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Les enjeux de la déconstruction automobile

Sonia Pignet

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Les enjeux de la déconstruction automobile

© D.R.

Les déconstructeurs étudient les leviers techniques pour améliorer le taux de valorisation des véhicules hors d'usage.

Réceptionner les véhicules hors d'usage, les fameux VHU, les dépolluer, les démanteler et trouver les filières de valorisation, tel est le travail des déconstructeurs d'automobiles. Une mission encadrée par la réglementation européenne. Elle impose, depuis 2006, la valorisation de 85 %, en masse, des VHU. « Aujourd'hui, nous valorisons 87,3 % d'un véhicule », indique Anick Kadoche, directrice du groupe Indra, leader français de la déconstruction automobile (230 000 véhicules traités en 2006, sur les 1,2 à 1,5 million de véhicules détruits cette année-là). Pour cela, il faut quasiment mettre à nu le châssis, et valoriser tous les éléments récupérés.

Tout y passe. Les pièces pouvant être revendues sont bien sûr prélevées. Ensuite, 45 % des huiles collectées sont régénérées et les autres utilisées comme combustible. L'éthylène glycol contenu dans le liquide de refroidissement est également récupéré par chauffage. Le PVC des tissus est déchiqueté puis transformé en grains réinjectables. Le cuivre des câbles retourne en fonderie après des étapes de broyage, granulation et séparation sur tables densimétriques. Une partie du polypropylène des pare- chocs est aussi recyclée. Quant aux pneus, de nombreuses secondes vies sont possibles. Ils terminent sous forme de broyats pour les travaux publics ou de granulats de caoutchouc dans les sols souples, ou dans les roulettes de containers. Enfin, les carcasses sont broyées et les éléments triés. Les aciers sont récupérés selon leur calibrage, les métaux non ferreux, principalement l'aluminium et le cuivre, sont refondus et relingotés pour être réutilisés par l'industrie. Seuls les résidus de broyage automobile de type polymères, tissus et caoutchouc finissent pour l'instant en décharge.

« Si l'on compte seulement sur l'amélioration de la qualité en postbroyage, il semble difficile d'atteindre l'objectif de 95 % de valorisation fixé pour 2015 », estime Olivier Gaudeau, directeur de Re-source Industries à Romorantin (Loir-et-Cher), le site pilote d'Indra. C'est donc sur le démantèlement et les filières de recyclage que portent les efforts.

Les limites actuelles de la valorisation

Gros point noir, les complexes de thermoplastiques. Ainsi, le recyclage des feux arrière (composés d'ABS, de PC et de PMMA) se heurte pour l'instant aux limites du tri optique pour la séparation des matériaux sombres. Les verres feuilletés (pare-brise et vitres arrière) ont, eux, leur solution technique de recyclage. Mais il y a encore un frein économique, auquel s'ajoute un problème de collecte. Pareil pour les mousses, qui ne devraient être intégrées dans la filière de déconstruction qu'à l'horizon 2008-2009. « Nous pensons encore gagner 5 % de valorisation d'ici à 2009 », prévoit Anick Kadoche. Pour passer le cap des 95 %, il faudra aussi s'occuper de la planche de bord. Très lourde, elle représente à elle seule 5 à 6 % de la masse valorisable. Indra a déposé un brevet sur une technologie de récupération et de valorisation, mais il faudra sûrement attendre 2011 à 2013 pour une exploitation à l'échelle industrielle. Un seuil qui semble toutefois accessible. En conditions expérimentales, Re-Source Industries a déjà réussi à valoriser 92 % d'un VHU.

UNE BASE DE DONNÉES POUR LA TRAÇABILITÉ

Re-Source Industries a développé une base de données qui regroupe environ 80 modèles de véhicules. Opérationnelle au premier semestre 2008, elle fournira des données techniques et commerciales pour qu'à chaque étape du démantèlement, les opérations soient optimisées. Quelle pièce doit être enlevée pour une revente ? Quel plastique constitue tel ou tel élément ? Autant d'informations qui seront accessibles en temps réel. Il suffira alors de 3 heures pour démanteler un véhicule en respectant les 85 % de valorisation, contre six à huit actuellement.

EN BREF

L'Objectif Passer de 85 à 95 % de taux de valorisation La Solution Améliorer les techniques de recyclage et développer des filières

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