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Livraison, il suffisait d'y penser !

Youssef Belgnaoui

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Fini les camionnettes en centre-ville. Grâce à un chariot électrique spécialement adapté, le livreur effectue sa tournée à pied.

Tut tut... Des coups de Klaxon intempestifs et parfois même des insultes. Les automobilistes perdent souvent leur sang froid au volant. Et les jurons sont courants lorsqu'ils restent bloqués derrière une camionnette de livraison qui empêche leur progression dans les méandres urbains. Les pauvres livreurs, qui ont déjà du mal à se faufiler dans les rues souvent congestionnées des centres-ville et n'ont pas toujours de place pour garer leur véhicule sans gêner le trafic, doivent faire face à un stress supplémentaire.

Un trolley électrique autonome

Aujourd'hui, les agglomérations sont saturées. Il devient de plus en plus difficile aux entreprises de messagerie d'organiser les circuits de collecte et de livraison dans le centre des agglomérations urbaines dont certaines zones sont même interdites aux véhicules. Elles doivent faire face aux mesures réglementaires et expérimentales engagées par les collectivités en matière d'environnement et de décongestion des centres urbains pour améliorer le cadre de vie des habitants.

Conscient de ce nouvel enjeu, Chronopost International a donc imaginé une nouvelle solution de collecte et de distribution de colis en zone urbaine. Baptisé Chrono City, ce concept est on ne peut plus simple. Encore fallait-il y penser ! Plutôt que de faire des sauts de puce avec son camion, de gêner la circulation et de chercher constamment une place de stationnement, le livreur effectue sa tournée de distribution à pied, accompagné d'un chariot automoteur électrique capable de circuler dans les zones piétonnes et sur les trottoirs. Les colis et les plis de sa tournée sont chargés à l'agence. Le trolley électrique est ensuite embarqué dans la camionnette qui l'achemine en centre-ville, au point de départ de sa tournée.

La principale difficulté a été de trouver un constructeur capable de fabriquer le chariot électrique que Chronopost avait imaginé. Il ne s'agit, en gros, que d'un transpalette électrique surmonté d'un conteneur, et présentant une garde au sol suffisante pour circuler sans problème sur les trottoirs. Il devait aussi disposer de suffisamment d'autonomie pour assurer plusieurs tournées. La plate-forme automotrice, manoeuvrée par un timon et supportant un conteneur de 1,3 m3, devait pouvoir se faufiler sans encombre dans les ruelles les plus étroites, sur les trottoirs et entre les véhicules en stationnement. Un tel produit n'existait pas sur le marché. Les fabricants contactés n'ont pas souhaité se lancer dans la conception d'un chariot pour les seuls prototypes nécessaires à l'expérimentation. Chronopost a donc changé son fusil d'épaule.

Le département ingénierie du traitement et des équipements de l'entreprise a donc fait appel à trois partenaires. L'un a fourni la plate-forme automotrice, l'autre le conteneur et le dernier s'est chargé de l'aménagement du camion (dispositif de chargement et d'arrimage des chariots dans le camion). Au final le chariot, ayant l'emprise au sol d'un fauteuil roulant, peut transporter 300 kg de marchandises. Il affiche une autonomie de douze heures ce qui lui permet de réaliser deux jours de tournées de collecte et de livraison sans être rechargé à l'agence.

Une fois le chariot conçu, l'expérience pouvait démarrer. Il fallait valider sur le terrain la faisabilité, l'efficacité et la rentabilité du concept. En avril 2001, Chronopost signe un accord de partenariat avec la Mairie de Strasbourg qui souhaitait travailler avec une entreprise prête à s'impliquer dans la phase de réalisation d'une nouvelle organisation de livraison dans son centre piétonnier. En septembre 2002, l'expérimentation débute dans le site historique de la ville qui comprend un grand nombre de zones piétonnes totalement fermées à la circulation.

Après six mois de tests, Chronopost demande au cabinet Maqassar de tirer le bilan de l'opération. Le résultat est extrêmement positif du point de vue environnemental, social et économique. Malgré un petit surcoût dû au chariot, les coûts d'exploitation restent sensiblement équivalents, la productivité est maintenue, le déroulement des tournées est optimisé, la pénibilité et le stress des livreurs sont considérablement réduits et l'image de Chronopost s'en trouve améliorée.

Plusieurs villes intéressées

La société envisage donc le déploiement de cette solution à plus grande échelle. Elle a démarré l'industrialisation d'autres trolleys pour une mise en oeuvre systématique à Strasbourg. Quatre chariots y seront nécessaires. D'autres villes se montrent intéressées. À Paris, le concept a notamment été testé dans un quartier lors de la journée sans voiture, le 22 septembre dernier. Chrono City pourrait participer, dans la capitale, au projet d'utilisation de la Seine pour le transport de marchandises (les trolleys pourraient être acheminés par péniche jusqu'au point d'éclatement) et, à Bordeaux, au projet Espace de livraison de proximité. Au final, la fabrication d'une cinquantaine de trolleys va être lancée dès 2004 !

LE SYSTÈME CHRONO CITY, C'EST...

- Une diminution des polluants atmosphériques - 50 % d'émission de CO2, SO2, NOX - 28 % d'émission de particules - 51 % de consommation de carburant - Aucune pollution sonore - Moins de stress et de pénibilité et plus de sécurité pour les livreurs - Des riverains et des clients satisfaits - Des tournées optimisées tout en maintenant la productivité à des coûts d'exploitation équivalents.

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