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Les jeux vidéo se prennent au sérieux

RIDHA LOUKIL rloukil@industrie-technologies.com

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Les jeux vidéo se prennent au sérieux

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DÉVELOPPEMENT Formation, apprentissage, communication, sensibilisation, entraînement... Sous le nom de serious games, les jeux vidéo trouvent en entreprise des finalités professionnelles variées. Encore à l'état de balbutiement, ce concept d'e-learning attend son industrialisation pour toucher le plus grand nombre.

Et si la formation par ordinateur devenait un simple jeu vidéo ! Cet usage d'une technologie de loisir à des fins utilitaires apparaît aujourd'hui comme une pratique prometteuse dans l'univers professionnel. De BNP Paribas à Orange, en passant par Axa, Renault, Thales ou L'Oréal, les grandes entreprises s'approprient ce nouvel outil d'e-learning. Formation, apprentissage, entraînement, communication, sensibilisation... Les finalités métiers sont variées. Elles ne semblent limitées que par l'imagination.

Les jeunes sont réceptifs à ce genre d'outil

Le phénomène, qui a démarré aux États-Unis au début des années 2000, notamment chez les militaires pour des missions de simulation et d'entraînement, se développe aujourd'hui sous le vocable de serious games c'est-à-dire jeux sérieux. En France, il décolle tout juste, même si les applications fleurissent depuis deux ans. Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d'État au numérique, en fait un des axes stratégiques de développement numérique aux côtés du haut débit mutualisé et du Web 2.0. Les pouvoirs publics soutiennent l'émergence de ce secteur en allouant une aide de 20 millions d'euros à 48 projets sélectionnés à la suite de l'appel à projets lancé l'été dernier. Parmi eux figurent Bus Training Game, une application de formation virtuelle des agents de la RATP à la conduite de bus en milieu urbain dense, Manège, un jeu en ligne visant à familiariser les agents EdF avec le marché de l'électricité, GeDriver, un simulateur de conduite écologique des voitures pour Renault, ou encore Gambits, un outil de gestion de crise dans le domaine maritime pour DCNS.

Pourquoi cet engouement ? D'abord parce que la génération de jeunes qui arrivent en entreprise est réceptive à ce type d'outil, dérivés d'un univers numérique qui leur est familier. Ensuite, parce qu'en combinant les aspects ludiques, l'interactivité, le réalisme, le mode de narration et les capacités d'immersion des jeux vidéo, l'apprentissage devient plus naturel. Enfin, l'efficacité économique par rapport à la formation traditionnelle en salle de cours constitue un argument de poids. Sans compter la flexibilité d'usage. « Sans se déplacer, l'utilisateur peut jouer pour se former, en local ou en ligne et sur tout type d'écran : PC de bureau, PC domestique et même l'i-Phone. Et demain sur d'autres smartphones du marché », prédit Julien Villedieu, délégué général du Syndicat national du jeu vidéo (SNJV). Certains jeux sérieux ressemblent aux simulateurs traditionnels rencontrés dans l'automobile, l'aéronautique ou le militaire. Mais ils s'en distinguent fondamentalement par leur côté ludique et interactif, tout étant plus légers et moins chers.

Industrialiser le concept en créant des modules génériques

Pour l'industrie des jeux vidéo, en butte à un marché traditionnel en crise, ce développement offre une chance inouïe de diversification. On n'en est qu'au début. Selon le SNJV, les jeux sérieux représentent aujourd'hui un marché de 10 millions d'euros en France, contre 2,2 milliards d'euros pour les jeux vidéo. « Mais le potentiel est énorme. La plupart des applications restent à inventer », estime Julien Villedieu. Réservées aux grandes entreprises et aux collectivités locales, elles sont développées à façon, ce qui explique leur coût élevé. « Un jeu en ligne avec un moteur d'affichage en technologie Flash démarre à 15 000 euros. Mais une application fonctionnant en local avec un affichage 3D en temps réel, atteint 300 000 euros », confie Yves Santelli, PDG de B2B Games, éditeur du jeu 3D Réseaux pour la fédération des travaux publics Rhone-Alpes.

Pour élargir la diffusion de cette technologie et toucher les PME-PMI, il faudrait réduire les coûts. « Tout l'enjeu est d'industrialiser le concept en développant des modules génériques à partir desquels il sera possible de réaliser des applications personnalisées », estime Ludovic Noël, directeur général du pôle de compétitivité Imaginov, organiseur de l'événement Serious Games Sessions le 9 décembre 2009 à Lyon.

Dans la peau d'un chef de chantier

3D Réseaux a été développé par l'éditeur lyonnais B2B Games pour la fédération de travaux publics Rhône-Alpes. Coût de développement Environ 40 000 euros. Application Sensibiliser le personnel des travaux publics et les jeunes en formation sur les risques des travaux à proximité des réseaux enterrés. Technologie de visualisation Le moteur d'affichage 3D en temps réel HellHeaven créé par le studio français Persistant Studios pour les simulateurs, jeux vidéo et jeux sérieux. Mode d'immersion L'utilisateur plonge dans un chantier virtuel en incarnant les différents rôles impliqués, de l'homme au sol jusqu'au chef du chantier, en passant par le conducteur d'engin.

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