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Les prestataires de R&D externalisée font bloc

Industrie et  Technologies
J'ai pris cette semaine un petit déjeuner avec les dirigeants du Geicet (prononcer G7). Mais cela n'a rien à voir avec les maîtres du monde, puisqu'il s'agissait du lancement du Groupement européen d'ingénierie et de conseil en technologies, bref des pres


Les principaux intervenants français du monde de la R&D externalisée (Akka Technologies ; Alten ; Alyotech ; Assytem ; Astek ; Ausy ; Coframi ; Segula Technologies ; Silicomp et Sogeti) ont en effet décidé de fonder un groupement, qui à terme devrait être européen, pour valoriser et défendre leur profession. Ces dix acteurs représentent plus de 30 000 personnes, soit 20 % de la profession en France

« Notre profession est capitale pour l'économie européenne car elle est au cÅ“ur de tous les grands développements industriels via les travaux qu'elle réalise pour ses clients. Et force est de constater que les leaders mondiaux sont français. Pourtant elle est mal connue, car pas représentée par une fédération professionnelle. D'où l'idée de ce regroupement », explique Carlos Bedran, président d'Alyotech et gérant du Geicet (Groupement européen d'ingénierie et de conseil en technologies). Notons que certains des membres fondateurs du Geicet travaillant en partie dans les mondes informatique ou de l'ingénierie, le Geicet a lui aussi adhéré à la fois au Syntec Informatique et au Syntec Ingénierie.

Les axes de travail du Geicet ne manquent pas. Il faut : faire connaître la profession ; sensibiliser les pouvoirs publics à son rôle dans les processus d'innovation et de maintien des grands savoir-faire technologiques ; répondre aux attentes des donneurs d'ordres face aux impacts de la mondialisation en favorisant des schémas alternatifs aux délocalisations ; clarifier le cadre des relations interprofessionnelles et élaborer un code d'éthique ; préserver le rôle leader des acteurs de la profession dans le monde ; et enfin valoriser les métiers de l'ingénieur pour renforcer l'attractivité de la profession.

Une pénurie d'ingénieurs

En Europe, la R&D représenterait 160 milliards d'Euros dont 26 % seraient externalisés. En France, on parle de 35 milliards d'Euros dont 25 % seraient externalisés. La R&D externalisée représente en France un potentiel de 80 000 ingénieurs et 70 000 techniciens pour les seules activités de conseil et conception. « Chaque année, 7 500 ingénieurs rejoignent nos rangs. Nous offrons donc beaucoup de débouchés aux 35 000 ingénieurs et titulaires d'un DESS ou doctorat formés chaque année en France. Pourtant, force est de constater qu'une fois leur diplôme en poche, 15 % d'entre eux partent directement travailler à l'étranger et que 30 % optent pour une filière non-technique (commercial, banque, finance...) », constate Simon Azoulay, PDG d'Alten.

« Il est donc indispensable de revaloriser le métier d'ingénieur en France. Il est quand même paradoxal de constater que l'on fait plus facilement confiance à un médecin ou un avocat de 45 ou 50 ans qu'à un jeune diplômé, alors que c'est rigoureusement l'inverse pour l'ingénieur qui verrait, soi-disant, son expérience technique s'étioler au-delà de 40 ans ». Une constatation qui explique en partie la désaffection des jeunes pour les filières scientifiques dès la terminale.

Eviter la paupérisation des ingénieurs

Un phénomène amplifié par une nette baisse du pouvoir d'achat des ingénieurs depuis 10 ans. « Il faudrait pour bien faire arriver à une hausse moyenne des salaires de 7 % en 2007 pour compenser les baisses enregistrées depuis 2003.Mais cela ne sera pas facile, car dans le même temps nos donneurs d'ordres n'accepteront pas plus de 1 % d'augmentation de nos tarifs. Au risque de voir la pénurie d'ingénieurs déjà provoquée par "papy boom" ainsi s'amplifier », prévient Simon Azoulay. Une des pistes envisagées pour faire face à cette quadrature du cercle, passe par le développement de méthodes efficaces d'amélioration de la productivité des équipes de R&D.

Une pénurie que les donneurs d'ordres entretiennent aussi en proposant aux jeunes ingénieurs placés chez eux, des salaires plus importants, à compétences égales, que ceux offerts par les prestataires de services qui les emploient. Il y a donc un réel risque de perte de savoir-faire chez les prestataires si l'on ne revalorise pas rapidement le métier et la rémunération de l'ingénieur. A terme, les industriels européens risquent d'être obligés de délocaliser tout ou partie de leur R&D, non pas pour des problèmes de coûts, mais par pénurie de main d'Å“uvre qualifiée.

Accompagner les industriels s'internationalisant

Autre axe de travail du Geicet, le défi des délocalisations. « Il ne faut pas que nos clients confondent achat de valeur et achat de prix. Peu importe le prix horaire. Ce qui doit compter c'est la valeur apportée dans le cadre d'un contrat global. Il faut donc que nous trouvions avec nos clients le point d'équilibre entre économies immédiates et économies durables, afin de préserver le capital et le savoir-faire des différents acteurs et éviter les retours en arrières toujours coûteux », constate Emmanuel Arnould, vice-président de Silicomp.

« L'internationalisation des entreprises industrielles est un fait. Nous devons donc accompagner ce mouvement, tout en favorisant des schémas alternatifs aux délocalisations, afin de conserver la maîtrise de l'ingénierie et de l'innovation en Europe », estime de son côté Maurice Ricci, PDG d'Akka Technologies.

Cela passera à la fois par la mise en place de centres de compétitivité régionaux et le développement d'offres communes off-shore pour baisser les coûts. Pourquoi ainsi ne pas envisager la création de structures communes aux différents membres du Geicet employant des ingénieurs francophones dans les pays en voie de développement ?

Bref, beaucoup de pain sur la planche pour le Geicet, qui entend en plus s'ouvrir à des acteurs venant d'autres pays européens et participer à des appels d'offres du Programme Communautaire de R&D de l'Europe. Mais les idées pour faire connaître et développer le Geicet ne manquent pas. Ainsi parle-t-on d'une prochaine convention réunissant pouvoirs publics, syndicats patronaux, industriels et acteurs de la profession autour des problématiques de l'innovation industrielle. Nous aurons donc certainement l'occasion de reparler du Geicet.

A la semaine prochaine.

Jean-François Prevéraud, journaliste à Industrie & Technologies et l'Usine Nouvelle, suit depuis plus de 25 ans l'informatique industrielle et plus particulièrement les applications destinées au monde de la conception (CFAO, GDT, Calcul/Simulation, PLM...). Il a été à l'origine de la lettre bimensuelle Systèmes d'Informations Technologiques, qui a été intégrée à cette lettre Web hebdomadaire, dont il est maintenant le rédacteur en chef.

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