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LES3DIMENSIONSDE Éric Laborde PRÉSIDENT DE PV ALLIANCE

THOMAS BLOSSEVILLE tblosseville@industrie-technologies.com

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Il incarne les promesses d'avenir du photovoltaïque français. Ancien directeur général du seul fabricant de cellules en silicium en France, Photowatt, il a fondé un réseau d'installateurs d'énergies renouvelables, Soleil en tête. Depuis 2007, Éric Laborde est surtout président de PV Alliance, une société détenue par Photowatt, EdF et le CEA. Ingénieur passé maître au fil des expériences du sauvetage d'usines, il s'est mué en entrepreneur. Avec un objectif : poser les bases de la future industrie photovoltaïque française.

Enfant, Éric Laborde rêvait de construire des trains. Un stage d'ingénieur - six mois à la SNCF - l'en aura dissuadé. L'entreprise, « trop étatique », n'offrait pas suffisamment de liberté d'action à cet entrepreneur en herbe. Il s'est alors essayé à l'électroménager chez Thomson, au matériel sportif chez Salomon, à l'emballage chez CGL Pack. Chez Thomson, il a importé du Japon les meilleures pratiques d'organisation industrielle (juste-à-temps...). Chez Salomon, il s'est découvert un goût pour le sauvetage d'usines en difficulté, notamment la filiale américaine du fabricant de ski, Taylormade. Mais c'est finalement chez Photowatt qu'il a trouvé sa vocation. Appelé en 2001 au chevet du fabricant français de cellules photovoltaïques, Éric Laborde s'est forgé une foi dans l'énergie solaire à toute épreuve. Conviction écologique ? Pas du tout ! Ce sont plutôt les retombées sociales de cette industrie en devenir qui le motivent. « Les énergies renouvelables ne remplaceront pas le nucléaire. Mais localement, elles peuvent créer des dizaines de milliers d'emplois », s'enthousiasme-t-il. Portrait de ce chef de fil de l'embryonnaire secteur français du photovoltaïque.

L'homme - Un montagnard rêveur

À première vue, Éric Laborde a tout du patron débordé par son travail. Son ordinateur portable et son téléphone mobile sont en permanence à portée de main. Il reçoit dans une simple salle de réunion, faute d'un bureau à lui... Mais en réalité, il ne saurait tolérer cette surcharge de travail sans avoir la possibilité, à tout moment, de s'aérer l'esprit. Éric Laborde désigne son ordinateur : « En semaine, avant chaque réunion, je me plonge dans mes dernières photos de vacances pour décompresser. » Son écran affiche la photo d'un chemin taillé dans la roche, au bord d'une falaise, à 200 mètres au-dessus d'une mer bleu turquoise. Une photo prise à San Antao, l'une des îles du Cap Vert, où il a passé ses dernières vacances.

Son credo ? Équilibrer sa vie privée et sa vie professionnelle. Ses mots témoignent aussi de son admiration pour les Suisses, dont il loue le goût pour la vie locale. Depuis 1995, il vit non loin de la Confédération helvétique (dont sa femme est originaire), à Annecy, avec pour moyen de détente le golf, une fois par mois, et surtout la montagne. Tous ses week-ends sont consacrés au ski en famille l'hiver, à la randonnée le reste de l'année. Sa journée type : quatre à huit heures de marche pour franchir 600 à 1 000 mètres de dénivelé positif.

Les Alpes sont devenues sa région. Ce Parisien de naissance se sent d'ailleurs tout sauf citadin. Bien au contraire, il n'a vécu dans la capitale que durant ses études d'ingénieur. Ses diplômes en poche, il s'est empressé de fuir le tumulte de la ville pour le calme de la province. Depuis 2008, il ne quitte son repère de Fillinges (Haute-Savoie), une commune de 2 500 habitants située près d'Annecy, que pour se rendre à Paris à des rendez-vous d'affaires, ou à Bourgoin-Jallieu (Isère) où se trouve le siège de PV Alliance. Il préfère rester accroché à son flanc de montagne et y développer son réseau d'installateurs d'énergies renouvelables, Soleil en tête, sa deuxième casquette avec PV Alliance.

L'ingénieur - Une solide base scientifique

Sa formation d'ingénieur, il l'a souvent trouvée pénible. Les classes préparatoires ? « On n'y vit pas. » L'École polytechnique ? « Rébarbative car très théorique. » Éric Laborde, également diplômé de l'Ensta (École nationale supérieure de techniques avancées), n'a pas toujours le verbe tendre avec ces institutions mais il assure n'avoir jamais regretté son parcours. « Sur le moment, on ne se rend pas compte de tout ce que le cursus d'ingénieur nous apprend. Cette formation offre, pour toute la vie, une solide base scientifique dans toutes les disciplines. » Optique, thermique, physique quantique, mécanique des fluides sont autant de sésames pour la vie professionnelle. Exemple : quand Éric Laborde fabriquait des clubs de golf pour Salomon, il a eu besoin de se replonger dans les méthodes statistiques pour répondre aux besoins des golfeurs amateurs qui ne frappent jamais deux fois de la même façon dans la balle. « Jamais, pendant ma formation, je n'aurais imaginé avoir besoin de faire des maths pour de telles applications. » Avec le recul, il remercie ses professeurs de lui avoir appris à poser les bonnes questions aux bons experts... et, accessoirement, de lui avoir permis d'être en capacité de comprendre leurs réponses.

Sur cette base scientifique, il a également construit son propre modèle de management. Piochant des idées à droite, à gauche, rigoureux sur la gestion des flux dans l'entreprise, il a érigé au rang de bible l'un des ouvrages de référence de l'organisation industrielle, The Goal d'Eliyahu Goldratt. Essayez de le lancer sur le sujet et il en fera de suite un jeu dont les règles sont données par ce livre. Intarissable sur la question, Éric Laborde est prompt à se saisir d'une feuille pour y griffonner un schéma typique des flux de marchandises dans un processus industriel. « Avec la méthode Goldratt, le but est de trouver, jour après jour, le goulet d'étranglement dans l'usine et de résoudre le problème. Puis, le lendemain, de trouver où il s'est déplacé », s'amuse-t-il. L'ingénieur Laborde est aussi joueur.

L'entrepreneur - La PME pour idéal

Quel est l'idéal industriel de celui qui veut créer une filière photovoltaïque en France ? « Je ne suis pas un homme de technostructures. Dès qu'un organigramme est trop complexe, je m'ennuie », tranche-t-il. Il veut être en contact direct avec ses clients, prendre en main une équipe, la former et lui fixer un cap à suivre. À l'écouter, Éric Laborde ne jure que par les petites entreprises. D'où sa fierté d'avoir monté le réseau Soleil en tête, qui installe des panneaux solaires et des pompes à chaleur chez les particuliers. « Vingt-deux franchises ouvertes depuis 2008 », s'enthousiasme-t-il. Il fustige la culture des grands projets à la française. En cause, la tradition de centralisation qui, si elle débouche sur des centrales nucléaires, des TGV et des Airbus, est incapable de laisser aux PME les moyens d'innover. Son modèle ? Les Américains. « Ils sont capables de trouver des fonds pour créer une multitude de start-up. Même si la plupart disparaîtront, les survivantes connaîtront des "success story" à la Microsoft ou Apple. »

Cependant, Éric Laborde reste un entrepreneur réaliste. Son défi photovoltaïque l'oblige à passer à une échelle bien trop grande pour une PME française comme Photowatt. Les investissements en jeu sont trop élevés : 50 millions d'euros pour une seule ligne de production pilote. C'est d'ailleurs pour profiter des moyens dont disposent les grands groupes, en l'occurrence EdF et le CEA, qu'il a fondé PV Alliance. Il entend profiter de la force de frappe d'institutions comme le Laboratoire d'électronique des technologies de l'information (Leti) du CEA ou l'Institut national de l'énergie solaire (Ines) à Chambéry pour transformer son essai. Ambitieux, il ne camoufle pas sa soif de grandeur et entend transformer l'industrie photovoltaïque française en un concurrent solide des géants mondiaux que sont l'allemand Q-Cells, l'américain First Solar et le chinois Suntech.

Son arme secrète ? L'innovation. « Les Chinois ont investi massivement dans des usines très modernes et fabriquent des cellules de très bonne qualité à un coût imbattable », reconnaît-il sans plus d'inquiétude. À l'heure de lancer sa production de cellules standard en silicium en février, PV Alliance planche déjà, dans ses labos, sur les technologies de demain. Éric Laborde lui-même a fixé le cap à ses équipes. Anticipant une éventuelle pénurie de matière première, il veut mettre au point des cellules à base de silicium appauvri. Il a aussi l'intention d'être le premier à atteindre un haut rendement (plus de 20 %). C'est à ce prix que la France pourra s'imposer comme un pays qui compte dans le solaire.

« SUR LE MOMENT, ON NE SE REND PAS COMPTE DE TOUT CE QUE LE CURSUS D'INGÉNIEUR NOUS APPREND. »

En France, on ne donne pas aux PME les moyens d'innover. Les Américains sont capables de trouver des fonds pour créer une multitude de start-up.

SES 3 DATES CLÉS

1980. Entrée à l'École polytechnique, la voie royale. Toutes les portes s'ouvriront grâce à ce seul diplôme. 1991. Départ aux États-Unis. Avec Taylormade, une filiale de Salomon, il découvre l'international et le sauvetage d'usines en difficulté. 1999. Rencontre avec sa deuxième femme. Elle l'encourage à monter son propre projet.

SES 3 OBJETS FÉTICHES

Son cahier. Innovation produit ou calcul de coût, il y note toutes ses idées. Ses cahiers sont datés et archivés depuis vingt-cinq ans. Ses chaussures de randonnée. Le week-end, il s'oxygène sur les pentes alpines, en grimpant jusqu'à 2 000 mètres d'altitude. The Goal, de Goldratt. C'est son manuel de référence en matière d'organisation industrielle. Il y a puisé les recettes pour sauver les usines en difficulté.

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