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Les écoles d'ingénieurs se féminisent

CÉLINE LACOURCELLE redaction@industrie-technologies.com

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Ne comptant qu'un peu plus d'un quart d'étudiantes, les écoles d'ingénieurs se mobilisent pour attirer davantage de jeunes filles, attendues de pied ferme par des industriels en mal de mixité. Si les chiffres démontrent un léger mieux, chacun sait qu'il faut agir plus tôt, auprès des lycéennes, pour faire tomber les préjugés et informer sur les métiers de l'ingénieur.

Marion Payen sera ingénieure. L'étudiante en 4e année à l'Insa Rouen se souvient : « aimant les sciences, je me suis orientée vers un Bac scientifique. La suite semblait plus floue ». Peu d'informations lui parvenaient sur les formations ouvertes à son profil. C'est après une recherche personnelle qu'elle découvre les programmes des écoles d'ingénieurs. Un cas isolé ? Pas vraiment. Alors qu'elles représentent quasi la moitié des effectifs des terminales S, les jeunes filles ne représentent que 26 % des effectifs des écoles d'ingénieurs. Les préjugés ont la dent dure : « Les écoles d'ingénieurs souffrent d'une image poussiéreuse comparée à celle plus moderne des écoles de management », déplore Jean-Michel Nicolle, directeur de l'École polytechnique féminine (EPF), créée en 1925 par une ingénieure, Marie-Louise Paris. Mixte depuis 1994, l'établissement conserve sa particularité avec 44 % d'étudiantes. Et les métiers d'ingénieurs n'ont pas meilleure presse. « Appréhendés comme très techniques, ils sont forcément une affaire d'hommes », ironise Marie-Sophie Pawlak, fondatrice de l'association Elles bougent, lancée en 2005 pour faire découvrir aux jeunes filles les métiers de l'automobile, de l'aéronautique, du transport ferroviaire... Des secteurs vers lesquels les bachelières ne vont pas. Quand elles choisissent une école d'ingénieurs, elles optent pour les sciences du vivant, la chimie ou l'agroalimentaire. À Agro Paristech, les filles sont ainsi majoritaires tout comme à l'INP-Ensat.

Contre ces stéréotypes, les initiatives se multiplient. Elles bougent, soutenue par les écoles, mise pour cela sur la force du témoignage de ses quatre-cents marraines, jeunes diplômées et cadres dirigeantes. L'association Pascaline fait, elle, la promotion des métiers du numérique, depuis 2006. Toutes deux ont lancé en janvier la campagne « Tu seras Ingénieure, ma fille ! »

Agir durant le secondaire, quand se joue l'orientation

Les établissements aussi s'engagent dans cette voie. Centrale Paris a mis en place, en octobre dernier, cinq bourses Sébastienne Guyot (du nom de l'une des premières Centraliennes), pour prendre en charge la scolarité de jeunes femmes. Elles succèdent à « Mademoiselle fait Centrale », site de promotion des carrières scientifiques auprès des lycéennes. À l'Insa de Rouen, tout événement s'anime sous l'angle de la mixité : « nous féminisons nos titres et parlons d'ingénieurEs », cite Jean Maquet, directeur des formations. L'ECE veille de son côté, à une présence féminine systématique sur ses stands lors des salons, forums, porte-ouvertes auxquels elle participe. À ces occasions, Supméca n'hésite pas à afficher son taux de féminisation de 26 %.

Mais cela ne peut suffire. Pour les observateurs il faut agir durant le secondaire, lorsque se joue l'orientation. Claire Cescon doit son actuelle présence à Supméca à une option suivie en Première, les sciences de l'ingénieur, proposée à la place des cours de biologie. « J'ai découvert son existence par hasard. Une chance puisque j'ai touché à la mécanique, satisfaisant mon envie de concret », avance-t-elle. D'autres ont été sensibilisées dans leur classe par des représentants des écoles. C'est le cas des cinq-cents lycéennes de Seine-Saint-Denis approchées par la vingtaine d'étudiantes de Centrale Paris ou de celles des quarante-trois lycées normands visités par l'Insa Rouen. Reste aux entreprises à s'engager davantage en accueillant, par exemple, plus de lycéennes en stage découverte. Les fédérations professionnelles doivent, elles aussi, prendre part aux opérations de sensibilisation. Celles-ci ne sont pas vaines. Pour preuve, l'ECE compte aujourd'hui 20 % d'étudiantes contre 13 % il y a cinq ans. À Centrale Paris, ce taux est passé de 17 % à 20,7 % en un an !

De plus en plus d'ingénieures

30 554 filles étaient inscrites en écoles d'ingénieurs en 2009/2010, contre 11 500 il y a vingt ans 12,6 % de croissance des effectifs féminins ces quatre dernières années On compte 26 % d'étudiantes-ingénieures dans les écoles 17 % des ingénieurs sont des femmes 27 % chez les moins de 30 ans, 8 % chez les 50-60 ans

« Nous soutenons les écoles qui suscitent les vocations féminines »

JACQUES CRÉMER DRH DE QUILLE, FILIALE DE BOUYGUES CONSTRUCTION

« Pour augmenter la part de nos salariées, - égale à 12,5 % pour 20 % de femmes cadres -, davantage de candidatures féminines doivent nous parvenir. D'où notre engagement aux côtés des écoles (Quille a obtenu le label égalité en 2008, NDRL). Récemment, nous nous sommes associés au Prix de la vocation scientifique et technique réservé aux élèves de terminales. Nous organisons aussi deux opérations : la première, « Déployer nos elles », est à l'attention des chefs d'établissement et conseillers d'orientation des collèges, l'autre, « BTP au féminin », est menées auprès des jeunes filles de Centrale Nantes et de l'Insa de Rouen. Nous nous appuyons sur ces écoles pour un jour parvenir à un meilleur équilibre. Dès lors, nous privilégions les écoles d'ingénieurs mobilisées sur la féminisation de leur effectif étudiant que nous soutenons financièrement ».

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