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Les outils épidémiologiques au service de la lutte contre le H7N9

 Les outils épidémiologiques au service de la lutte contre le H7N9

Exemple de représentation du risque de propagation du virus H5N1 en Chine.

© "Spatial Distribution and Risk Factors of Highly Pathogenic Avian Influenza (HPAI) H5N1 in China", PLOS Pathogens

La précédente pandémie de grippe aviaire H5N1 a montré l’intérêt de recourir à l’épidémiologie, notamment pour mieux localiser le risque et concentrer les efforts de prévention ou de thérapie dans les zones qui en ont le plus besoin. Les mêmes outils pourraient être appliqués dans le cas du virus H7N9, qui a déjà fait plusieurs victimes humaines en Chine, selon Marius Gilbert, responsable du Laboratoire Lutte biologique et épidémiologie spatiale, de l'Université libre de Bruxelles.

Pourquoi le virus H7N9 doit être pris au sérieux ?

On ignore toujours si le virus H7N9 peut se transmettre d’homme à homme, mais une difficulté actuelle vient du fait qu’on ne connaît pas encore le réservoir naturel du virus : sur plus de 40 000 tests réalisés en Chine, seule une quarantaine se révèlent positifs, et pour différentes espèces d'oiseaux. Il y a peut-être un problème au niveau du diagnostic. L'autre grande inconnue est celle de l’étendue géographique de l’infection. Contrairement à la pandémie de H5N1, la mortalité aviaire n’est pas un indicateur de la présence du virus. La détection du H7N9 ne peut donc être basée que sur une surveillance active des animaux.

Quels outils seraient utiles pour contrer le virus ?

En premier lieu la cartographie des zones où surviennent les contaminations, qui permettrait deux choses : d’abord intensifier la surveillance dans les zones à risque, utile dans un pays aussi vaste que la Chine, et de cerner certains facteurs de risque. Dans le cas de la précédente pandémie de H5N1, ce travail entrepris avec la Thaïlande nous avait par exemple permis d'identifier un mode d’élevage à risque des canards, en partie sauvage, et de prendre des mesures efficaces. Un deuxième outil consiste à reconstruire le réseau social derrière une épidémie : pour la grippe aviaire H5N1, nous avons mené des enquêtes dans les marchés de volailles vivantes pour établir les liens entre les commerçants et d'un marché à l'autre. Les marchés les mieux « connectés » peuvent devenir des lieux de lutte prioritaires contre le virus. Le même type de stratégie est envisageable pour les éleveurs. Le problème est que cela ne peut pas se faire dans l’urgence, et a lieu souvent après une pandémie.

Quelles mesures pourraient être prises pour ralentir la propagation du virus H7N9 ?

Difficile à dire tant que le réservoir du virus n’est pas bien identifié, mais il pourrait y avoir toute une série de mesures à prendre. Si les volailles vivantes sont la source du problème, fermer certains marchés pourrait être judicieux ou, mieux, les isoler entre eux, ce qui aurait l’avantage de ne pas paralyser l’économie. Si la transmission du virus s’opère d'une ferme à l'autre, diffuser les bonnes pratiques d’élevage, comme la désinfection de matériel (chaussures, cages…) et des abattoirs, peut être efficace. C’est néanmoins très difficile de toucher les petits éleveurs, et on voit au final que ce sont plutôt les grands groupes industriels qui en profitent. Enfin, si la menace devient plus sérieuse, la vaccination massive des animaux a déjà relativement bien fait ses preuves dans le cas du virus H5N1. Mais celle-ci ne pourra être implémentée que dans quelques mois, le temps de développer les vaccins.

Propos recueillis par Ludovic Fery

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