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LES ROUTIERS SONT HIGH-TECH

Wilfried Maisy

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Le développement de l'informatique embarquée dans les poids lourds permet d'envisager une gestion plus précise des flux de transport routier. Bientôt, le parcours des camions pourra être contrôlé au coup de volant près.

Les routiers de papa, c'est fini-! Exit les vieux forçats de la route condamnés à engranger des kilomètres de bitume, désormais, les entreprises de transport routier les plus en pointe se sont équipées de moyens technologiques de premier plan. Objectif-? Optimiser au plus juste les kilomètres parcourus et réduire les coûts d'exploitation de leur flotte.

Aiguillées par de nouvelles réglementations plus tatillonnes, les entreprises de transport équipent ainsi leurs poids lourds, au fur et à mesure du renouvellement du parc, de toute une panoplie d'outils informatiques. Les cabines des camions ne ressemblent pas encore aux cockpits d'avion mais l'ordinateur de bord a largement dépassé le rôle habituel qui lui était dévolu. Il est capable d'assurer la gestion des péages, via un télé-badge, d'envoyer vitesse et temps de conduite via un chrono-tachygraphe numérique ou d'indiquer au chauffeur le meilleur parcours pour se rendre d'un point A à un point B en s'interfaçant avec un logiciel d'optimisation des tournées. Bardés d'équipements communicants, certains camions pourront être surveillés et presque commandés à distance. L'usine ou l'entrepôt étant informé en temps réel de la bonne marche ou non du convoi pour ajuster sa chaîne logistique.

Des points de péage virtuels pour l'écotaxe

La mise en place de l'écotaxe en France en 2011 devrait encore accélérer cette tendance technologique et généraliser ces ordinateurs de bord. Cet impôt, qui concernera les poids lourds circulant sur les principaux axes du réseau routier national (12-000-km de routes nationales et 3-000-km de départementales), touchera tous les véhicules de plus 3,5 tonnes, soit environ 600-000 camions français et 200-000 étrangers. Son montant devrait être compris entre 2,5 et 20 centimes d'euro par kilomètre parcouru selon le poids, le nombre d'essieux et le degré de pollution des camions (normes Euro).

Pour collecter l'écotaxe, les États, comme c'est le cas en Allemagne et en Suisse, font confiance à la technologie. Concrètement, il faudra savoir précisément qui est passé où et quand car il est évidemment impensable de créer de nouvelles barrières de péage. Deux solutions techniques sont envisagées-: soit un système de portiques sur le bord des routes collectant l'information via le protocole de communications radio de courte portée DSRC (Dedicated short radio communication). Soit une localisation satellitaire suffisamment précise pour identifier un véhicule à un mètre près. Cette dernière solution semble la plus simple, et la moins coûteuse à réaliser... mais elle impose le déploiement à grande échelle de Galileo, le GPS européen.

Ce système de positionnement par satellite, que l'Union européenne attend à l'horizon 2013, permettra de créer des péages virtuels sans frais --ou presque-- pour les États. «-Avec Galileo, plus besoin de portiques de péage-! Aucune installation ne sera nécessaire sur les routes d'Europe. L'ordinateur installé dans un véhicule passera par des points de péage virtuels. Il calculera le positionnement du poids lourd et la distance parcourue, puis enverra ces données au centre de facturation via le réseau GSM-GPRS (communications radio mobiles)-», s'enthousiasme Roger Pagny, chef de la mission des infrastructures et des applications satellitaires à la Direction de la recherche et des affaires scientifiques et techniques du ministère de l'Écologie. Et de souligner la flexibilité d'un tel système-: «-Il sera très aisé de définir les axes ou les zones soumis à paiement. L'intégration de sections à péage supplémentaires, par exemple en cas de report sur des voies secondaires, pourra se faire de façon quasi immédiate, sans coût additionnel pour l'opérateur.-» Galileo permettra également de prendre en compte plus facilement les variations tarifaires horaires et de gérer les atteintes ponctuelles à l'environnement (embouteillage, pic de pollution...).

Autre avantage pour les exploitants-: Galileo pourrait améliorer la fiabilité de la facturation. «-Il indiquera à l'utilisateur si le signal reçu est fiable, explique l'ingénieur. Cet indicateur limitera les erreurs de tarification et les contestations.-» Enfin, ce dispositif permettra aussi d'éviter la multiplication des systèmes nationaux et la prolifération de matériel de péage à l'intérieur d'un même véhicule.

Suivre les camions au mètre près avec Galileo

Mais les fonctionnalités potentielles de Galileo dépassent largement le cadre du télépéage. Elles pourraient révolutionner la notion même de gestion de flotte et de sécurité routière. Le véritable enjeu est d'envisager une gestion des flux de transport routier à la manière du trafic aérien. Mais là, tout dépend de la précision de la localisation géographique. Avec Galileo, elle sera de l'ordre de 1 mètre contre 10 à 20 mètres pour le GPS américain.

Ces quelques mètres gagnés permettront de perfectionner les systèmes de navigation embarquée. Mais ils permettront aussi de mieux tracer le parcours des routiers. Dans l'optique de mieux contrôler leurs coûts d'exploitation, de nombreuses flottes interdisent certains tronçons autoroutiers à leurs chauffeurs, qui respectent plus ou moins les consignes. Les entreprises ont recours au GPS et à des logiciels de gestion d'itinéraires pour identifier les fautes de parcours en temps réel et pouvoir le prouver. Mais avec une marge de 20 mètres, il est difficile de déterminer si un poids lourd est sur une autoroute ou sur la nationale parallèle. Une précision de 1 mètre dans les trois dimensions permettra de construire des cartes numériques beaucoup plus précises et de repérer les chauffeurs étourdis.

Au-delà de ce "flicage", ce système pourrait aussi servir à améliorer la sécurité routière via une surveillance automatique de la distance entre deux poids lourds, ou mieux, entre tous les véhicules roulants. Une alerte pourrait être envoyée à un chauffeur dangereux ou à son exploitant. Sur le même principe, on pourra maintenir un camion sur sa voie automatiquement. «-La sécurisation du transport routier passe par une navigation embarquée plus précise et par la communication des véhicules avec un organisme de surveillance, comme dans l'aviation-», estime Roger Pagny. Il ne resterait plus qu'à former des aiguilleurs de la route...

LE CONTRÔLE EN DIRECT DU TEMPS DE TRAVAIL

Depuis le 1er-mai 2006, les camions de plus de 3,5 tonnes sont équipés de série d'un chrono tachygraphe électronique.

Cet appareil remplace le bon vieux disque horaire et permet d'enregistrer les données relatives à l'utilisation d'un véhicule pendant un an-: identité du conducteur--; rapports d'activité, de conduite, distance parcourue et vitesses,-etc. Toutes ces données peuvent être transmises, via un ordinateur de bord doté de GPRS, à l'exploitant pour gérer à distance le temps de travail de ses salariés.

LE PÉAGE À DISTANCE PAR GSM

Ne passez plus par la case péage-! Grâce au télé-badge mettant en oeuvre la technologie DSRC (Dedicated short range communications) ou GPRS (transmission longue distance par ondes radio sur le réseau de téléphonie GSM), le camion indique ses heures d'entrée et sortie sur des voies à péage automatiquement, sans avoir besoin de s'arrêter ou de ralentir. Ce petit dispositif est appelé à jouer un rôle majeur à terme avec la mise en place de l'écotaxe.

DES PARCOURS TRACÉS AU MILLIMÈTRE

L'informatisation du transport routier passe par la généralisation de logiciels spécifiques dans les entreprises-: les applications cartographiques d'optimisation d'itinéraires et de tournées. Ces logiciels mettent en relation des points de livraison avec des plates-formes, d'où partent et reviennent des véhicules. Il tient compte des coûts (fixes, kilométriques, humains, horaires) et des contraintes spécifiques-: plages horaires de livraison, capacités de chargement, incompatibilité des produits, ordres de livraison et législation.

GALILEO, FUTUR AIGUILLEUR DE LA ROUTE

Avec la mise en place, en 2013, du réseau Galileo (30 satellites), la précision de la localisation sera de l'ordre du mètre contre 10 à 20 mètres pour le GPS. Cela permettra de s'orienter beaucoup plus précisément mais également de tracer presque au coup de volant près les camions. Potentiellement, ce système pourrait permettre de réguler l'ensemble du trafic routier en assurant par exemple un maintien automatique de la distance entre deux véhicules.

UNE PLATE-FORME DE COMMUNICATION EMBARQUÉE

Avec un ordinateur de bord doté d'un émetteur GPS et GPRS comme nos téléphones mobiles, le transporteur peut suivre en temps réel ses camions, envoyer des messages en cabine et recevoir immédiatement des infos sur les marchandises et les livraisons. Interfacés avec des progiciels de gestion de production, ils permettent aussi à l'industriel d'être informé des retards et d'adapter sa chaîne logistique en conséquence.

LES TUNNELS SOUS VIDÉOSURVEILLANCE

Détecter automatiquement un accident, et en quelques secondes, envoyer les images à un centre de contrôle qui pourra prendre les mesures nécessaires. Tel est le principe du système de vision "intelligente" mis en place cette année dans 22 tunnels routiers de la région parisienne. «-Il permettra aux équipes chargées de la sécurité d'agir immédiatement pour la sauvegarde et l'évacuation éventuelle des usagers-», explique Laurent Baudet, responsable de la mission équipements et tunnels à la Dirif (Direction interdépartementale des routes d'Île-de-France). Au sein d'un réseau routier où circulent 4-millions de véhicules par jour, dont 1,5-million en tunnels, 6 voies couvertes seront prioritairement rénovées. Mais au total, 1-500 caméras de détection automatique d'accident vont être installées. Couplées à un système de traitement d'image, elles permettront d'analyser de multiples incidents-: un véhicule arrêté en contresens ou dont la chute de vitesse est anormale, par exemple. Les caméras seront aussi capables de recueillir des données de gestion du trafic-: vitesse de flux et taux d'occupation, débit et vitesse moyenne par classe de véhicules, distance de sécurité...

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