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Les élèves-ingénieurs imaginent le futur

CHARLES FOUCAULT.
Quand les élèves du réseau ParisTech prennent la plume, il n'y a pas de lendemains qui chantent. Invités à écrire des nouvelles sur le thème « 2084 : le meilleur ou le pire des mondes ? », ils peignent un horizon plutôt morose, où l'homme est victime de ses inventions. Intéressant de la part de ceux qui feront l'innovation demain.

Le temps d'un concours, leur imagination n'était plus à la recherche de solutions techniques mais au service de la science-fiction. Ils ont lâché leurs logiciels de simulation mathématique pour un traitement de texte, voire un papier et un stylo. « 2084 : le meilleur ou le pire des mondes ? » La question a été posée, aux étudiants des écoles ParisTech, puis au grand public. Les nouvelles de six élèves ingénieurs et de cinq candidats libres ont été retenues (sur les 322 reçues) par le jury composé de deux romanciers, d'un biologiste, d'un astrophysicien et d'un climatologue. Suivant les traces d'Aldous Huxley et de George Orwell, les écrivains en herbe ont tenté d'imaginer ce que sera le monde en 2084. Comme leurs illustres prédécesseurs, l'encre sortie de leur plume fut acide. Tous décrivent un avenir sombre, violent, où les progrès de la science et des technologies déshumanisent l'humain plus qu'ils ne lui rendent service. Si la forme transpire parfois l'amateurisme, les idées sur lesquelles s'appuient ces récits sont toutes captivantes.

Des fictions perturbantes où l'humanité est en danger

Rebecca, étudiante des Arts et Métiers, nous fait vivre la journée du responsable de la section Virus informatique de la Direction générale de la protection de l'information. Cette entité étatique est à l'origine de l'élimination des termes « potentiellement dangereux du vocabulaire », pour enrayer la subversion qui s'est mise à gronder lorsque « l'humanité entra dans l'ère ardente ». Loisir, vertu, esprit, rebelle, poésie ont depuis disparu de la mémoire collective. Et Raphaël, le futur, il le voit comment depuis les amphis de Télécom ParisTech ? Noir. Son imagination nous emmène dans l'aéroport de New York. L'arche de verre du bâtiment est recouverte de panneaux de métal opaques qui protègent la population des rayonnements ultraviolets. Ils sont mis en place dès que « le niveau d'ozone est inférieur à 30 Dobson. » Mais la fiction la plus perturbante est certainement celle de Romain, élève de l'Ensta. Ce n'est pas l'argent qui dirige la société qu'il dépeint, c'est le Biotel, un médicament commercialisé par NewEden. Composées de nanorobots qui régulent l'organisme et le préviennent de tout vieillissement, ces gélules à ingurgiter quotidiennement donnent accès à l'immortalité. L'invention bouleverse l'ordre du monde, « toute la hiérarchie sociale dépend de ce remède », et perdu est celui qui tente de s'en passer. Pour les autres, l'Afrique aura une agriculture verticale, la médecine remplacera les mauvais souvenirs par d'autres, plus agréables, les centenaires seront exécutés pour éviter la surpopulation...

Dans Condition de l'homme moderne (1958), Hannah Arendt, affirmait que la distance que nous avons prise avec la Terre nous confère sur elle un pouvoir technique qui « risque même de mettre en danger le processus naturel de la vie ». Ces futurs ingénieurs improvisés auteurs semblent en avoir conscience. Une fois devenus décideurs, sauront-ils déceler dans une innovation née pour le meilleur, une utilisation possible pour le pire ?

LE LIVRE

2084 : LE MEILLEUR OU LE PIRE DES MONDES Coordonné par Laurence Decréau - Les Presses de l'Ensta - 152 pages, 6 euros

ET AUSSI

Dans ce livre audio, Jean-Michel Besnier partage ses réflexions sur le transhumanisme et le post-humanisme. Le titulaire de la chaire de philosophie des technologies d'information et de communication de l'université Paris 4 - Sorbonne s'interroge sur les espoirs mis dans les technologies qui visent à accroître nos capacités, à résister aux virus, à donner l'éternelle jeunesse... Tout ce qui, nous affranchirait de notre condition humaine imparfaite, limitée et mortelle. Le post-humanisme - Qui serons-nous demain ? de Jean-Michel Besnier De vive voix 50 minutes, 9,90 euros

LAURENCE DECRÉAU DIRECTRICE DU DÉPARTEMENT « CULTURE, COMMUNICATION » DE L'ENSTA PARISTECH

Agrégée de lettres classiques, Laurence Decréau a travaillé pendant plus de quinze ans dans l'édition avant de rejoindre l'Ensta ParisTech en 2008. Agacée par le « très franco-français » (sic) cloisonnement entre scientifiques et littéraires, elle s'attelle à créer des ponts entre ces deux mondes. Mission accomplie avec ce concours de nouvelles d'anticipation par lequel elle a fait se rencontrer les élèves-ingénieurs, futurs décideurs, et les connaissances conservées de son passé d'éditeur.

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