Nous suivre Industrie Techno

Les débats doivent nourrir nos choix scientifiques

ANNE-KATELL MOUSSET redaction@industrie-technologies.com
« Penser ce que nous faisons ». Cette phrase de la philosophe Hannah Arendt sert de socle de départ à Marie-Hélène Parizeau pour décrypter les relations entre sciences et idéologies. Et nous aider à comprendre les enjeux éthique et politique des nouvelles découvertes scientifiques.

Moins d'une centaine de pages et pourtant de multitudes d'occasions d'y rencontrer les grands penseurs de la science : Hannah Arendt croise Bruno Latour qui débat avec Thomas Khun...

Dans ce livre, Marie-Hélène Parizeau interroge la science et ses idéologies. Une occasion d'appeler le lecteur à plus de questionnement et d'éthique dans la pratique scientifique. Au-delà des questions concernant l'utilité ou non d'une expérience scientifique, l'auteur met en lumière le rôle joué par les idéologies dans la science. Du scientisme à l'eugénisme en passant par le réductionnisme, à travers trois disciplines scientifiques nouvelles (génétique et biologie moléculaire, biologie de la conservation et enfin nanotechnologies), la philosophe montre que les idéologies scientifiques se mélangent à la naissance même de ces nouvelles disciplines. Le problème ? Comme le soulève Marie-Hélène Parizeau, c'est que ces idéologies se manifestent alors dans la société « parées du prestige de la science » et surtout de sa « vérité scientifique ». Une aura qui ferait pencher la balance un peu trop lourdement en faveur des idéologies scientifiques et empêcherait un véritable débat dans la société.

Penchons-nous sur le premier exemple développé par la philosophe : celui de la génétique. Conseils de santé sur mesure ou origines ethniques, grâce à la génétique tout devient possible. Cette idéologie du « réductionnisme génétique », c'est-à-dire « tout est dans les gènes », fait le bonheur d'une industrie biotechnologique florissante. Et pourtant, d'un point de vue purement scientifique, on s'éloigne de l'idéologie associée, comme le montre le bref historique de la discipline que dresse la philosophe : le concept de gène s'effrite, il « craque de toute part ». De découvertes en découvertes, la biologie moléculaire s'est en effet complexifiée, une « leçon d'humilité » pour les chercheurs qui, au vu des nouvelles données expérimentales, ont largement complexifié la fameuse formule « un gène = une enzyme ».

Pourtant, l'auteur souligne cette importance du gène, de l'inné, dans l'esprit des gens. Une prééminence qui selon elle permet « le maintien des budgets de la recherche ».

En clair, ce petit livre est l'appel d'une scientifique - devenue philosophe - a plus de débats dans nos choix scientifiques d'un point de vue éthique et philosophique, en n'oubliant pas que les sciences aussi génèrent et engendrent des idéologies. Dans les trois exemples retenus de nouvelles disciplines scientifiques, la philosophe met en avant des points communs dans leurs idéologies, une « idée récurrente », même : les modifications de l'être humain sur lui-même et sur l'environnement par la technique. Qu'elles génèrent craintes ou espoirs, ces idéologies doivent faire l'objet pour Marie-Hélène Parizeau de débats et discussions éthiques et politiques dans la société.

ccLE LIVRE

BIOTECHNOLOGIE, NANOTECHNOLOGIE, ÉCOLOGIE Entre science et idéologie De Marie-Hélène Parizeau Éditions Quæ 86 pages, 8,50 euros.

ET AUSSI

LE DÉCLIN DU GÈNE ? Même s'il décline, le gène fascine. Cet ouvrage La mystique de l'ADN - de Dorothy Nelkin et Susan Lindee est une enquête sociologique sur la vision de la molécule à double hélice aux États-Unis. Séries télé, tests génétiques, explications du caractère par l'ADN... l'inné fascine. Dorothy Nelkin et Susan Lindee, La mystique de l'ADN, Belin, 1998

MARIE-HÉLÈNE PARIZEAU PROFESSEUR À LA FACULTÉ DE PHILOSOPHIE DE LAVAL À QUÉBEC

Marie-Hélène Parizeau a d'abord été biologiste avant de se tourner vers la philosophie, ou plutôt d'articuler les deux univers. C'est en effet après s'être interrogée sur les implications éthiques de ses recherches en biologie moléculaire qu'elle a soutenu sa thèse de philosophie. Aujourd'hui professeur titulaire à la faculté de philosophie de Laval à Québec, elle consacre ses recherches à l'éthique biomédicale et de l'environnement.

vous lisez un article d'Industries & Technologies N°0929

Découvrir les articles de ce numéro Consultez les archives 2011 d'Industries & Technologies

Bienvenue !

Vous êtes désormais inscrits. Vous recevrez prochainement notre newsletter hebdomadaire Industrie & Technologies

Nous vous recommandons

La créativité à la chaîne

La créativité à la chaîne

Pleins phares sur la créativité industrialisée. Pour systématiser la mise sur le marché de biens innovants, les industriels devraient s'inspirer de[…]

Obsolescence : faut-il souhaiter longue vie aux produits ?

Obsolescence : faut-il souhaiter longue vie aux produits ?

Errare tecnologicum est

Errare tecnologicum est

Faut-il manipuler le climat ?

Faut-il manipuler le climat ?

Plus d'articles