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Interview

« Les projets de batteries stationnaires au lithium-ion changent d'échelle », assure Sébastien Hita Perona, directeur du stockage d’énergie chez Saft

« Les projets de batteries stationnaires au lithium-ion changent d'échelle », assure Sébastien Hita Perona, directeur du stockage d’énergie chez Saft

© Saft

Baisse des coûts, essor des énergies renouvelables, fiabilisation des réseaux décentralisés... Plusieurs raisons expliquent un essor du marché du stockage stationnaire d'énergie par batteries lithium-ion. A tel point que les projets deviennent de plus en plus volumineux, affirme Sébastien Hita Perona, directeur du segment des solutions de stockage d'énergie chez Saft, filiale de Total.

Industrie & Technologies : Comment se porte le marché du stockage stationnaire par batteries lithium-ion ?

Sébastien Hita Perona : Il est en forte croissance pour plusieurs raisons. D’abord, les énergies renouvelables prennent de plus en plus d’importance dans le mix énergétique global, notamment en raison de leur coût qui chute. Or, leur intermittence impose de trouver des solutions de stockage. Le deuxième critère est la baisse du coût du stockage. De 2012 à 2017, il a baissé de 20 % par an. Cette tendance ralentit mais nous sommes toujours autour de - 8 % à - 10 % par an. Nous pensons que cela se stabilisera autour des 100 $/kilowattheure à partir de 2025. Le troisième facteur est le besoin de fiabiliser des réseaux de plus en plus décentralisés. Enfin, le dernier point est le sujet du CO2. Toutes les sociétés décarbonent leur production d'énergie et le stockage y contribue.

Qu’est-ce que cela implique ?

Il y a eu une grosse accélération vers des projets de plus grande échelle en 2019. Historiquement, nous travaillions sur des projets de stockage de 10 à 20 mégawattheures (MWh). Aujourd'hui, nous sommes en train de passer sur des projets à 100 MWh et au-delà. En conséquence, il y a aussi une transition vers des acteurs plus importants. Nous avions commencé avec des opérateurs qui étaient sur des petits projets locaux de stockage. Maintenant, nous commençons à travailler avec des acteurs comme EDF ou Engie. Ils apportent une solidité financière et pérennisent le marché du stockage d'énergie.

Quelles sont les principales applications pour les batteries lithium-ion dans le stockage stationnaire ?

La principale est le « shifting », qui consiste à décaler le moment de la consommation d’électricité par rapport à celui de sa production. Elle représente environ 40% du marché aujourd’hui et devrait grimper à 45% d'ici 2025. Le reste des applications concerne la régulation de fréquence, l'écrêtage pour stocker une énergie produite plus importante que la demande, le lissage de la production ou encore le « ramp up », qui correspond à la montée en charge progressive d’une production d'énergie suite à une demande sur le réseau. Le projet à Viinamäki (Finlande) que nous avons annoncé le 20 novembre accompagne un parc éolien de 21 mégawatts (MW). D’une capacité de 6,6 MWh pour une puissance de 5,6 MW, il assurera une régulation de fréquence pendant toute sa durée de vie de 15 ans. Il doit être mis en service au premier trimestre 2020.

Comment expliquer la baisse des coûts du stockage ?

Elle est due à un effet de masse généré par la demande de véhicules électriques car c'est la même technologie qui est utilisée pour le stockage stationnaire : les batteries Nickel Manganèse Cobalt (NMC). Aujourd'hui, les véhicules électriques sont les plus gros consommateurs de batteries lithium-ion, et ils le resteront dans le futur. Sur les 280 gigawattheures (GWh) de batteries dont nous aurons besoin en 2020 dans le monde pour l’électronique, le stockage stationnaire et l’automobile, cette dernière représente environ 200 GWh.

D’un point de vue technologique, sur quels aspects essaye-t-on d’améliorer les batteries aujourd’hui ?

Nous travaillons principalement sur la densité d’énergie stockée. Notre conteneur Intensium Max 20 High Energy de 20 pieds permet de stocker 2,5 MWh, contre généralement 3 MWh sur des conteneurs de 40 pieds chez nos concurrents. Ensuite, nous essayons d'avoir une technologie qui puisse s’adapter à une plage d'applications la plus large possible. C’est-à-dire toutes les applications dont nous avons parlé : « shifting », « ramp up », régulation de fréquence, écrêtage… Le NMC permet d’y répondre. Enfin, nous capitalisons sur nos applications de pointe à travers nos activités dans le spatial, la défense, les data centers, et la mobilité sur lesquels nous sommes positionnés. Le spatial et la défense sont notamment des domaines pourvoyeurs de technologies de pointes dont bénéficie le stockage stationnaire.

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