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« Les industriels des méga-constellations doivent prendre en compte des contraintes liées à l'astronomie », déclare Eric Lagadec, président de la SF2A

« Les industriels des méga-constellations doivent prendre en compte des contraintes liées à l'astronomie », déclare Eric Lagadec, président de la SF2A

© Observatoire Côte d'Azur

L'union astronomique internationale présente ce lundi 19 avril un rapport sur l'impact de la pollution lumineuse devant le Comité des nations unies pour des utilisations pacifiques de l'espace extra-atmosphérique (Copuos). Pour la première fois, sera évoquée la question des méga-constellations de satellites. Président de la Société française d'astronomie et d'astrophysique (SF2A), Eric Lagadec détaille à Industrie & Technologies ce qui se joue.

 

Des satellites volent depuis 1957. Qu'est-ce qui change avec les méga-constellations ?

C'est vraiment leur nombre. Aujourd'hui, quelques milliers de satellites sont en orbite. Si les projets de constellations de Starlink (SpaceX), Kuiper (Amazon) et Oneweb aboutissent, nous allons passer à plusieurs dizaines de milliers. C'est un ordre de grandeur au dessus ! Il y a quelques années, les astronomes ne se souciaient que très rarement des satellites lorsqu'ils prévoyaient leurs observations. Cela devient une contrainte non négligeable. Avec les premiers lancements en 2019, ils ont été très surpris. Ça a été la panique. Maintenant, l'idée est d'essayer de travailler de manière constructive avec les industriels qui les développent. Ils doivent prendre en compte des contraintes liées à l'astronomie et nous pouvons les aider à définir ce qu'il ne faut pas faire.

En quoi les méga-constellations de satellites vous gênent-elles concrètement ?

Il y a deux gros risques. Dans le domaine du visible, les perturbations viennent de la réflexion du soleil sur les panneaux solaires. Cela crée des traînées sur les images et peut saturer nos détecteurs – comme lorsqu'on essaye de prendre le soleil en photo avec un téléphone – ce qui rend nos images inutilisables et peut entraîner la perte des données et donc une perte de temps d'observation. Ce qui a un coût : une nuit d'observation dans les plus grands observatoires du monde coûte environ 50 000 euros.

Le deuxième point concerne la radioastronomie. Les observatoires radios ont été construits dans des déserts, loin des villes et de toute forme de communication humaine pour pouvoir observer des signaux dans toutes les longueurs d'onde. Ils se retrouvent aujourd'hui avec le risque d'être survolés par des milliers de satellites qui peuvent émettre à tout moment vers la Terre.

Même invisibles à l’œil nu, les satellites perturbent vos observations ?

Tout à fait. Sur l'échelle logarithmique utilisée en astronomie pour définir la luminosité des objets, les étoiles les plus brillantes ont une magnitude de 1. L’œil humain voit jusqu'à 6. Les satellites Starlink sont à 7. On ne les voit donc pas à l’œil nu mais nos télescopes détectent des objets qui sont des milliards de fois moins brillants.

Quelles sont les mesures à mettre en place selon vous ?

Le nerf de la guerre est un travail sur les plans d'orbites : il faut trouver les orbites optimales pour avoir le moins de satellites possibles et qu'ils se voient le moins possible. SpaceX a essayé de peindre en noir certains satellites. Ça n'a pas fonctionné parce que le noir absorbe la chaleur et les satellites chauffaient. En revanche, ils ont aussi travaillé sur l'orientation des panneaux solaires. Cela semble fonctionner plutôt bien et c'est une réflexion à mener.  Pour la radioastronomie, il est important que les satellites ne transmettent pas vers la Terre là où il y a des télescopes radios. Ce n'est pas très compliqué.

Avez-vous des discussions avec les industriels qui développent des constellations ?

En France, non. Mais les astronomes américains discutent avec SpaceX. Je ne suis pas au courant de discussions avec Amazon ou OneWeb. Il faudra également veiller à discuter avec les chinois et les russes qui arriveront sans doute un jour sur ce secteur.

Les astronomes ont-ils également des moyens de s'affranchir des effets des constellations ?

Oui bien sûr. Si les entreprises nous donnent les orbites précises des satellites à n'importe quel moment, nous pourrions mieux prévoir nos observations. Il y a peut-être aussi des algorithmes à développer pour s'affranchir des effets néfastes des satellites, ou des capteurs qui satureraient moins à mettre au point. Mais tout cela aura un coût. Et ça ne réglera pas tout.

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