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Les partenariats, un effet de levier majeur

Propos recueillis par Ridha Loukil
- L'activité de recherche de la SNCF soulève des questions. Pour relever les défis technologiques de demain dans le ferroviaire, va-t-elle bénéficier d'un accroissement des moyens, comme l'envisage le nouveau président Guillaume Pepy, ou s'appuyer davantage sur les compétences disponibles à l'extérieur ? Une chose est sûre : elle doit contribuer pleinement au projet d'amélioration de l'entreprise. Au programme : renforcement de la capacité d'innovation et cap sur le développement durable.

Industrie et Technologies : La SNCF est un opérateur de transport. À quoi lui sert-il de faire de la recherche ?

Alain Le Guellec : Nous ne sommes pas seulement un opérateur de transport. Nous sommes également le gestionnaire délégué de l'infrastructure de Réseau ferré de France (RRF), le propriétaire du réseau ferroviaire français. Nous avons donc la responsabilité de faire progresser à la fois le matériel roulant et l'infrastructure que nous utilisons. Notre nouveau président, Guillaume Pepy, nous a fixé le cap 2012, les objectifs étant d'améliorer les résultats de la société, de développer l'international et de renforcer notre capacité d'innovation. Notre mission de recherche s'inscrit pleinement dans ce projet d'entreprise.

I. T. : De quels moyens disposez-vous ?

A. L. G. : La direction de l'innovation et de la recherche s'appuie sur cent vingt personnes, dont des doctorants et des stagiaires issus de grandes écoles. En plus, l'ingénierie du matériel réalise ses propres améliorations sur le terrain. L'ingénierie de l'infrastructure le fait aussi. Si bien qu'au total, près de quatre cents personnes participent à l'effort de recherche de la SNCF.

I. T. : Ces moyens semblent modestes eu égard à la nouvelle mission qui est la vôtre ?

A. L. G. : Notre président envisage de doubler notre budget. C'est bien, mais encore faut-il au préalable définir les travaux à confier aux nouveaux chercheurs. Cela dit, nous ne faisons pas de recherche académique et ne travaillons pas seuls. Nous nous appuyons sur des partenariats et des coopérations tant en France qu'à l'international. Nous sommes fortement impliqués dans des programmes coopératifs nationaux, comme Predit (Programme de recherche et d'innovation dans les transports terrestres), franco-allemands (Deufrako) et européens. Nous participons à trois pôles de compétitivité : i-Trans (Nord-Pas-de-Calais) sur le ferroviaire, Systematic en Île-de-France sur les systèmes complexes, et Advencity (Marne-la-Vallée) sur la ville et la mobilité durable. Ces coopérations offrent un important effet de levier à notre effort de recherche.

I. T. : Avec qui travaillez-vous ?

A. L. G. : Nous menons nos projets R & D avec des instituts de recherche scientifique, des labos d'universités ou de grandes écoles, des industriels et d'autres grands réseaux ferroviaires. Nos liens avec le monde académique se concrétisent par l'accueil de nombreux thésards et stagiaires de l'enseignement supérieur. Nous avons des accords-cadres avec le CNRS, l'Inrets (Institut national de recherche sur les transports et leur sécurité) et le laboratoire central des Ponts et Chaussées. Nous encourageons ces labos à s'engager davantage dans le ferroviaire. Nous nous préparons au programme Predit 4 qui représente un budget de 400 millions d'euros sur la période 2008-2012. Par ailleurs, nous participons activement aux travaux de l'Errac (European Railway Research Advisory Council). Enfin, nous collaborons avec l'industrie et tout particulièrement avec nos trois constructeurs que sont Alstom, Bombardier et Siemens. Nous sommes loin du temps où la SNCF inventait et où les industriels se contentaient de fabriquer. Depuis déjà longtemps, nous travaillons en réseau tant en interne avec les donneurs d'ordres côté matériels ou infrastructures, qu'avec les partenaires extérieurs.

I. T. : Quelle est votre politique en matière de propriété industrielle ?

A. L. G. : Nous ne déposons que peu de brevets, mais nous essayons néanmoins de valoriser certains résultats de recherche à l'extérieur. C'est ce que nous sommes en train de faire dans le domaine du bruit. Nos recherches avec le CNRS sur le sujet ont abouti à un logiciel d'identification des sources de bruit sur le matériel roulant. Nous voulons transférer cette innovation à l'industrie. Des industriels sont intéressés.

I. T. : Le développement durable est au coeur de la nouvelle stratégie de la SNCF. Quel est votre rôle dans ce domaine ?

A. L. G. : Nous travaillons sur la mobilité durable. Nous mettons en place une gestion dynamique de l'énergie en améliorant l'isolation thermique, en optimisant la récupération, le stockage et l'utilisation de l'énergie du freinage, en revoyant les règles de conduite et en formant les conducteurs de train. Le projet Plathée, cofinancé dans le cadre du Predit par l'Ademe, s'inscrit dans cette démarche. Il vise à expérimenter une chaîne de traction hybride Diesel- électrique. La production d'énergie est gérée de façon intelligente à partir de plusieurs sources dont une pile à combustible. Nous développons des logiciels d'optimisation énergétique et étudions différentes solutions de stockage d'énergie : condensateur, volant d'inertie... L'engin sera prêt en fin d'année. Autre axe de travail : l'allègement du matériel roulant. À cet égard, nous observons avec intérêt le prototype de wagon entier en matériau composite, réalisé par le centre de recherche ferroviaire coréen. Nous réfléchissons aussi sur la façon de faciliter le démantèlement du matériel en fin de vie en vue de son recyclage.

LES CHIFFRES CLÉS

La R & D à la SNCF - 60 personnes à la direction de l'innovation et de la recherche, et autant de doctorants et stagiaires de grandes écoles - Budget 2008 30 millions d'euros

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