Nous suivre Industrie Techno

LES3DIMENSIONSDE Marc Simoncini

RIDHA LOUKIL rloukil@industrie-technologies.com

Sujets relatifs :

Le roi des rencontres en ligne est l'un des symboles du Web à la française. S'il savoure aujourd'hui son succès, il garde solidement les pieds sur terre, toujours prêt à rebondir si nécessaire. Gros travailleur, fonceur, il sait se montrer disponible et à l'écoute des autres. Il sait aussi se battre pour préserver son indépendance et sa liberté d'action. Peu disert sur lui-même, il cultive même la discrétion jusqu'à l'excès. Portrait de cet autodidacte timide devenu l'une des icônes de l'Internet en France.

C'est un curieux paradoxe qu'incarne Marc Simoncini. Le PDG-fondateur de Meetic se plaît à jouer l'entremetteur en faisant se rencontrer des milliers de célibataires sur Internet... mais il ne semble pas apprécier que les journalistes viennent à sa rencontre. Nous avions rendez-vous avec lui, dans son bureau à Boulogne-Billancourt, près de Paris, pour un entretien d'une heure et demie. Finalement, l'exercice est expédié en moins d'une heure. Peu disert sur lui-même, il s'excuse : « Je suis très pris. » Entre la gestion des affaires de Meetic, le pilotage de ses participations dans une dizaine de start-up de l'Internet et sa famille, il est en effet un homme très pressé. Créateur d'entreprises en série (il en a fondé quatre), le patron de Meetic semble infatigable, menant de front son métier de manager et son rôle de business angel.

S'il savoure aujourd'hui son succès, il n'oublie pas ses périodes de vaches maigres et la joue modeste. Il avoue détester parler de lui-même. Et s'il accepte de jouer le jeu à de rares occasions, c'est surtout par devoir vis-à-vis de ses fonctions. Une autre raison plus profonde explique sa réticence à se dévoiler : sa nature d'homme extrêmement réservé, voire timide. Un symbole en dit long sur sa discrétion. L'immeuble qui abrite le siège de Meetic à Boulogne-Billancourt est complètement anonyme. Aucune signalétique, aucun nom de société, juste un numéro comme sur un immeuble banal. « Pourquoi s'afficher ? Nous faisons par ailleurs beaucoup de publicité pour nous faire connaître et recruter de nouveaux abonnés. Nous dépensons la moitié de notre chiffre d'affaires dans ce domaine », explique-t-il. La vérité, c'est qu'il n'a pas non plus spécialement envie que ses abonnés viennent sur place. Alors autant rester incognito.

L'HOMME

Simple malgré la fortune

Né à Marseille en 1963, Marc Simoncini tient à ses origines. « Avec mon nom, on me pense souvent Corse », se plaint-il, fort agacé par cette méprise. Mais de la cité phocéenne, il ne garde que le souvenir. L'accent a disparu et, en lieu et place du HLM avec vue sur la mer où il a été élevé, il s'est offert une résidence secondaire à Ars en Ré, où il aime à s'oxygéner. De son enfance passée au bord de la Méditerranée, ce fils d'un employé de France Télécoms hérite d'une passion pour la lecture. Quand il est petit, ses parents lui interdisent la télévision. Alors il occupe son temps à lire les poètes français et la littérature classique des XIXe et XXe siècles. Il continue aujourd'hui à vénérer des romans comme Voyage au bout de la nuit et Belle du Seigneur. « Pendant des années, durant lesquelles je travaillais énormément, j'ai très peu dormi. J'essayais de rattraper la nuit ce que je ne pouvais pas faire le jour. Aujourd'hui, je dors beaucoup et je parviens plus facilement à trouver du temps libre pour mes loisirs », confie ce sportif qui vient de se découvrir une passion pour le vélo.

Le succès professionnel ne semble pas altérer la simplicité de ce quadragénaire marié et père de deux enfants. Son bureau est à son image : un mobilier blanc sobre et un design épuré. Ceux qui le côtoient apprécient l'homme. « C'est très agréable et désinhibant de travailler avec lui. Il donne des conseils quand on lui demande, mais n'impose rien. Il est toujours disponible quand on a besoin de lui », relate Yseulys Costes, PDG-fondatrice de 1000mercis, un site de marketing et de publicité dans lequel Marc Simoncini a investi de l'argent. « Nous avons vécu ensemble l'aventure iFrance, une société d'hébergement gratuit de messagerie, sites Web personnels et blogs. Après sa vente à Vivendi en 2000, nos chemins se sont séparés. Mais nous continuons à nous voir à Paris ou à l'Île de Ré en tant qu'amis, témoigne Thierry de Passemar, aujourd'hui à la tête de Fastnet Invest, un fonds d'investissement basé à Bruxelles. Marc est quelqu'un de très gentil. Il fait toujours confiance aux gens. Un peu trop parfois, ce qui peut poser problème. »

L'INGÉNIEUR

L'école du terrain

Marc Simoncini n'est pas un ingénieur ordinaire. Quand il intègre l'École supérieure d'informatique, c'est la surprise. « Je ne savais pas que l'informatique avait un rapport avec l'ordinateur. Je m'en suis rendu compte après l'inscription, ce qui m'a inquiété car je n'étais pas très bon en maths », confesse-t-il. Mais il se découvre très vite une passion pour l'informatique. « J'ai acheté presque tous les micros sortis à l'époque et je me suis mis à écrire des programmes. » Un stage dans une start-up qui développe des services télématiques pour le Minitel lui sert de déclic. Après deux ans d'études, il ne reviendra plus à l'école. Il préfère créer sa propre entreprise. Il se forgera la stature d'ingénieur sur le tard en travaillant pour lui-même et en faisant du Minitel sa spécialité. L'un des produits dont il reste fier est un boîtier électronique qui se connecte au Minitel et transforme ce dernier en micro-ordinateur.

Du Minitel à Internet, le pas est vite franchi. Dès 1998, il se met dans l'air du temps en ouvrant un portail pour entreprises. Avec la création la même année de iFrance, en association avec Thierry de Passemar, un ancien cadre commercial chez IBM, il tourne définitivement la page du Minitel et prend résolument le virage du Net. Aujourd'hui davantage manager, il fait de sa maîtrise technique un atout dans la conduite de ses affaires. « Quand on me parle de délais ou de problèmes de développement informatique, j'arrive encore à faire la part des choses, je sais à peu près estimer les ressources nécessaires à un projet. »

LE MANAGER

L'esprit de start-up

Meetic offre à Marc Simoncini la consécration. Avec 450 personnes, 16 sites en 13 langues dans 10 pays, et un million d'abonnés, la société s'impose, sept ans après son lancement, comme le numéro un de la rencontre en ligne en Europe, au coude à coude dans le monde avec l'américain Match. Les raisons du succès ? Du flair et beaucoup de travail. L'idée de Meetic naît d'un constat : « J'avais des amis divorcés qui avaient du mal à rencontrer des femmes. J'ai décidé alors de créer un service Internet pour aider les gens comme eux », raconte Marc Simoncini. iFrance était financée par la publicité. Meetic le sera par les abonnements. Le modèle économique choisi s'avère le bon. Le fondateur découvre la frilosité de la finance. Pour monter son affaire, il doit racler les fonds des tiroirs et mobiliser ses amis. Les banquiers et les investisseurs ne croyaient pas trop à son projet. L'entrée en bourse en 2005 lui offre la revanche et lui permet de lever 80 millions d'euros. Pour gérer une société au développement rapide, il improvise. « Ce n'est pas évident. Avec Meetic, c'est comme si j'étais passé de la moto à une fusée », confesse-t-il. Mais « c'est un travailleur fou qui fonctionne comme une éponge capable de tout absorber rapidement », rapporte Thierry de Passemar. « Il va toujours très vite, ce qui, d'ailleurs, peut poser des problèmes pour ceux qui ne suivent pas », renchérit Yseulys Costes. Au risque aussi de faire des erreurs. Il admet en avoir commis beaucoup. Mais il sait en tirer des leçons. C'est sa façon de progresser. Il accepte que les autres se trompent aussi. À condition de ne pas commettre la même erreur deux fois. Son management privilégie l'écoute et le dialogue. Le tout dans un style décontracté. Le défi est de conserver une atmosphère de start-up dans une société d'une taille importante.

Aujourd'hui, Marc Simoncini songe à prendre de la distance et se prépare, au moins dans sa tête, à céder son poste. « Je suis maintenant entouré par de bonnes équipes sur lesquelles je pourrais, le cas échéant, m'appuyer. Si je quittais Meetic, je laisserais l'entreprise entre de très bonnes mains », affirme-t-il. Une nouvelle idée de business derrière la tête, monsieur Simoncini ?

SES 3 DATES CLÉS

1982 Il entame ses études d'ingénieur à l'Ecole supérieure d'informatique. 1985 Il crée sa première entreprise, CTB, pour développer des services télématiques pour le Minitel. 2002 Il fonde Meetic, le site de rencontres en ligne.

VIDÉO

Découvrez les cinq critères qui font le succès d'un site Web selon Marc Simoncini sur www.industrie-technologies.fr

vous lisez un article d'Industries & Technologies N°0915

Découvrir les articles de ce numéro Consultez les archives 2009 d'Industries & Technologies

Bienvenue !

Vous êtes désormais inscrits. Vous recevrez prochainement notre newsletter hebdomadaire Industrie & Technologies

Nous vous recommandons

LES 3 DIMENSIONS DE Marc Bertin RESPONSABLE DE L'INNOVATION CHEZ OBERTHUR TECHNOLOGIES

LES 3 DIMENSIONS DE Marc Bertin RESPONSABLE DE L'INNOVATION CHEZ OBERTHUR TECHNOLOGIES

De la carte à puce au e-commerce, de la Silicon Valley à Paris, des start-up aux géants industriels... Marc Bertin a roulé sa bosse avant de prendre[…]

01/11/2012 |
LES 3DIMENSIONS de Alexandre Guichard

LES 3DIMENSIONS de Alexandre Guichard

LES 3 DIMENSIONS DE Jérôme Frantz DIRECTEUR GÉNÉRAL DE FRANTZ ELECTROLYSE

LES 3 DIMENSIONS DE Jérôme Frantz DIRECTEUR GÉNÉRAL DE FRANTZ ELECTROLYSE

LES 3DIMENSIONS DE Pascal Mauberger, PRÉSIDENT DU DIRECTOIRE DE McPHY

LES 3DIMENSIONS DE Pascal Mauberger, PRÉSIDENT DU DIRECTOIRE DE McPHY

Plus d'articles