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LES3DIMENSIONSDE Jean-Christophe Simon DIRECTEUR GÉNÉRAL DE L'INNOVATION DE SEB

RIDHA LOUKIL rloukil@industrie-technologies.com

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Spécialiste des matériaux optiques, Jean-Christophe Simon n'a pas un banal profil de chercheur. Il a toujours su voir plus loin. En prenant la direction de l'innovation de Seb, il apporte son expérience du management de la recherche. Son objectif ? Concilier deux approches a priori inconciliables, celles opposant l'Europe et le Japon. Son espoir ? Retrouver aussi la stabilité après une longue période de bougeotte. Portrait d'un ingénieur hyperactif, maître dans l'art de s'adapter à d'autres environnements et à d'autres cultures.

Enfin la stabilité professionnelle. C'est du moins son objectif. En prenant la direction de l'innovation du groupe Seb, près de Lyon, Jean-Christophe Simon espère se poser. D'autant que le nouveau poste semble taillé pour lui. En 16 ans de carrière, il aura changé huit fois de fonction et travaillé dans deux pays étrangers : l'Allemagne et le Japon. « La bougeotte c'est bien, mais il faut penser au traumatisme que chaque déménagement inflige aux enfants ». Pour ce père de 42 ans, attachés aux valeurs traditionnelles, la famille est plus que jamais la priorité. Sur le plan professionnel, il a aujourd'hui davantage à donner qu'à apprendre. S'il n'oublie pas ses débuts en tant que chercheur, spécialiste de matériaux optiques, il prend aujourd'hui très au sérieux ses nouvelles fonctions. Et se donne un défi : réussir à marier le meilleur du Japon et de l'Europe en matière de management de la recherche.

L'HOMME

La famille sacrée

Né à Caen en 1968, Jean-Christophe Simon change de lieu de vie tous les trois ans au gré des pérégrinations professionnelles de son père, cadre chez BNP Paribas. Cette mobilité lui confère une grande faculté d'adaptation. « On apprend à se refaire des amis. Cela m'a aidé plus tard à encaisser facilement toutes sortes de changements », estime-t-il. Comme son géniteur, il fait vivre à sa famille le même rythme de mouvement, avec en plus l'expatriation dans un pays à la culture radicalement différente : le Japon. De retour en France, il aspire maintenant à une certaine stabilité. Histoire de mettre fin au traumatisme que chaque déménagement provoque chez les enfants.

Pour ce père de deux garçons et une fille de 6 à 12 ans, la famille a toujours été une priorité. « Sans être traditionaliste, il reste attaché à certaines valeurs. La famille en fait partie. Il s'arrange toujours pour lui consacrer du temps », témoigne Hervé Cantin, ancien collègue chez L'Oréal, aujourd'hui directeur R&D maquillage chez LVMH. Même au Japon, où les vacances se réduisent souvent à trois jours, il se distingue en prenant chaque année trois semaines de congé dans sa maison secondaire à Agon Coutainville (Manche), en Normandie, ou en se retirant dans un chalet isolé près du Mont Fuji.

D'un premier abord avenant, mais sans exubérance, le personnage inspire un profond respect auprès de ses amis. « C'est un ami fidèle, toujours à l'écoute des autres et prêt à prodiguer ses conseils », assure Armand Soldera, ancien collègue au CEA, aujourd'hui professeur à l'université de Sherbrooke, au Canada. « C'est quelqu'un de foncièrement gentil et droit au bon sens du terme, sans être naïf. C'est très agréable de discuter avec lui. Je ne l'ai jamais vu se fâcher pour de bon », surenchérit Hervé Cantin.

De son rêve de devenir un photographe-reporter, il a gardé la passion de la photo. Il dévore aussi toute sorte de livres (policiers, histoire, scientifiques...) « Je lis partout : dans le train, debout, en marchant... », confirme-t-il. Et il n'hésite pas à s'échanger des bouquins avec ses amis. Son retour en France va lui permettre de reprendre l'un de ses sports favoris : la voile.

LE CHERCHEUR

Hors des sentiers battus

Pour ses études supérieures, son penchant scientifique le fait hésiter entre médecine et ingénieur. Il opte finalement pour l'Insa de Rouen, suivi d'un doctorat de physique à l'université de Rouen. De la DGA à L'Oréal, en passant par le CEA, les matériaux optiques servent de fil conducteur aux premières étapes de sa carrière en tant que chercheur. « Par leur capacité à réfléchir, filtrer et modifier la lumière, les matériaux optiques présentent des propriétés physiques qui peuvent être exploitées différemment selon les applications : revêtements furtifs dans le militaire, révélateur d'une couleur dans les teintures de cheveux, etc. », explique-t-il.

Pendant sa thèse de doctorat sur « la diffusion de la lumière dans les milieux hétérogènes denses », il développe pour la DGA des études théoriques et expérimentales sur les propriétés optiques des peintures militaires. Son entrée au CEA en tant qu'ingénieur de recherche s'inscrit dans le prolongement de ces travaux. Il s'emploie alors au développement de revêtements rendant, par effets optiques, les équipements militaires invisibles au Radar.

En prenant la direction du laboratoire de recherche appliquée au maquillage de L'Oréal, il passe de l'armée au grand public. Il applique les matériaux optiques au développement de nouvelles teintures de cheveux. « Le défi technique est énorme, car les innovations doivent en permanence être confrontées à l'appréciation du grand public et à la réaction de la concurrence. C'est comme pour la formule 1. Il faut aller toujours plus vite », se souvient-il.

Sa façon d'aborder le développement des produits cosmétiques surprend au départ. Mais, elle est ressentie au final comme une note de fraîcheur. Son travail se traduit par le dépôt de trente brevets. « En tant que physico-chimiste, il a une approche scientifique différente de celle habituellement en cours dans la formulation des cosmétiques. Il n'hésite pas à explorer des voies en dehors des sentiers battus et à faire appel à des technologies utilisées dans l'automobile ou l'aérospatial », raconte Hervé Cantin, de LVMH.

Quand L'Oréal décide de faire développer un pigment par un chimiste américain, c'est lui qui rédige le cahier des charges. La raison est simple : « en tant que physico-chimiste, il est seul à pouvoir le faire », explique Hervé Cantin.

LE MANAGER

Créateur de labos

En rentrant chez Kao, l'équivalent de Procter et Gamble au Japon, Jean-Christophe Simon est propulsé au rôle de manager. Mission : créer un labo de R&D à Darmstadt, en Allemagne, pour adapter au marché européen les produits capillaires développés au pays du Soleil levant. L'occasion pour l'ingénieur français de donner une dimension internationale à sa carrière et de faire une immersion dans la culture japonaise. Le labo comptera 120 personnes dont une dizaine en recherche appliquée.

Même mission pour Nikon et Essilor, mais cette fois-ci au Japon. Jean-Christophe Simon est chargé de mettre sur pieds, près de Tokyo, un labo sur les matériaux optiques et ophtalmiques. Fidèle à la tradition nipponne, il suivra une montée en puissance prudente pour disposer à la fin d'un effectif de quinze personnes.

Dans son costume de patron, il fait jouer ses capacités d'écoute, de dialogue et d'assimilation. Sa formation à l'IAE de Paris, effectuée en même temps que son doctorat, lui procure déjà quelques clés de gestion. Mais c'est au fil de l'expérience qu'il conforte ses compétences de management. « J'ai eu la chance de monter des projets à partir de zéro. À chaque fois, c'est une nouvelle expérience et l'occasion d'un nouvel apprentissage », avoue-t-il.

Au Japon, il côtoie le gratin de la communauté française à Tokyo, avec beaucoup de patrons de filiales de sociétés françaises. Ce milieu fertile enrichit son expérience. « Dans un pays où il ne faut jamais faire perdre la face aux autres, il a acquis une fonction politique au sens noble du terme, ce qui est un véritable atout dans la fonction de patron », estime Hervé Cantin.

Une chose est sûre : son expérience nipponne a changé sa vision du management de l'innovation. Il explique : « Au Japon, la R&D est très forte. Elle a une emprise sur toute l'entreprise. En Occident, c'est le marketing qui domine. L'idéal est de trouver le juste milieu. C'est ce que j'ai envie de faire chez SEB »

CONFÉRENCE

L'application de l'ergonomie à la conception du produit cosmétique sur www.industrie.com/it

SES 3 DATES CLÉS

1994 Il obtient un doctorat de physique de l'université de Rouen et un MBA de l'IAE de Paris 2004 Il rejoint Kao avec la mission de créer un centre de R & D en Europe 2010 Il prend la direction générale de l'innovation du groupe Seb

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