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LES3DIMENSIONSDE Daniel Le Boulbar

JEAN-FRANÇOIS PREVÉRAUD jfpreveraud@industrie-technologies.com

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DIRECTEUR GÉNÉRAL DE MENTOR GRAPHICS POUR L'EUROPE DU SUD Passé par la CGA, CIT-Alcatel, Thomson-Efcis et Intel, où il a occupé des fonctions techniques puis commerciales, Daniel Le Boulbar connaît bien tous les rouages de l'industrie électronique européenne, à laquelle il vend maintenant des logiciels de conception depuis plus d'un quart de siècle. Passionné de technologie depuis son enfance, cet ingénieur a su se muer en commercial pour proposer des technologies de pointe aux entreprises. Il se présente aujourd'hui comme un manager didactique apprécié de ses collaborateurs.

Dans une profession où les cadres sont en perpétuel mouvement entre différentes sociétés, Daniel Le Boulbar est un cas atypique. Véritable roc au milieu d'un océan en furie, cela fait 26 ans qu'il est responsable des activités commerciales de Mentor Graphics en France, puis en Europe du Sud. « Et 104 trimestres consécutifs que j'ai atteint ou dépassé mes objectifs ». Tout est dit ! Au-delà de l'ingénieur, l'homme est avant tout un commercial dans l'âme.

L'HOMME

Tourné vers la mer

Issu d'une modeste famille de cultivateurs de Cornouaille, ce Breton né au milieu des années 1950 à Lorient va découvrir la mer grâce à son père, ouvrier tourneur à l'Arsenal. « Dès que nous avions du temps de libre, il m'emmenait à la plage avec mes deux soeurs et, vers l'âge de 7 ou 8 ans, il m'a fait découvrir la voile ». Une passion qui ne le quittera plus. « Nous louions un petit dériveur et nous naviguions vers Groix. Ici pas de théorie, mon père "sentait" les éléments, les courants, l'eau, le vent... ». Une culture pratique que Daniel complétera dès 16 ans par un incontournable stage à l'école des Glénans. « Une chance, il a tellement plu cette semaine-là que nous sommes restés en salle... à faire de la théorie ».

Mais cet attachement à la mer ne l'a pas empêché de quitter sa Bretagne natale. Pour poursuivre ses études, puis pour travailler. « Je ne renie pas mes racines et je retourne régulièrement là-bas pour me reposer dans une maison située dans l'une des capitales de la voile, La Trinité-sur-Mer ». Et pour ne pas perdre le cap, ce passionné de technologie dispose même de deux applications boussole sur son iPhone. « On fait avec les technologies de son époque. Mon père, lui, avait une montre à gousset avec boussole intégrée dans la poche de son gilet ».

Et le marin continue de naviguer régulièrement, même s'il n'a plus de bateau. Il en loue plusieurs fois pas an en variant les destinations. « Malheureusement mes activités ne me laissent pas assez de liberté pour en faire autant que j'aimerais. Cela reste une vraie passion, c'est le seul endroit où je me coupe de tout et où je peux me retrouver en famille ».

Mais la voile qu'il pratique assidûment, n'est pas sa seule passion sportive. « En bon Breton, j'aime bien le cyclisme, mais aussi le foot et le rugby ». À tel point que sur son iPad tout neuf, il a déjà mis le site de L'Équipe dans ses favoris.

L'INGÉNIEUR

Il allie commerce et technique

Rien ne prédestinait Daniel Le Boulbar à embrasser une carrière d'ingénieur dans l'électronique. « J'ai toujours été impressionné par mon père qui était capable de réparer tous les mécanismes défectueux qui passaient entre ses mains. C'est certainement ce qui m'a donné le goût de la technique ». Mais au-delà de la mécanique, il sent bien que l'avenir des années 1970 se déclinera dans l'électronique alors balbutiante. Son Bac C en poche, il passe en classes préparatoires pour entrer à l'Insa de Rennes. Pragmatique, il y choisit l'option génie électrique : « J'ai été attiré par l'aspect pratique des laboratoires de TD d'électronique », confesse-t-il. Ce qui ne l'empêchera pas de mener de front un DEA en théorie du traitement du signal.

Il effectue son stage de fin d'études en 1978 à la CGA en région parisienne. Il y restera. Embauché chez CIT-Alcatel à sa sortie d'école, il est tout de suite détaché à la Télic. « J'y ai développé pendant un an le logiciel chargé de faire la vérification des centraux téléphoniques privés avant leur réception par le Cnet. Ce qui m'a permis de découvrir les tout premiers microprocesseurs 8080 d'Intel et leur outil de développement MTS ».

Un rôle de précurseur qui amène le directeur commercial d'Intel d'alors, Jacques Bonsecours, à l'aiguiller vers un poste d'ingénieur commercial dans les semi-conducteurs. Responsabilité qu'il exercera tout d'abord chez Thomson-Efcis pendant un an, avant d'entrer chez Intel. « Ce qui m'a attiré vers ce métier, c'est le rôle de conseil vis-à-vis du client, à qui il fallait expliquer le concept du microprocesseur et le développement du logiciel associé. On ne perdait pas le côté technique et cela permettait d'avoir des contacts humains avec de très nombreuses sociétés ».

Après s'être occupé pendant trois ans de clients tels Matra ou Alcatel, il devient responsable du compte IBM. Il sillonne alors l'Europe entre les différentes usines de Big Blue impliquées dans la fabrication du PC. Finalement en mai 1984, Jean-Claude Caraes, qu'il avait connu au marketing chez Intel, fait appel à lui pour débuter les ventes des premiers logiciels de CAO-électronique, dans la filiale française d'une start-up américaine, Mentor Graphics.

« Sans jeu de mot, on peut dire qu'il a été mon mentor. C'est lui qui a tracé ma carrière ». Daniel Le Boulbar est ainsi devenu le quatrième salarié de Mentor Graphics en France. Début 1989, il devient responsable commercial pour l'Europe du sud de Mentor. Poste qui s'élargira au Moyen-Orient en 1994 et qu'il occupe toujours.

Une stabilité remarquable dans le monde de la CAO-électronique, mais pas exceptionnelle chez Mentor Graphics où les salariés ayant plus de vingt ans de maison ne sont pas rares.

LE MANAGER

Pragmatique avant tout

Daniel Le Boulbar dirige maintenant une équipe d'une petite centaine de personnes dont un tiers hors de France. Il a appris la gestion d'une entreprise et du personnel sur le tas, après quelques cours à l'Intel University, puis chez Mentor Graphics.

Le type de management qu'il exerce est apprécié de ses collaborateurs, dont certains travaillent avec lui depuis le début. « Il est avant tout "business oriented", il comprend très vite et prend ses décisions rapidement, mais il accepte que l'on ne soit pas d'accord avec lui et que l'on exprime son point de vue. Il est très ouvert à ses collaborateurs, sur lesquels il s'appuie pour atteindre les objectifs fixés ». S'il donne facilement sa confiance aux gens qui ont fait leurs preuves et sait leur donner de bonnes opportunités, il ne faut pas le décevoir. « Même s'il ne monte plus dans les tours comme à ses débuts, cela pousse ses équipes à donner le meilleur d'elles-mêmes ».

Il est aussi très présent auprès des nouveaux embauchés. Sans se laisser enfermer dans les procédures administratives, qu'il exècre, il leur laisse une grande liberté d'action, tant que cela reste éthique et que les résultats sont là. « C'est quelqu'un qui supporte effectivement ses troupes, tant vis-à-vis des clients que de la maison mère. Il est toujours prêt à donner un coup de main dès qu'il pense que cela peut aider ».

« C'est aussi quelqu'un de très didactique, qui explique clairement les directions stratégiques et les décisions de la maison mère, sans verbiage convenu, mais avec les mots justes ». Malheureusement, il lui a fallu quelquefois procéder à des ajustements lors de restructurations. « Ce n'est jamais de gaieté de coeur. C'est quelqu'un de très présent dans ces moments-là et surtout de très humain ».

Des traits de caractère, confirmés par Annick, son épouse. « C'est quelqu'un de très secret et de sensible, toujours sous la pression de son travail. Ce qui ne l'empêche pas de garder un optimisme forcené chevillé au corps. Très rationnel, il a su rester humble, même s'il est têtu et quelque fois autoritaire. Au fil des ans, il a su devenir zen, il peut passer des heures à regarder la mer, un univers où il puise l'énergie pour se ressourcer ».

C'est un manager pragmatique qui ne fait pas "des plans à long terme sur la comète". Ce qui lui vaut d'être reconnu et écouté par ses pairs. C'est aussi un vendeur dans l'âme... n'est-ce pas ce que l'on attend d'un responsable de zone géographique ! c

SES 3 DATES CLÉS

Juillet 1978 Diplômé de l'Insa de Rennes, il entre dans la vie active chez CIT-Alcatel. Mai 1984 Entre comme responsable commercial chez Mentor Graphics. Mars 2010 Initialise la participation de Mentor Graphics à Nano 2012, programme de recherche sur la nano-électronique, aux côtés de STMicroelectronics, du CEA-Léti, d'IBM, d'ASML, de l'Inria et du CNRS.

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