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« Les systèmes de vision intelligents sont devenus indissociables de la robotique industrielle », pointe Hervé Henry, PDG de Siléane

Alexandre Couto

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« Les systèmes de vision intelligents sont devenus indissociables de la robotique industrielle », pointe Hervé Henry, PDG de Siléane

© Siléane

La société Siléane, intégrateur de solution robotique, a annoncé début octobre avoir pris une participation au capital de Visionic, spécialiste du contrôle optique. Un rapprochement qui permettra de mettre les technologies des deux sociétés au service d’une même vision de la robotique, selon Hervé Henry, PDG de Siléane. Une approche qu’il détaille pour Industrie & Technologies.

Industrie & Technologies : Vous avez récemment annoncé une prise de participation de 40% au capital de la société Visionic. Pourquoi vous engager dans cette société ?

Hervé Henry : Ce rapprochement avec Visionic, qui rejoint ainsi le groupe Siléane, s’inscrit pleinement dans notre approche de la robotique industrielle. Si en tant qu’intégrateur nous ne fabriquons pas à proprement parler de robots, nous avons toujours développé en interne nos propres systèmes de vision, ainsi que des logiciels et des préhenseurs. C’est notre savoir-faire et la robotique associée à la vision constitue l’épine dorsale de notre technologie.

Notre intérêt pour Visionic repose sur une forte complémentarité de nos expertises dans le domaine des systèmes optiques. Chez Siléane, nous avons développé nos compétences sur le segment des systèmes de visions et du tracking pour permettre au robot de s’adapter en temps réel. Du côté de Visionic, leur R&D a plutôt travaillé sur les systèmes de contrôle, notamment avec des systèmes proche-infrarouge (NIR). Cela nous permettra de pouvoir étendre notre palette de solutions. Et de répondre à une demande en pleine croissance.

En quoi cette association entre robotique et vision est-elle demandée par les industriels ?

A nos débuts, il y a 20 ans, cette technologie était peu répandue mais les systèmes de vision intelligents sont devenus indissociables de la robotique industrielle. Nous avons justement lancé Siléane pour déployer auprès des industriels une technologie dans laquelle nous avons toujours cru : la robotique adaptative.

Notre ambition est de robotiser des usines où la production est irrégulière, non répétitive. Pour cela nous prenons des bras robots commercialisés par de grands noms de la robotique, et nous les dotons d’yeux, de mains, ainsi que d’une certaine capacité d’analyse. L’objectif est qu’ils puissent s’adapter à des lignes de production non cadencées.

Quelle est la place de l’intelligence artificielle dans votre métier d’intégrateur ?

Elle est importante et le sera de plus en plus. Les systèmes de vision doivent être capables de reconnaitre des objets divers, disposés dans de nombreuses positions. Les systèmes robotisés de dévracage sont de bons exemples de l’utilisation efficace de l’IA. Le robot doit pouvoir analyser rapidement le contenu du bac, identifier l’objet à saisir et le placer sur la ligne de production.

Les algorithmes représentent une partie non négligeable de notre savoir-faire, et nous avons une équipe de R&D dédiée dans le domaine du deep-learning depuis une dizaine d’années. Les équipes de Visionic possèdent également des compétences dans le domaine de l’IA. Elles vont renforcer notre offre technologique.

Intégrez-vous beaucoup de systèmes vision sur des cobots ?

Non, nous avons peu de demandes dans ce sens. Nos clients recherchent essentiellement des solutions à hautes cadences, ce qui est, à l’heure actuelle, incompatible avec les cobots disponibles sur le marché. Mais nous ne sommes pas fermés.

Selon moi, il n’y a pas vraiment de différences fondamentales entre un cobot et un robot traditionnel. L’agilité de la machine vient avant tout des mesures de sécurité que l’on met en place. Un robot classique peut très bien être utilisé en collaboration avec un humain si des sécurités, physiques ou immatérielles, sont mises en place. Par « barrières immatérielles », je veux dire des capteurs et des algorithmes qui permettent de ralentir le robot et d’éviter une éventuellement collision. C’est un champ de la robotique qui est actuellement exploré.

Sur quels marchés êtes-vous positionnés et visez-vous de nouveaux secteurs ?

A l’origine Siléane a débuté son activité dans le secteur de l’agroalimentaire, pour des applications de dévracage ou de « Pick and Place ». Le système robotisé associé à la vision permet de saisir tout type de produits, même les plus fragiles, et de les positionner soit sur la chaîne de production, soit dans des barquettes ou des caissettes thermoformées pour leur conditionnent.

Nous nous sommes ensuite diversifiés vers la pharma et la cosmétique. Depuis peu nous visons également la « Greentech » : nous nous occupons de la manipulation de déchets nucléaires – un de nos robots est installé sur le site de la Hague – ainsi que du démantèlement de centrales nucléaire. Pour cette application, nous avons des robots mobiles capables de se déplacer dans des environnements inconnus et non balisés. Ils sont soit téléopérés à partir d’un nuage de points générés par un lidar, soit entièrement autonomes.

Avec l’intégration de Visionic au groupe Siléane, nous allons bénéficier de certaines synergies dans les secteurs de l’automobile et de l’aéronautique, sur lesquels nous sommes pour le moment peu présents. C’est le cœur de marché de Visionic.

Est-ce difficile pour une société française de se démarquer par rapport à la concurrence internationale ?

C’est vrai que la France est un peu un David contre les Goliath des grands pays de la robotique, comme l’Allemagne ou le Japon. Mais nous avons un vrai savoir-faire pour déployer des technologies sur des applications de niche. Par exemple, nous avons acquis une expertise sur le développement de systèmes dédiés au traitement de surface de pièces, notamment en galvanisation.

Avec cette application, aucun souci pour trouver des marchés en Allemagne ! C’est également le cas dans le domaine du tri des déchets nucléaires, où il y a peu d’intégrateurs spécialisés. La robotique industrielle nécessite désormais de nombreuses compétences, comme la création d’algorithmes sophistiqués, et dans ce domaine la France à une carte à jouer.

 

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