Nous suivre Industrie Techno

Les robots sont l'avenir de l'homme

FABRICE FROSSARD ffrossard@industrie-technologies.com

Sujets relatifs :

,
Quelles relations aurons-nous demain avec notre robot de compagnie, celui qui gardera nos enfants et prendra soin des personnes âgées ? Quels place et statut auront les clones ? Penser le posthumanisme revient, pour Jean-Michel Besnier, à redéfinir les valeurs de toujours, l'éthique et la morale, mais dans une humanité élargie.

La relève, c'est la machine, assène, provocant, Jean-Michel Besnier, pour qui « la machine est le facteur de l'évolution de l'homme ». Pour l'auteur de Demain les posthumains, cette idée de l'évolution humaine trouve son point culminant dans l'imminence d'un futur où l'humain se trouvera "augmenté" et "modifié" par la machine. Modification interne avec des robots issus des nanotechnologies qui répareront les corps ou changeront l'aspect physique. Ou externe par l'adjonction de prothèses et autres exosquelettes.

À moins que, dans la droite pensée des "technoprophètes", notre corps laisse place à une pure conscience téléchargée dans des machines. « L'idée sous-jacente, c'est que l'homme doit s'affranchir des limites. Sa dématérialisation, son choix de vivre ou de mourir constituent le point ultime de ces métaphysiques qui prônent de s'arracher à la nature. En érigeant l'homme comme démiurge, on espère l'ultime victoire de l'esprit sur la matière », rappelle Jean-Michel Besnier en citant Descartes, Hegel ou encore Schielling comme les pères de ce discours. Pour le philosophe, la modification de l'homme par cet environnement (qu'il a lui-même créé) est une étape sur ce chemin. « Nos machines nous imposent de nous simplifier à l'extrême et nous réduisent à l'élémentaire. Pour communiquer avec elles, vous devez simplifier votre langage. Et si nous voulons tirer quelque chose de nos machines, il nous faut consentir à être formaté », déplore Jean-Michel Besnier. Cette fascination pour la machine et la "machinisation" de l'homme est pour l'humanité le revers de la dépréciation de soi. « On trouve trace de ce mouvement dès les années 1920 avec le futurisme italien, alors fasciné par l'acier. Il fallait que l'homme investisse le métal parce que c'est dans le métal qu'il y a du solide. Bien évidemment, tout cela était induit par l'après-guerre. On retrouve cette trace dans les années 1950 avec Günther Anders et la "honte prométhéenne", ce constat que les machines créées par l'homme sont bien meilleures que lui. Certains reprennent cette idée dans les années 1990. Avec le même constat : l'homme a donné le pire dont il était capable avec Hiroshima. L'idée véhiculée par les technoprophètes est que les technosciences nous permettront de sortir par le haut. »

Comment vivre avec des êtres potentiellement immortels ?

Mais l'émergence de ce futur impose aux philosophes de revenir aux fondamentaux. « Demain, nous serons confrontés à un univers peuplé de machines et d'êtres nés par ectogénèse ou par clonage, d'êtres aux performances cognitives accrues, potentiellement immortels. De là émerge une question fondamentale : quel type de relation établira-t-on avec un clone, un robot, quel type d'équilibre entre soi et les autres, non pas sur la base d'une idée du bien, mais de ce qu'il faut faire ? C'est une invitation faite au philosophe de penser aujourd'hui et demain avec une humanité élargie car on sera obligé d'élargir l'humanité à des êtres que l'on exclut aujourd'hui. » Question existentielle, ce « comment bien vivre ensemble ? » dans un monde profondément modifié par la technique, arraché à la nature, nous oblige à penser le présent et pose la question essentielle de l'éthique et de la morale.

JEAN-MICHEL BESNIER PROFESSEUR DE PHILOSOPHIE À LA SORBONNE

Très riche CV que celui de Jean-Michel Besnier. Actuellement professeur de philosophie à l'université de Paris IV Sorbonne (chaire de philosophie des technologies d'information et de communication), il dirige le master professionnel Conseil éditorial et gestion des connaissances numérisées. Parallèlement, il est membre du Conseil scientifique de la Cité des sciences et de l'industrie de la Villette), du Comepra (Comité d'éthique et de précaution de l'Inra), du Comets (Comité d'éthique du CNRS) et de la section 17 (philosophie) du Comité national de l'université (CNU). Jean-Michel Besnier a aussi une intense activité de publication dans de multiples revues et magazines et intervient régulièrement sur les ondes.

LE LIVRE

DEMAIN LES POSTHUMAINS Le futur a-t-il encore besoin de nous ? 208 pages Hachette Littératures 18 euros

ET AUSSI

En contrepoint de cette réflexion sur l'éthique et la morale, Ray Kurzweil, dans Humanité 2.0 (Éditions M21), décrit le monde "posthumain" sous son aspect le plus positif, à l'inverse d'Ollivier Dyens qui, avec La Condition inhumaine, essai sur l'effroi technologique (Flammarion), se livre à une critique tempérée sur les avenirs possibles et met en garde sur les éventuelles dérives de l'hybridation technobiologique.

vous lisez un article d'Industries & Technologies N°0912

Découvrir les articles de ce numéro Consultez les archives 2009 d'Industries & Technologies

Bienvenue !

Vous êtes désormais inscrits. Vous recevrez prochainement notre newsletter hebdomadaire Industrie & Technologies

Nous vous recommandons

La créativité à la chaîne

La créativité à la chaîne

Pleins phares sur la créativité industrialisée. Pour systématiser la mise sur le marché de biens innovants, les industriels devraient s'inspirer de[…]

Obsolescence : faut-il souhaiter longue vie aux produits ?

Obsolescence : faut-il souhaiter longue vie aux produits ?

Errare tecnologicum est

Errare tecnologicum est

L'innovation est un écosystème

L'innovation est un écosystème

Plus d'articles