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Les hydroliennes au banc de test

Philippe Pelaprat
Ces éoliennes de la mer passent les premiers essais pour être validées comme systèmes de production d'énergie renouvelable économiquement viables.

Utiliser la mer pour produire de l'énergie électrique n'est pas une nouveauté en soi et la France peut légitimement revendiquer un titre de pionnier avec l'usine marémotrice de la Rance, exploitée par EdF depuis 1966. L'innovation ne s'est cependant pas arrêtée à cette date ; elle s'est même plutôt emballée avec la crise de l'énergie fossile. Parmi les propositions techniques variées qui s'implantent ces derniers temps dans les estuaires et le long des côtes, figure l'hydrolienne. Inspirée de l'éolienne, sa cousine aérienne, elle n'est pas mue par le vent mais par les courants marins qui offrent l'avantage d'être permanents bien que variant selon le mouvement des marées. Mise à l'eau dans l'estuaire de l'Odet (Finistère), fin mars, Sabella d'Hydrohelix Énergies, est un prototype de turbine posé sur fond marin. Installée sur un chevalet lesté, sa roue à six pales fixes, solidarisées par une ceinture circulaire, entraîne directement une génératrice coaxiale. De conception assez simple, cette machine nécessite l'intervention de plongeurs pour effectuer la maintenance.

Déterminer les sites les plus propulsifs

Dans une configuration opérationnelle, une centrale de cinq turbines d'un diamètre de 10 mètres devrait produire plus d'un mégawatt (MW). L'une de ses concurrentes, l'hydrolienne SeaGen de l'écossais Marine Current Turbine, est constituée d'une hélice à deux pales fixée sur une nacelle génératrice qui coulisse sur un pilier vertical arrimé au fond. Assez imposant, ce dispositif permet de remonter l'équipement productif pour en assurer la maintenance à la surface. Le premier site est installé dans la bouche de l'estuaire de Strangford Lough, en Irlande, et devrait produire 1,2 MW. Autre acteur britannique de l'énergie hydrocinétique, Lunar Energy propose une turbine immergée et posée sur le fond. Développée par Rotech, la roue à six pales est installée dans un conduit de Viturbi dont l'étranglement a un effet accélérateur sur le courant marin. La turbine entraîne une pompe hydraulique qui anime, via une canalisation sous haute pression, une génératrice située sur la partie supérieure d'un anneau amovible. L'ensemble actif se désolidarise en effet du socle et du tube Viturbi pour être remonté à la surface lors des opérations de maintenance. Une turbine de 15 mètres de diamètre est donnée pour produire 1 MW.

Comme ses concurrentes, l'hydrolienne Sabella d'Hydrohelix Énergies doit valider pendant ses essais - prévus pour six mois - un modèle économique à plusieurs paramètres. La campagne de tests déterminera notamment les modalités de choix des sites les plus propulsifs, la taille optimale des turbines (10 ou 12 mètres de diamètre pour les machines industrialisées) et la forme des pales. On comparera aussi les coûts d'investissement, d'exploitation et de maintenance avec ceux de l'éolien et même du nucléaire. Pour Hervé Majastre, le PDG d'Hydrohelix Énergies, le coût de production de la turbine Sabella serait inférieur à celui des éoliennes (évalué entre 6,7 et 7,2 centimes d'euro par kilowattheure, contre 3,4 à 5,9 centimes d'euro pour le nucléaire et 2,6 à 3,5 centimes d'euro pour les centrales au gaz, selon la Commission européenne). Le potentiel hydrolien français serait de l'ordre de 6 GW.

CINQ HYDROLIENNES, 1 MW D'ÉLECTRICITÉ

L'hydrolienne Sabella d'Hydrohelix Énergies, testée pendant six mois, sert à valider le modèle économique et technique. La campagne d'essais vise à déterminer à la fois les modalités de choix des sites les plus propulsifs, la taille optimale des turbines et la forme des pales. Selon le constructeur, Sabella produirait une énergie moins chère qu'avec les éoliennes. Une centrale de cinq hydroliennes de 10 m de diamètre devrait générer plus de 1 MW soit l'équivalent d'une grosse éolienne. Le potentiel français - principalement breton - serait de l'ordre de 6 GW, contre 10 GW pour la Grande-Bretagne.

EN BREF

Avantages - Des solutions techniques innovantes et écologiquement neutres - De nouvelles productions pour la construction navale, l'électrotechnique, l'offshore Inconvénients - Nécessité d'installer des parcs conséquents pour produire de façon industrielle - Gêne esthétique et entrave à la navigation pour les dispositifs de surface

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