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Paris, 3 juin. Organisé à l’Institut Pasteur, le Colloque sur la recherche européenne réuni par la Fondation pour l’innovation politique de Jérôme Monod a donné l’occasion à la salle de lister les

Des brevets refusés en France mais accueillis à bras  -et tiroirs-caisses- ouverts aux Etats-Unis, des chaînons manquants entre chercheurs et capital-risqueurs ou industriels, des effets de mode  excluant les disciplines tablant sur le long terme...  la liste des écueils de la recherche française est interminable... Au colloque sur la recherche européenne réuni par la Fondation pour l’innovation politique de Jérôme Monod, avec le concours du Conseil stratégique de l’innovation, quelques pistes pour y remédier se sont ouvertes

Président du CSI et de France Biotech, Philippe Pouletty plaide pour un pôle européen d’excellence sélectionnant les compétences et la compétitivité à l’aulne de critères mondiaux. «Seule cette excellence scientifique pourra sauver la recherche européenne, estime-t-il. Les pays du vieux-continent, dont la France, vont devoir renforcer les chaînes de financement, puiser des capitaux dans l’enveloppe des assurances-vie, doper le marché boursier et encourager les officines de capital-risque à soutenir les belles entreprises. C’est, enfin, dans les revenus de la privatisation que Bercy peut trouver les ressources nécessaires à cette politique de soutien de la recherche».

Si la décision prise au sommet de  Lisbonne a été d’y consacrer 3% du produit intérieur brut d’ici à 2010, le problème n’est pas seulement quantitatif.. « Il faut dépenser plus et mieux », résume Philippe Busquin, physicien, philosophe et diplômé de sciences de l’environnement, devenu commissaire européen pour la recherche-développement.

Car c’est le rôle même du chercheur dans la société qu’il faudrait valoriser pour ramener les jeunes sur le chemin des laboratoires, et les expatriés dans leur pays d’origine comme y parvient déjà l’Irlande grâce à la volonté de Mary Harney, ministre de l’industrie, du commerce et de l’emploi venue réveiller l’auditoire par sa pugnacité.

Le chantier de la recherche : une urgence pour l'Europe

Si la révision, à la hausse, des salaires, y aiderait, elle n’y suffirait pas. Embrassée par passion, cette vocation nécessiterait la redéfinition d’un statut, voire une opération de ...«marketing» pour assurer sa promotion. «Nous devrions responsabiliser davantage le chercheur, estime Claude Griscelli, ex-patron de l’Inserm et désormais conseiller du ministre de la Santé et de la protection sociale, lui assurer une liberté de maneuvre une fois achevée l’évaluation de son savoir et son projet, lui garantir l’accès aux plate-formes technologiques et au réseau mondial de scientifiques de son secteur, et le faire bénéficier d’interfaces pluridisciplinaires.»

Parmi les desideratas des chercheurs, également celui d’être consulté lors des prises de décision plutôt que d’en être ...exclu au profit des seuls gestionnaires.

A Bruxelles aussi, le chantier de la recherche est aux urgences. Car, contrairement aux Etats-Unis dont la politique fédérale est dopée par un puissant lobby, celle de l’Union européenne ne bénéficie pas de toute l’attention des «eurocrates» consacrant leurs efforts, financiers en particulier, à l’agriculture et la cohésion économique et sociale.

Or, il s’agit, par exemple, de définir une politique communautaire de la propriété intellectuelle pour simplifier et diminuer le coût d’un dépôt de brevet, tellement plus complexe et onéreux qu’outre-Atlantique.

Car, leur offrant des salaires attractifs, un logement et un accès aux équipements de recherche, les grandes universités américaines gardent tout leur attrait aux yeux des chercheurs mondiaux, même si la politique sécuritaire de Washington freine aujourd’hui la délivrance de visas aux scientifiques issus des zones « sensibles ».

«Malgré leur attirance pour les Etats-Unis, note Arthur Bienenstock, doyen de l’université de Stanford chargé de la recherche, les chercheurs mondiaux sont de plus en plus sollicités par des pays tels l’Inde ou la Chine.» Une rivalité mondiale à laquelle participe désormais la Corée, Taïwan ou Singapour.

La France, modèle de frilosité

Or l’Europe continue de payer l’hétérogénéité de sa législation sociale, de ses structures académiques et la disparité de ses moyens d’accueil.

Pour bâtir une recherche européenne d’excellence, Bruxelles va donc devoir veiller à éviter le saupoudrage des subsides en limitant les redondances tout en mettant les meilleurs en concurrence.

«Une tâche ardue, reconnaît Philippe Busquin, car si les instances européennes jouent leur rôle dans le soutien aux sciences fondamentales où l’investissement n’offre de rentabilité qu’à long terme, les applications, et la transformation d’une découverte en innovation, demeure l’apanage des politiques industrielles nationales. Or si l’Europe a généralement peur de son ombre, la France est exemplaire de cette frilosité communautaire !»

Parmi les domaines qu’il juge prioritaire pour imposer l’Europe sur la scène mondiale, l’évolution de la micro-électronique vers la nano-électronique, un secteur réunissant déjà les Français aux Allemands et aux Belges comme l’illustre la coopération entre les centres de Grenoble, Dresde et Loëwen. «C’est grâce au travail également réalisé au laboratoire européen de biologie moléculaire (l’EMBL, créé dans le cadre de l’EMBO, l’organisation européenne de biologie moléculaire), que l’Europe s’est imposée dans le dossier du prion», conclut-il.

Pour poursuivre cette course à l’excellence, l’évaluation traditionnelle du chercheur paraît donc bien dérisoire, ce dernier étant encore jugé sur son nombre de publications ou par ses pairs, souvent tentés de se... clôner lors du choix d’un collaborateur, et freinant ainsi l’audace et l’inventivité du nouveau venu.

Pour les dirigeants de l’ANVAR ou du CNRS, de l’INSERM ou de l’INRA, de Cochin ou de Pasteur réunis lors du colloque, mais aussi pour les représentants du secteur privé, d’Intel, ST Microelectronics, Microsoft, EADS ou Innogenetics, évoquant tous leur expérience en matière de recherche, celle-ci, publique ou privée, va devoir affirmer son excellence pour devenir stratégique aux yeux des acteurs de la vie économique et du développement social.

Claudine Meyer

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