemment, ces solutions ne peuvent voir le jour que dans la mesure où les éditeurs reçoivent des commandes de ces mêmes donneurs d'ordre. Classique problème d'amorçage de la pompe. En la matière, des initiatives telles que celles de Thales vont dans le bon sens. L'année dernière en effet, la société a transféré quelques-unes de ses technologies temps réel à des éditeurs tels que Prismtech (un américain, malheureusement) et Esterel Technologies.

Bref, conclut l'étude, faute d'une prise en compte de l'enjeu, il existe deux risques : « Que le marché du logiciel soit dominé par des éditeurs américains ou asiatiques » et que « les prestations de service soient réalisées dans des pays à bas coût. »

Il n'est pas trop tard pour saisir cette opportunité. Cette transition va s'effectuer lentement, « dans les trois ans à venir » indique Dominique Potier, et la France dispose de solides atouts. Mais, à l'évidence, rien n'est gagné d'avance. Le plan de développement pluriannuel qui sera présenté à l'occasion des Assises du 7 mars aura certainement un rôle à jouer.

(*) Le mercredi 7 mars, de 8 h 45 à 14 h 00, au ministère de l'Économie et des Finances (Paris).

les études

Syntec informatique, la Direction générale, des entreprises (DGE), le Réseau national des technologies logicielles (RNTL) et le pôle de compétitivité Systematic sont les commanditaires de deux études consacrées au paysage français du logiciel embarqué. La première, qualitative, dresse une cartographie des fournisseurs de logiciels et services dans ce domaine. La seconde, quantitative, affine cette cartographie. Ces deux enquêtes ont été réalisées par le cabinet français Pierre Audoin Consultants (PAC) et l'américain IDC.

L'ENJEU DU LOGICIEL EMBARQUÉ

Aujourd'hui - La majorité des ingénieurs spécialisés dans le logiciel embarqué travaille chez les industriels de quatre grands secteurs utilisateurs : aéronautique, défense, automobile, télécoms. demain - Afin de maîtriser les coûts et la complexité, les industriels souhaitent désormais trouver des outils standards et des services chez des fournisseurs externes.

LE DÉFI

> Pour fournir ces outils (systèmes d'exploitation, bases de données, middleware, outils de développement), la France possède de fortes compétences technologiques en informatique temps réel. Mais, > Les SSII sont trop centrées sur le travail en régie. > Les éditeurs sont encore loin d'avoir atteint une taille critique.

REPÈRES

- 90 % des processeurs en fonctionnement, aujourd'hui, se trouvent dans des systèmes embarqués. - 16 milliards de composants programmables d'électronique embarquée seront sur le marché en 2010. - 40 milliards de ces composants en 2020. (Source : Artemis)

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