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LES PME JOUENT ET GAGNENT

Mirel Scherer
LES PME JOUENT ET GAGNENT

Chez Vygon, le progiciel M3 de Lawson gère une production complexe soumise à des contraintes de sécurité.

© D.R.

Après avoir conquis les grandes entreprises, les outils d'informatique industrielle, ERP en tête, se banalisent aussi dans les PME. Encore faut-il trouver les bonnes recettes pour tirer un maximum de bénéfices.

Mêmes problèmes, mêmes solutions. Les problèmes des PME ? La mondialisation, la réduction des coûts et des délais, la concurrence des pays à bas coûts, l'amélioration du service client et de la qualité... Ils ne manquent pas. Les solutions ? Les outils d'informatique industrielle éprouvés par les grands groupes. Les PME se tournent ainsi vers des outils de gestion de plus en plus puissants, n'hésitant pas à passer de la conception en 2D à celle en 3D, et font le choix de moyens de maintenance capables de détecter à temps des éventuelles défaillances pour améliorer la disponibilité de leurs équipements. La supervision d'usines devient, quant à elle, plus intelligente et se pare de fonctions devenues indispensables comme la traçabilité.

Le client est roi

Évidemment, ce dossier ne traite qu'une partie des applications d'informatique industrielle qu'utilisent les PME. Mais son objectif est de montrer comment ces entreprises tirent tous les bénéfices possibles de leurs outils informatiques. Car les éditeurs ont reçu le message et proposent désormais des solutions enrichies, souvent à partir des demandes de leurs clients.

L'un de ceux qui se démène le plus pour que les PME mettent le pied à l'étrier informatique, Microsoft, donne l'exemple. Revue et corrigée, la version 5.0 de son ERP destiné aux PME, Dynamics NAV, connaît des évolutions fonctionnelles et techniques notables. « L'intégration avec les autres outils Microsoft, que les utilisateurs maîtrisent déjà, se renforce », explique Isabelle Saint-Martin, chef de produit ERP chez Microsoft Business Solutions France.

Les évolutions sont tout aussi notables côté fonctionnel, avec un renforcement de la gestion de production (prise en compte par exemple de la différenciation tardive dans les activités d'assemblage) ou de la logistique (traçabilité, RFID...). La prochaine version du progiciel de Microsoft, qui sera disponible fin 2007 ou début 2008, continuera sur cette lancée et connaîtra plusieurs évolutions majeures. Comme, par exemple, la possibilité pour l'utilisateur de programmer dans une architecture trois tiers et l'approche Web Services.

Construit sur une architecture orientée services, le logiciel IFS Applications de l'éditeur IFS est très présent dans le monde des PME. « Rien ne différencie ces entreprises des autres, si ce n'est leur taille et leurs ressources humaine et financière plus limitées », analyse Amor Bekrar, PDG d'IFS France. « Leurs besoins sont aussi complexes, il faut les accompagner dans leur développement international et leur proposer un outil qui couvre un spectre fonctionnel large. Car aujourd'hui, il faut fabriquer, distribuer et maintenir des installations à échelle mondiale. »

L'éditeur suédois propose rien moins que sept solutions verticalisées et plusieurs lignes de produits avec un référentiel de données techniques ainsi qu'une gestion électronique de documents intégrée. Par ailleurs, une bibliothèque de composants faciles à assembler permet à chaque utilisateur de construire sa propre application en piochant dans cette source.

Les PME sont aussi dans la ligne de mire de Lawson Software qui a acheté, il y a tout juste un an, Intentia, éditeur de l'ERP Movex. La solution, rebaptisée M3, comporte onze outils verticalisés et fait ses preuves dans de nombreux domaines industriels, comme l'industrie médicale par exemple.

Adapter la démarche aux PME et TPE

Concepteur et fabricant de produits médicaux à usage unique, le groupe Vygon utilise ainsi l'ex-Movex depuis 1998 pour gérer la production de ses trois usines françaises (aujourd'hui c'est la version Java du progiciel qui est en place). Chez Vygon, le processus de fabrication fait appel à l'injection plastique et à l'assemblage. Avec 3 500 produits finis, 1 000 ordres de fabrication ouverts par semaine, 300 à 400 lignes de commandes avec des modes de préparation différents en fonction de la destination, l'ERP n'a pas de quoi chômer... Comment s'est faite l'installation ? « Nous avons fait appel aux services d'un intégrateur qui connaissait ce progiciel, Elcimaï pour ne pas le nommer, explique Didier Brierre, directeur des systèmes d'information de l'entreprise. Nous ne voulions pas d'un projet qui s'éternise et qui perturbe le fonctionnement. Alors, nous avons choisi quelques utilisateurs clés et nous les avons fait travailler avec le consultant. »

Fournisseur du logiciel de CFAO WorkNC, l'éditeur français Sescoi propose aussi un outil de gestion intégré, WorkPlan. Responsable technique des applications ERP-gestion de projet chez l'éditeur mâconnais, Didier Guillet propose une démarche adaptée aux PME et aux très petites entreprises : « Il faut lister les points importants à traiter, nommer un comité de pilotage qui surveille l'avancement du projet, savoir précisément qui fait quoi et quand. Ne pas oublier aussi de tenir compte de la charge de l'entreprise, suivre les évolutions permanentes du logiciel et des besoins, assurer un accompagnement continu... »

Pour le spécialiste de Sescoi, l'interfaçage avec les outils Microsoft que les PMI utilisent est très bénéfique. Tout comme celui avec les outils de CFAO qui autorise l'analyse du modèle 3D d'une pièce, facilitant ainsi le chiffrage avec le module devis du progiciel de gestion. « Début 2008, l'outil calculera le temps d'adaptation du programme au postprocesseur, le remontera dans la gamme de fabrication et indiquera quel est le meilleur outil de coupe pour un parcours d'usinage donné ainsi que sa disponibilité », confie le responsable.

Plus de 70 % des applications ERP assurées par Cegid sont destinées aux entreprises de 30 à 200 personnes. Spécialiste de l'industrie, l'éditeur français a découpé son ERP par domaine et soigné l'ergonomie de sa solution pour améliorer la productivité. « Les PME sont très sensibles à l'efficacité de l'outil, à sa facilité de mise en oeuvre et au retour sur investissement », note Caténo Barberi, responsable du marché industrie manufacturing chez Cegid. « Après plusieurs expériences informatiques, nos interlocuteurs dans ces entreprises sont maintenant plus organisés et plus avertis », constate le spécialiste. Ses conseils : « Mettre les ressources nécessaires à disposition d'une équipe dédiée soutenue par la direction générale, fixer des objectifs et définir les étapes. »

Les logiciels de supervision séduisent

Un autre outil de gestion a le vent en poupe : le MES (manufacturing execution system). Il est proposé par quelques éditeurs comme Actemium, le réseau d'entreprises de Vinci Energies spécialisées en ingénierie électrique, automatismes, informatique industrielle, instrumentation et mécanique pour l'industrie. Sa filiale Actemium Nutrition propose ainsi Nutriciel, une solution intégrée de conduite de process, de gestion et de suivi de production destinée aux unités de nutrition animale. Ce MES a été installé dans l'usine vendéenne du Groupe Arrivé qui fabrique 300 000 tonnes par an d'aliments pour les animaux d'élevage. « Il fallait assurer à la fois l'accroissement de la productivité, l'amélioration de la qualité et le respect de la sécurité [les aliments sont incompatibles d'un animal à l'autre] », indique Hervé Durdek, responsable d'affaires chez Actemium Nutrition.

Toujours côté gestion, la supervision offre des nouvelles fonctions aux PME. Le superviseur InTouch de Factory Systemes par exemple, assure des analyses en temps réel, des fonctions d'historisation, de traçabilité. « La simplicité de mise en oeuvre et d'utilisation, l'encapsulation des outils Microsoft, l'automaintenance et l'ouverture du système sont autant d'atouts qui intéressent les PME », affirme Denis Lubrun, chef de produits supervision chez Factory Systemes. Avec en plus, la possibilité d'avoir un seul outil de développement quelle que soit l'application, ce qui permet aux PME de réduire les coûts de formation et de capitaliser le savoir-faire.

À l'instar des éditeurs d'ERP, les fournisseurs d'outils de CFAO visent eux aussi les PME. Comme par exemple, UGS qui propose une famille de logiciels de conception et de fabrication Velocity Series qui leur est destinée. Une famille qui s'est enrichie récemment avec un nouveau module de FAO destiné à la programmation des machines d'usinage à grande vitesse, des machines multifonctions et des centres d'usinage 5 axes. Des équipements qui commencent à se démocratiser dans les ateliers de mécanique.

Les PME ont aussi accès à des outils de conception et de calcul sophistiqués sans avoir besoin de spécialistes attitrés. Ce que démontre SolidWorks avec ses nombreux cas d'applications de son logiciel éponyme relié à CosmosXpress et CosmosWorks.

Enfin, la simulation de l'usinage fait des progrès pour séduire les petites entreprises. La nouvelle version de Vericut, le logiciel de CGTech, propose ainsi une foule d'améliorations comme l'intégration de la visualisation graphique à la fenêtre principale, ce qui facilite l'identification des zones critiques, la détection en continu des manques et des excès de matière, la simulation des opérations manuelles, etc.

Établie à Genève, l'unité d'usinage de pièces pour les moteurs d'avion de Ruag Aerospace utilise, depuis quatre mois, le module Optipath de Vericut pour assurer l'optimisation des trajectoires d'usinage. Responsable études et méthodes de l'unité, Jean-François Point liste les avantages : « Le module nous permet d'optimiser l'utilisation des outils, de prolonger leur durée de vie, de mieux cibler les stratégies de coupe en fonction de l'application, d'anticiper le programme d'usinage, de réduire le temps de mise au point d'une première pièce. »

Optimiser les montages d'usinage

Même approche chez Spring Technologies avec son logiciel de simulation NCSimul grâce à l'intégration des outils ToolExpert et ToolSimul (moteur pour déterminer le couple outil-matière). « Cette intégration améliore la gestion des outils coupants, l'un des postes les plus sensibles à maîtriser », explique Olivier Gueneau, directeur du département édition de Spring Technologies. Le module Optitool permet quant à lui de déterminer les conditions de coupe pour un cas donné.

Sous-traitant d'Airbus, Cauquil, une entreprise d'une trentaine de personnes, utilise dans son unité près de Toulouse le logiciel NCSimul pour simuler l'usinage des pièces en titane. Un atelier équipé de machines-outils identiques qui travaille 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Relié à TopSolid'Cam de Missler Software, le module ToolExpert simule et optimise les montages d'usinage, transformant ainsi cet atelier en un atelier numérique. Mis en oeuvre depuis trois mois, le module Optitool a apporté un gain de 30 % sur le temps de cycle.

Voilà un bref aperçu des atouts de l'informatique industrielle, que le reste du dossier étudie à la loupe dans six entreprises qui ont joué cette carte et ont fait mieux que récupérer leur mise. Reste que, entre l'ERP, les MES, la CFAO, la simulation d'usinage..., les PME sont encore loin d'avoir épuisé toutes les sources de profits de ces outils.

LES ERP ET AUTRES CFAO : UNE SOURCE DE PROFITS INÉPUISABLE.

SOMMAIRE

1. Chez Arden Equipment La CFAO 3D fait des miracles Page 58 2. Chez L-Acoustics La gestion intégrée affine les prévisions et la planification Page 60 3. Chez Weishardt Un ERP pour mieux contrôler les marges Page 62 4. Au groupe Soufflet Rien n'échappe à la supervision Page 64 5. Tonnellerie Boutes La fabrication des fûts se passe de papier Page 66 6. Chez SVI Une disponibilité à toute épreuve Page 68

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