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« Les ondes térahertz mettent le contrôle non destructif en ligne à la portée des chaines de production », lance Clément Jany, CTO de TiHive

Alexandre Couto
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« Les ondes térahertz mettent le contrôle non destructif en ligne à la portée des chaines de production », lance Clément Jany, CTO de TiHive

Pépite grenobloise, la start-up TiHive a bénéficié d'une subvention de 6,3 millions d'euros de la commission européenne. Des fonds qui lui permettront d'industrialiser son procédé de contrôle reposant sur les ondes térahertz. Clément Jary, directeur technique de l'entreprise et Jérémy Touffut, spécialiste marchés, répondent aux questions d'Industrie & Technologies sur cette technologie prometteuse.

Industrie & Technologies : TiHive vient de recevoir un financement de 6,3 millions d’euros de la part de la commission européenne. Comment sera employée cette levée de fonds ?

Clément Jany : Il s’agit en réalité du deuxième financement que nous recevons de la part de l’institution européenne. Nous avons déjà bénéficié d’une subvention de 2,36 millions d’euros dans le cadre du programme européen de recherche et d’innovation Horizon 2020. Cela porte donc notre financement total à 8,6 millions d’euros.

Jérémy Touffut : Ces deux levées de fonds montrent bien l’intérêt des instances européennes pour les technologies térahertz. Ce deuxième financement nous permettra de démarrer l’industrialisation de notre procédé. Nous visons dans un premier temps le secteur de l’hygiène, notamment pour le contrôle en ligne à très haute cadence de la production des couches pour bébé et de serviettes hygiéniques. Nous estimons que notre technologie peut réduire d’un million de tonnes par an le gaspillage de matières premières dans ces activités. Mais nous visons d’autres secteurs à moyen terme, comme la pharmaceutique, le luxe ou encore le contrôle des matériaux composites. D’ici trois ans, nous espérons atteindre une production de 30 000 caméras térahertz par an pour répondre aux besoins des industriels.

Quel est le principe des caméras térahertz ?

C.J. : Nous utilisons des sources émettant des ondes électromagnétiques dont la fréquence est de l’ordre du térahertz. C’est une plage de fréquences située en dessous de la lumière visible, entre les micro-ondes et l’infrarouge. Ces ondes ont un fort pouvoir pénétrant, sans pour autant être nocives pour l’organisme. Cette technologie de contrôle non destructif permet de scruter le cœur des produits.

J.T. : Notre « caméra » est en réalité constituée de deux parties : un émetteur et un récepteur. Ces deux composants doivent être positionnés face à face sur l’outil de production. Les produits passent entre ces deux modules. Le contrôle qualité peut ainsi se faire en temps réel et à très grande vitesse, jusqu'à 20 m/s. La solution de TiHive repose également sur une partie logicielle et des algorithmes de reconnaissance visuelle. Grâce à cet outil d’intelligence artificielle, nous pouvons apprendre au système à détecter certains contaminants ou certains défauts qui peuvent être présents à l'intérieur des produits.

La technologie de TiHive peut-elle être adaptée au contrôle des pièces de grandes dimensions ?

C.J : Oui, tout à fait. Nous avons opté pour une approche IoT de notre dispositif, toutes les caméras fonctionnant en réseau. Notre brique logicielle permet de mettre en musique toutes ces caméras pour fournir une image détaillée de grands objets. Cela permet à notre solution de s’adapter à toutes les chaines de production et à la plupart des géométries de pièces.

Les caméras térahertz sont-elles en concurrence avec d’autres procédés de contrôle non destructif comme la tomographie ?

C.J. : Les deux technologies ne répondent pas aux mêmes attentes. Les caméras térahertz par exemple ne sont pas efficaces sur les produits contenant beaucoup de métaux, car les ondes sont réfléchies par ces matériaux. Nous avons des moyens pour contourner ce frein mais globalement la technologie térahertz n’est pas la plus efficace. A contrario, les rayons X utilisés en tomographie sont très précis mais rencontrent des difficultés avec les matériaux peu denses, comme les textiles ou les produits non tissés. Ils génèrent souvent un bruit sur l’image finale qu’il faut ensuite corriger.

J.T. : Par ailleurs, l’imagerie à rayon X est un processus nettement plus lent, ce qui ne permet pas un contrôle en temps réel. Enfin, ils nécessitent des règles de sûreté particulières compte tenu de leur dangerosité. Ce qui nécessite un contrôle dans une salle spécifique. Pour résumé, ce que l’on gagne en précision avec la tomographie, on le perd en rapidité d’analyse et en flexibilité du procédé.  

TiHive est une pépite issue de la deeptech française. Quel est votre regard sur les liens entre la recherche et les startups ?

C.J. : Etant installés à Grenoble, nous avons la chance de pouvoir bénéficier d’un environnement de recherche très riche tant au niveau de l’électronique que de l’imagerie. Le CEA Tech et l’Inria sont particulièrement moteurs dans la région.

J.T. : La deeptech est aujourd'hui l’enfant préféré de l’industrie et de nombreuses initiatives ont été mises en place pour favoriser cela. Que ce soit au niveau du travail de SATT ou des banques qui proposent aujourd’hui des moyens de financer l’innovation. Le secteur de la deeptech est bien structuré et favorise l’émergence de nouvelles technologies.

 

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