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La mobilité longue distance s'impose en secteur clé de l'hydrogène-énergie

Aline Nippert
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La mobilité longue distance s'impose en secteur clé de l'hydrogène-énergie

Une douzaine de bus Businova H2 de Safra roulent déjà en Europe

© D.R.

La filière hydrogène était à l'honneur lors du forum européen des énergies renouvelables (Energaïa), qui s’est déroulé les 9 et 10 décembre. La mobilité longue distance est l’un des secteurs dont l’industrialisation est jugée prioritaire.

La filière hydrogène change d’échelle. Et la mobilité grande distance s'impose en secteur clé. La France a décidé de consacrer 7 milliards d’euros à l’hydrogène décarboné (produit à partir d’énergies renouvelables ou de nucléaire) d’ici à 2030, dont plus de 2 milliards dans le cadre du plan de relance en 2021 et 2022. Après la décarbonation de l’industrie lourde, la priorité du gouvernement est de développer la mobilité grande distance à l’hydrogène vert (autobus et camions, mais aussi navires et avions). Raison invoquée : ce sont les secteurs qui ont le plus de difficultés à se passer des énergies fossiles.

Cette accélération dans la structuration de la filière n’a pas échappé à Energaïa – le forum européen des énergies renouvelables – qui a consacré deux tables rondes à l’hydrogène vert, jeudi 10 décembre après-midi. Les discussions se sont en particulier axés autour des transports en bus et en camion. Dans ce domaine, l’hydrogène concentre deux avantages par rapport aux poids lourds électriques à batteries : une autonomie plus grande et un temps de recharge plus court.

Recharger son camion à hydrogène nécessite près de quarante fois moins de temps que la recharge d’une batterie. « Aux Etats-Unis par exemple, il est possible de charger un camion à hydrogène en une quinzaine de minutes seulement, alors qu’avec la batterie, nous sommes plus sur 10h à 12h de charge » a ainsi estimé Clément Chandon, directeur véhicules à énergie alternative chez le fabricant de véhicules industriels IVECO France, dans le cadre de la conférence Energaïa.

800 km d'autonomie pour un camion à hydrogène

Les camions à hydrogène bénéficient également d’une autonomie deux fois plus élevée que ceux à batteries. « Nous sommes donc sur des camions moyenne-longue distance : les piles à combustible permettent environ 800 km d’autonomie », a évalué M. Chandon. À titre de comparaison, les camions à batteries peuvent parcourir entre 350 à 400 km d’affilée alors que ceux à diesel peuvent rouler jusqu’à 4 500 km.

Les avantages de l’hydrogène sont connus depuis plusieurs décennies, mais le frein principal reste le prix. Pour l’instant l’hydrogène renouvelable est commercialisé autour de 10,30 euros par kg en sortie de stations-services, d’après Luc Bodineau, le coordinateur du programme hydrogène de l’ADEME. « Sur la vingtaine d’écosystèmes que l’ADEME a accompagnés sur l’hydrogène, ce prix permet déjà aux opérateurs de transports de marchandise et de personnes de trouver leur équilibre économique, a-t-il souligné. Mais nous espérons que le prix de l’hydrogène en sortie de station va baisser sur les prochains appels à projet. »

4,5 fois le prix d'un camion diesel pour la seule pile à combustible

Si la baisse du prix de l’hydrogène est centrale pour faire décoller la filière, les coûts liés à la fabrication des véhicules, de la pile à combustible et de ses composants ainsi que la maintenance sont d’autres leviers sur lesquels les acteurs de la filière tentent de jouer pour réduire les coûts totaux. « Notre objectif en 2023 est de proposer un camion en-dessous de 400 000 euros… même si cela reste encore près de quatre fois le prix d’un camion diesel », a souligné Clément Chandon d’IVECO. Pour atteindre cette ambition, beaucoup de chemin reste à parcourir. « Aujourd’hui, nous avons un prototype de pile à combustible, qui fait 300 kWh et qui coûte aux environs de 450 000 euros. Rien que la pile, c’est quatre fois et demi le prix d’un camion diesel ! », a poursuivi M. Chandon.

Les fabricants de piles à combustible sont conscients de la nécessité de baisser drastiquement leurs prix pour que le marché du camion à hydrogène puisse émerger. « Le rapport Ballard prévoit une baisse des coûts de 70 % d’ici 2024 » a assuré, confiante, Yane Laperche-Riteau, la directrice business développement de l’historique fabricant de piles à combustible Ballard Power Systems Inc.

Les bus à hydrogène plus avancés

La filière bus à hydrogène est plus mature que celle des camions. « Elle bénéficie d’aides publiques et il n’y a pas de concurrence », a expliqué Clément Chandon d’IVECO. C’est ce que semble corroborer le succès de l’entreprise Safra, une société française de construction d’autobus basée en Occitanie. Elle commercialise deux types de bus à hydrogène depuis 2018, à Versailles et au Mans. « Et bientôt à Auxerre et à Toulouse ! a assuré Jean-Christophe Hoguet, le directeur commercial Businova chez Safra. Beaucoup de signaux sont au vert : nous comptons commercialiser 500 bus d’ici 2025. »

Avec des subventions publiques importantes (de l’ADEME et des territoires), M. Hoguet a même souligné que le prix (hors carburant) peut passer en-deçà de celui d’un bus électrique : « D’après nos estimations, avec la plus grosse subvention en termes d'investissement, nous serions autour de 287 000 euros. »

Optimisme pour l'atteinte des objectifs de la PPE

Yane Laperche-Riteau de Ballard confirme que les autobus à hydrogène représente un marché porteur : « Les commandes affluent, nous avons notamment un gros marché en Scandinavie. » Les piles à combustible Ballard alimentent notamment les bus à Pau ou à Versailles. « Environ 250 bus en service pour l’année prochaine », a précisé Mme Laperche-Riteau.

Contrairement à l’industrie lourde, il semble raisonnable de penser que la filière mobilité longue distance remplira les objectifs en matière d'hydrogène de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). « La PPE vise, d’ici 2023, 100 stations-services, 200 véhicules lourds, 500 véhicules légers. Nous sommes en bonne voie pour les atteindre », s’est réjoui Luc Bodineau de l’ADEME. C’est ensuite l’automatisation et la massification qui permettront de faire décoller la filière, d’après les industriels présents à la conférence Energaïa. Et Jean-Christophe Hoguet de Safra de conclure : « Il faut passer de la phase de démonstration à la phase de déploiement. »

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