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Les nouvelles ambitions du décolletage

Mirel Scherer

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- Les temps ont changé et les décolleteurs sont soumis depuis plusieurs années à une forte pression économique, les obligeant à emboîter le pas des autres sous-traitants mécaniques.

Industrie mythique, le décolletage change de visage. Bien sûr, il reste concentré en Haute-Savoie, dans la vallée de l'Arve, son berceau, là même où a commencé sa formidable aventure technologique, il y a près de deux cents ans. Entre 500 et 600 entreprises spécialisées (soit 65 % du marché français du décolletage) sont en effet regroupées sur une superficie de 50 km2 au voisinage de la Roche-sur-Foron. Ils y fabriquent en très grandes séries les pièces qui ont fait leur réputation, au premier rang desquelles la vis qui fut la toute première production. « Pour fabriquer son pas (sa partie filetée), il est nécessaire d'enlever le "collet", rappelle, pour les amateurs d'histoire industrielle, Roger Bonhomme, PDG du CTDec (Centre technique du décolletage). D'où le vocable "décolletage" qui, auparavant, ne s'employait que pour nommer l'opération consistant à ôter le col d'un vêtement. »

Cela étant, les temps ont changé et les décolleteurs vivent, même pour ceux qui restent des artisans, la fin d'une époque. Après avoir connu un essor considérable grâce à l'industrie horlogère, ils sont devenus fournisseurs de l'industrie automobile qui, depuis les années 1960, est leur principal donneur d'ordres. Moyennant quoi le décolletage est aujourd'hui une industrie à part entière, qui utilise des équipements de pointe : machines à commande numérique et autres robots. En contrepartie, les décolleteurs sont soumis depuis plusieurs années à une forte pression économique qui les oblige à emboîter le pas des autres sous-traitants de la mécanique. Les impératifs et les évolutions sont comparables : production en juste-à-temps, zéro défaut, gestion industrielle fondée sur des moyens informatiques évolués, diversification, délocalisation, concentration, certification...

Réduire les coûts

Les équipements indispensables changent aussi. La dernière révolution technologique dans le domaine du décolletage a été le concept de came virtuelle lancé, il y a six ans, par Tornos sur sa machine Deco 2000. Depuis, la famille Deco s'enrichit avec des moyens qui améliorent la productivité ou élargissent le champ d'application vers d'autres domaines, le médical, par exemple. Toutes ces transformations répondent à un objectif vital : la réduction des coûts. « Quand on travaille à plus de 50 % pour l'industrie automobile, comme c'est le cas de la plupart des décolleteurs, la pression sur les prix ne connaît pas de limite », constate Roger Bonhomme. Dès lors, il faut s'adapter sans rien laisser au hasard. Trois mutations sont essentielles, insiste le même responsable du CTDec : passer d'un contrôle par prélèvement à des méthodes SPC (contrôle statistique de processus) imposées par les Renault et autres Ford pour assurer le zéro défaut ; passer des livraisons sur stock aux livraisons en juste-à-temps ; réorganiser les ateliers afin que les machines en ligne puissent faire place à des cellules flexibles de fabrication. « Les professionnels s'équipent désormais de petites cellules dotées de deux machines palettisées avec poste de contrôle, voire avec un robot de chargement-déchargement », ajoute le spécialiste.

Une évolution illustrée par le groupe Eurodec Industries, dont la production est destinée à 90 % à l'automobile et qui rassemble des noms prestigieux du décolletage comme LC Maître, Briffaz, Camus, TWL, etc. « Notre volonté est de fabriquer des pièces techniques complexes et des sous-ensembles à forte valeur ajoutée », explique Christophe Bigaré, directeur commercial de cet ensemble industriel qui exploite une quinzaine de sites dans le monde, emploie 2 200 personnes et réalise un chiffre d'affaires de 224 millions d'euros (2003). Bureau d'études propre doté de moyens CFAO (conception et fabrication assistées par ordinateur) puissants, îlots de fabrication flexibles, moyens de contrôle capables d'assurer le zéro défaut... tout a été mis en oeuvre pour réaliser cet objectif dans les quatre métiers qu'assure désormais le groupe. À savoir le décolletage, l'usinage de précision, la frappe à froid et le traitement du fil. Sans oublier la délocalisation, pour démontrer que le décolletage ne craint pas la mondialisation : Eurodec possède des usines en Pologne et au Mexique pour couvrir les marchés limitrophes. En attendant peut-être la Chine...

La fabrication plastique en plus

D'autres entreprises de décolletage se diversifient pour répondre aux évolutions des donneurs d'ordres, de l'industrie automobile notamment, qui demande des compétences dans le domaine de la fabrication plastique. C'est par exemple le cas de Dumont Joseph SA, spécialisé dans l'usinage et le décolletage de précision, qui a créé une unité d'injection de pièces plastiques et de fabrication d'outillages de précision, Savoy Moulage. « Nous possédons une usine au Maroc et nous nous sommes récemment implantés en Roumanie dans un pôle de sous-traitance industrielle qui compte d'autres entreprises françaises », précise Jean-Claude Burtin, directeur commercial. Résultat : les usines françaises se consacrent à la fabrication des produits à forte valeur ajoutée pour l'industrie automobile, bien sûr, mais aussi pour la connectique, la téléphonie mobile, l'électrotechnique, etc. L'usinage est assuré avec les moyens les plus avancés comme la machine Deco 2000 de Tornos ou d'autres équipements comme le système d'automatisation flexible d'Erowa. Un bureau d'études doté du logiciel de CFAO Pro-Engineer complète ce dispositif. Dotée de moyens de dernière génération (une quarantaine de presses d'injection électriques Fanuc de 50 à 200 tonnes qui travaillent sept jours sur sept), l'unité d'injection plastique répond elle aussi aux besoins des donneurs d'ordres.

La liste de décolleteurs qui se diversifient est longue. Citons, sans viser à l'exhaustivité, des entreprises comme Rubis Précis qui exécute de l'usinage de haute précision sur les matériaux durs (saphir, rubis, céramiques, etc.), mais qui usine aussi l'or, le platine ou le titane et réalise des ensembles micromécaniques de précision ; ISA France qui ajoute au décolletage le moulage de poudre métallique, l'électroérosion, la fabrication thermoplastique et la découpe fine ; ou Le Décolletage Jurassien qui assure, outre le décolletage, la reprise de pièces de frappe, la découpe et la fonderie.

L'informatique n'est pas absente de ce tableau. Le CTDec est d'ailleurs l'un des principaux promoteurs de son usage grâce aux progiciels qu'il a spécifiquement développés pour le métier, que ce soit en gestion de production, pour la mesure ou pour la maintenance. Le centre développe même actuellement un progiciel de gestion intégré adapté aux besoins des décolleteurs. En attendant, les entreprises s'équipent avec les outils du marché, à l'instar d'Eurodec qui va déployer dans ses filiales à travers le monde le PGI dédié aux fournisseurs de l'automobile Silverauto de Silverprod.

« Cet outil sous Windows NT et qui fonctionne en réseau, est réactif et fiable. Il s'installe sans adaptation et répond à nos contraintes de pilotage de flux en juste-à-temps, souligne Xavier Le Duff, directeur de systèmes d'information du groupe Eurodec. Son coût, inférieur à celui des progiciels plus connus sur le marché, était de plus adapté à nos objectifs d'économie. » Ce projet ambitieux, doté d'un schéma directeur à cinq ans, est suivi par une équipe projet pluridisciplinaire. Il sera complété par la mise en place d'un portail fournisseurs. Il faut dire que certains décolleteurs n'hésitent pas à faire appel au Web comme le démontre Préci Jura qui a mis en place un suivi personnalisé de ses livraisons par Internet. Grâce à quoi, il garantit des délais de moins d'une semaine à ses clients de l'aéronautique, de l'armement, du médical, de l'informatique, de la téléphonie ou de la lunetterie. Décidément le temps du bon vieux tour à cames est bien révolu...

CINQ OBJECTIFS CLÉS

- Produire en juste-à-temps - Assurer la qualité totale - Fabriquer des produits à plus forte valeur ajoutée (des sous-ensembles) - Utiliser des moyens robotisés - Miser sur des cellules flexibles

LE CTDEC ACCOMPAGNE LA MUTATION

- Crée en 1962, le Centre technique du décolletage (CTDec, www.ctdec.com) illustre l'évolution suivie par ce domaine très particulier de l'usinage. « Les cent techniciens et ingénieurs présents sur notre site de Cluses se consacrent à des actions aussi variées que la formation, les études ou l'assistance technique (matériaux, métrologie, etc.) », explique Roger Bonhomme, PDG du CTDec. Plus de 2 000 stagiaires se perfectionnent chaque année dans les laboratoires et les ateliers du centre grâce à une dotation qui comporte, entre autres, une soixantaine de machines-outils. Objectif : 100 % de pièces bonnes Essais de coupe et de lubrification, gestion industrielle, métrologie..., les travaux répondent aux défis des décolleteurs pressés par les constructeurs d'automobiles de réduire leurs coûts. 100 % de pièces bonnes, fabrication sans stocks, réorganisation des ateliers, travaux en ingénierie simultanée : les décolleteurs montent l'échelle du partenariat et deviennent peu à peu des sous-traitants de rang deux. Avec un budget de 6,5 millions d'euros en 2003, le centre a assuré 22 000 consultations techniques. 73 % des ressortissants du centre (650 entreprises dont les cent premières réalisent 66 % du chiffre d'affaires de la profession en France) ont consulté au moins une fois en 2003 cet oracle du décolletage...

SIMODEC 2004

Le Salon international de la machine-outil de décolletage - Rendez-vous incontournable pour les aficionados du décolletage, le Simodec (www.parcexpo-hautesavoie.com) prend ses quartiers, du 2 au 6 mars, au coeur des Alpes, à la Roche-sur-Foron. - Organisée en biennale depuis 1954, cette manifestation unique au monde, qui accueille bon an mal an quelque 300 exposants, illustrera la formidable mutation que vit le secteur. La machine-outil perd un peu de sa prépondérance au profit d'autres solutions comme la robotique, les progiciels de gestion industrielle ou la métrologie.

2 milliards d'euros

C'est le chiffre d'affaires 2003 du décolletage en France soit 2,5 % de celui de l'ensemble de l'industrie mécanique (82 milliards d'euros).

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