Nous suivre Industrie Techno

Les faisceaux ioniques authentifient les millésimes

Tra-My Ngouanesavanh

Sujets relatifs :

, ,
The Antique Wine Company certifie l'âge des très anciens grands crus en utilisant le rayonnement X du verre de leur bouteille.

Une bouteille de vin... à 50 000 dollars ! Cela ne surprend pas The Antique Wine Company, entreprise londonienne spécialisée dans le commerce international de grands vins. Elle voit passer chaque année quelque 10 000 flacons hors de prix destinés à ses 17 000 clients, tous amateurs ou collectionneurs de grands crus. Mais elle a un évident besoin d'être assurée de l'authenticité du précieux breuvage. « Nous achetons des caves en Europe, souvent à l'occasion de changement de propriétaires, d'héritage, etc. », raconte Stephen Williams, le gérant de la société.

En général, il n'y a aucun doute sur l'origine des vins. « Mais avec la globalisation du marché, nous ne parvenons pas à vérifier la provenance de certains articles », regrette-t-il. The Antique Wine Company a donc signé en mars 2008 un contrat de coopération exclusif avec la cellule de transfert technologique (Arcane) du CENBG (Centre d'études nucléaires de Bordeaux Gradignan) pour analyser environ 160 bouteilles provenant de ses caves et des plus grands châteaux.

La méthode de datation du CENBG repose sur l'étude du verre des bouteilles. Grâce à l'accélérateur de particules de la plate-forme Afira (Applications interdisciplinaires de faisceaux d'ions en région Aquitaine), des faisceaux de protons de 3,5 MeV sont envoyés sur l'échantillon. L'analyse par méthode Pixe (Particle induced X-ray emission) du rayonnement X généré permet d'identifier et de quantifier les éléments chimiques majeurs et ceux présents sous forme de simples traces.

Une méthode non destructive

« Les éléments majeurs reflètent les grandes étapes des procédés de fabrication du verre. Ils constituent une signature différenciant les verreries avec une précision d'une quinzaine d'années », explique Hervé Guégan, le responsable d'Arcane. En effet, les matériaux bruts et les techniques de fabrication ont beaucoup varié aux XVIIIe et XIXe siècles, faisant évoluer la composition du verre au fil des années. Le chercheur précise « qu'à l'intérieur de la marge des quinze ans, de petits changements, dus à diverses imperfections, permettent d'affiner la résolution au sein d'une verrerie, jusqu'à distinguer des dates de fabrication au cours d'une même année ».

Appliquée sur la bouteille fermée, cette méthode est non destructive et ne modifie pas le vin lui-même. Et surtout, elle permet de dater des vins à partir de la fin du XVIIIe siècle, ce qui était bien impossible avec l'analyse au césium 137.

Cet isotope, issu des retombées radioactives des essais nucléaires atmosphériques (1950-1963) et de l'accident de Tchernobyl (1986), n'est en effet d'aucun secours pour effectuer la datation des vins sur les périodes antérieures aux campagnes d'essais.

Pour authentifier le vin et sa provenance, encore faut-il disposer d'une base de données certifiées de bouteilles de différents grands crus. La constitution de la base, actuellement riche de près de 80 références, progresse et se concentre sur le recensement des meilleurs millésimes d'une dizaine de très grands châteaux, exclusivement bordelais. « Il faut bien commencer quelque part », lâche Hervé Guégan, indiquant que des bases pour d'autres régions viticoles pourraient suivre. Si du côté de The Antique Wine Company on reste prudent sur la commercialisation de la procédure, Arcane estime qu'une offre de service est envisageable pour le début 2009. Ciblant les industriels du vin, mais également les maisons de ventes aux enchères, les collectionneurs privés, et même les producteurs, une expertise sera proposée à travers la création d'une société de droit français indépendante, Vincert SARL.

PLUS BESOIN DE VIDE

La méthode d'analyse par l'étude du rayonnement émis est utilisée depuis longtemps, mais la mesure nécessitait de placer l'échantillon sous vide. Le CENBG a développé, en 2006, un système de film polymère qui permet de l'analyser dans l'air. Depuis, les objets ne supportant pas le vide, comme les oeuvres d'art tout d'abord, puis les bouteilles de vin, peuvent être authentifiés.

EN BREF

le Problème - Authentifier les grands vins au-delà de la période d'application de l'actuelle analyse au césium 137 (1947-1980). la Solution - Déterminer la composition en éléments chimiques du verre des bouteilles, variable selon l'époque et le lieu de fabrication.

vous lisez un article d'Industries & Technologies N°0906

Découvrir les articles de ce numéro Consultez les archives 2008 d'Industries & Technologies

Bienvenue !

Vous êtes désormais inscrits. Vous recevrez prochainement notre newsletter hebdomadaire Industrie & Technologies

Nous vous recommandons

[Reportage] CorWave, l'horloger du coeur

En image

[Reportage] CorWave, l'horloger du coeur

CorWave met au point une nouvelle génération de pompes cardiaques adaptées à la physiologie des patients afin de[…]

04/05/2018 | En imagesSanté
[CES 2018] Sport Quantum, la cible électronique et connectée

[CES 2018] Sport Quantum, la cible électronique et connectée

[PHOTO TECH] Les objets du patrimoine sous l’œil des particules du nouvel AGLAE

[PHOTO TECH] Les objets du patrimoine sous l’œil des particules du nouvel AGLAE

Avec Opera-Air, l'IRSN remonte la piste des particules radioactives

Avec Opera-Air, l'IRSN remonte la piste des particules radioactives

Plus d'articles