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Les difficiles débuts des 20 robots chinois censés aider la France à atteindre les 700 000 tests virologiques hebdomadaires

Kevin Poireault
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Les difficiles débuts des 20 robots chinois censés aider la France à atteindre les 700 000 tests virologiques hebdomadaires

Le jour même du déconfinement, le 11 mai, France Culture a livré une remarquable enquête sur les nombreux ratés de l’Etat français dans la course au dépistage du Covid-19. Le pays semble bien loin des 700 000 tests RT-PCR hebdomadaires promis par Edouard Philippe. France Culture raconte notamment la chaotique aventure des 20 robots chinois commandés par l'Etat et parachutés dans les hôpitaux.

Le dépistage est toujours à la traîne en France. La cellule investigation de Radio France a livré, ce lundi 11 mai, une longue enquête publiée sur le site de France Culture, montrant pourquoi la promesse de réaliser 700 000 tests virologiques avancée par Edouard Philippe dans son plan de déconfinement le 28 avril était intenable.

Parmi les ratés du gouvernement pour hausser la capacité de réaliser ces tests RT-PCR, la radio publique française raconte notamment la confusion qui a entouré la commande, passée fin mars par la Direction générale de la santé (DGS), de 20 extracteurs automatiques haut-débit d'acide nucléique MGISP-960 à la société MGI, filiale du groupe chinois Beijing Genomics Institute (BGI), qui a équipé le laboratoire hospitalier de Wuhan.

Ces robots sont censés aider 17 hôpitaux français (dont deux de l’AP-HP) et deux laboratoires privés, Médylis, à Lons-le-Saunier et Cerballiance Côte d’Azur, à Saint-Laurent-du-Var, à effectuer plus de 2 000 tests de dépistage par jour, en augmentant le débit d’extraction des acides nucléiques dans les échantillons à analyser. L’objectif : monter en charge à 2 000 tests par jour, en fonctionnant 24 heures sur 24, sept jours sur sept.

Parachutage de machines pas aux standards français

Ces machines semblent d'abord avoir été choisies sans transparence ni concertation avec les hôpitaux. Et leur livraison, parfois « rock'n roll » comme le raconte France Culture, a des allures de parachutage. Pris au dépourvu, certains chefs de services, comme celui du laboratoire de virologie au CHU de Rennes, Vincent Thibault, sont « un peu obligé[s] » d’accepter ces machines chinoises qui leur sont « un peu tombée[s] dessus » et n’ont « pas nos standards de qualité et de fonctionnement ».

La mise en route est aussi laborieuse. Livrée le 7 avril au CHU de Rennes, la machine de MGI n’a pu être mise en route que le 28 avril par des ingénieurs de la firme, venus de Chine. En effet, la filiale de BGI est installée en Europe depuis 2019 seulement et compte quatre employés en France « mais pas de bureau », a-t-elle confiée à la cellule investigation de Radio France.

« En temps normal, il est évident que nous n’aurions pas choisi ce nouveau matériel, estime de son côté, le chef de pôle biologie médicale au CHU de Poitiers, Nicolas Lévêque. Il a fallu acquérir de nombreux matériels en amont et en aval de l'automate MGI pour en combler les carences. Il a également fallu connecter informatiquement les différents automates tout en n’ayant aucune certitude quant au circuit du prélèvement.

Mise en route laborieuse et manque de consommables

Si les 20 machines MGISP-960 ont aujourd’hui été livrées, elles ne sont pas toutes entièrement opérationnelles et la 21e se fait encore attendre. La DGS justifie auprès de Radio France cette laborieuse installation par leur haute performance : « Leur déploiement est par nature une opération lourde. Une fois mis en service, ils nous permettront de disposer d’une capacité de dépistage démultipliée. »

Mais il faudra pour cela que la livraison des consommables et des réactifs suive la cadence. Ce qui n’est certainement pas le cas partout, pointe France Culture. « Au début, la société chinoise nous a dit […] que c’était du clé en main, qu’on aurait les consommables, les écouvillons, les réactifs à hauteur de 2 000 tests par jour, témoigne Benoît Dogny, qui a participé à l’installation du système au CHU de Toulouse. C’était justement cette disponibilité qui nous faisait défaut avec les deux plateformes de dépistage que nous possédions déjà (une américaine et une française) si nous voulions atteindre les 2 000 tests par jour. […] Mais en fait, on a eu le même problème avec la société chinoise [...]C’est aussi un robot qui a énormément besoin de consommables par rapport à ceux qu’on a l’habitude d’utiliser. Et ça, ils n’arrivent pas à nous les fournir. Là, on a de quoi tenir une semaine, si on veut faire 2 000 tests par jour. La société chinoise n’arrive pas à suivre parce qu’elle a certainement eu les yeux plus gros que le ventre. »

« Un gros risque »

Toulouse n'est pas un cas isolé, montre l'enquête. A Bordeaux, « nous devions avoir 100 000 écouvillons dans le colis, nous n’en avons eu que 10 800, ils ne peuvent pas nous dire quand auront lieu les prochaines livraisons… », s'étonne Agnès Georges-Walryck, chef du pôle de biologie et pathologie au groupe hospitalier Sud du CHU de Bordeaux.

Pour Vincent Thibault, « on a pris un gros risque en passant par une machine qui nous rend entièrement dépendant des Chinois, pour les consommables ou les réactifs. Que va-t-il se passer si demain cette machine tombe en panne ? » Une dépendance que la France partage avec au moins neuf pays européens (Espagne, Italie, Royaume-Uni, Irlande, Suède, Allemagne, Danemark, Pologne, Roumanie), qui ont tous commandé du matériel à BGI.

Retrouver l’enquête en intégralité sur le site de France Culture.

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