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LES CHALLENGES DE L'AGENCE DE L'INNOVATION

Franck Barnu
SON AMBITION EST IMMENSE : booster la R&D industrielle pour faire basculer l'industrie française du côté des hautes technologies. Pour y parvenir, elle devra éviter de sérieux écueils...

«Absurde et inutile. On n'a pas besoin d'une agence de plus pour distribuer des chèques aux grandes entreprises... » Ce type de commentaires quant au bien fondé de l'Agence de l'innovation industrielle (AII), prônée par le rapport Beffa*, existe. Mais, dans l'ensemble, l'idée d'une telle structure, qui distribuera dès cette année sa manne aux grandes entreprises françaises, suscite des réactions plus nuancées.

Les spécialistes de l'innovation accueillent plutôt favorablement l'idée de voir injecter quelque 2 milliards d'euros en année pleine dans la R&D. « C'est une bonne chose de promouvoir l'innovation industrielle car la recherche publi-que a du mal à dialoguer avec les entreprises », commente Thomas Durand, professeur à Centrale-Paris et PDG du cabinet de conseil CM International.

Reste les doutes. « Ce n'est pas ainsi que l'on créera les Microsoft et les Cisco de demain » est la critique la plus fréquemment entendue. Avec celle-ci : « Le rapport Beffa ne fait qu'adapter aux temps modernes un modèle étatique passé. » Comprendre, un modèle... dépassé ?

Le premier défi que devra relever l'AII sera, ainsi, de convaincre de la justesse de sa stratégie du "tout pour les grands champions nationaux". Comme le souligne Thierry Weil, le rapport de Jean-Louis Beffa signe bel et bien la fin d'une époque : « Il met fin à la mode du "tout pour les PME" », analyse le responsable du programme Futuris.

Sur ce point, le rapport apporte une intéressante justification : « La faiblesse de l'effort de R&D des industriels n'est pas liée à l'insuffisance de la recherche au sein de chaque entreprise, mais à la trop grande spécialisation de la France dans des secteurs de faible technologie. » Par nature ces secteurs, l'agroalimentaire par exemple, investissent peu en R&D. Donc, « il faut faire évoluer la structure industrielle française ». Cela passe, de fait, par les grands groupes. C.Q.F.D.

Au-delà de sa pertinence stratégique, l'Agence - et plus largement la puissance publique - devra jouer fin pour éviter quelques écueils majeurs.

1. Le choix des programmes

Une question est dans toutes les têtes. L'Agence saura-t-elle définir les "bons" programmes ? Elle dispose d'un garde-fou : leur définition se fera avec les entreprises qui en financeront la moitié.

Malgré cela, reste le risque de vouloir tout faire passer à la moulinette des grands programmes. « Cette approche n'est pas valable dans tous les secteurs. Il est des domaines où il faut privilégier le foisonnement », avertissent les spécialistes. C'est notamment des technologies de l'information dont il est question avec, en toile de fond, le douloureux échec du Plan calcul.

2. Le suivi

Il y a pire qu'un "mauvais" programme. C'est un mauvais programme qui ne s'arrête pas. Armand Hatchuel, professeur à l'École des mines de Paris, souligne à juste titre que, par définition, « tous les programmes de R&D sont à risque » et, qu'évidemment, « il est impossible d'identifier le bon a priori ». En revanche, dit-il, « il est fondamental que l'Agence dispose d'une structure performante de suivi capable d'évaluer en temps et en heure et avec pertinence si une recherche doit être poursuivie, réorientée ou abandonnée ».

Cette fonction de suivi est d'ailleurs une des raisons clés qui justifie la création d'une structure dédiée.

3. Les arbitrages

Une autre raison avancée en faveur de l'AII tient « à la capacité d'une agence, de par son budget, à arbitrer entre différents programmes pour allouer au mieux l'argent public ». Bien. Mais cela ne règle pas une question épineuse. Agence de l'innovation, Agence nationale de la recherche, Anvar (Oséo depuis le rapprochement avec le BDPME), pôles de compétitivité... Pour les PME, les start-up, la recherche publique, industrielle..., les structures pullulent, et c'est tant mieux. Mais qui fera l'arbitrage entre elles, et comment ? Questions épineuses, d'autant qu'elles dépendent toutes de ministères différents.

Les risques de dérapage sont bien réels. Faut-il alors créer... une agence de plus, indépendante du gouvernement, pour gérer de façon sereine l'attribution des fonds ? Cette proposition est justement celle de Futuris, qui a avancé, il y a peu, l'idée d'un Haut Conseil de la recherche et de l'innovation.

Si elle sait éviter ces écueils, la nouvelle Agence nous aidera peut-être à produire « les Airbus et les TGV de demain », comme dit Jacques Chirac. Souhaitons-lui ce succès. Imaginez qu'elle accouche d'une myriade de Plans calcul...

* Pour une nouvelle politique industrielle, rapport de Jean-Louis Beffa, PDG de Saint-Gobain, remis le 17 janvier au président de la République.

l'impact

Les programmes de l'Agence doivent : - Réunir les efforts de R&D conduisant à un démonstrateur à forte composante technologique ; - Déboucher sur un produit intéressant pleinement les acteurs privés ; - Apporter des solutions à des questions scientifiques et technologiques majeures ; - Prendre en considération, au moment des choix, les retombées globales de leur aboutissement ; - Être organisés sur le moyen-long terme pour contribuer à l'amélioration de la spécialisation industrielle française.

NEUF PISTES POUR LES PROGRAMMES MOBILISATEURS

Le rapport Beffa présente en annexe, « à titre d'exemple et sous réserve d'une analyse détaillée », neuf « pistes » dans cinq secteurs. Elles donnent certainement une assez bonne idée des thèmes des futurs programmes mobilisateurs.

- Santé 1. Traitement des maladies dégénératives 2. Traitement des maladies infectieuses - Énergie 3. Pile à combustible et filière hydrogène 4. Solaire photovoltaïque 5. Biocarburants - Environnement 6. Capture et séquestration du CO2 - Transports 7. Voiture économe et propre 8. Automatisation du contrôle aérien - Technologies de l'information 9. Contenus et services haute définition via des réseaux très haut débit sécurisés

LES POINTS CLÉS

- L'Agence s'appuiera sur les grandes entreprises. - Le montant annuel du financement sera de l'ordre de 2 milliards d'euros par an. - Le financement public, sous forme de subventions et d'avances remboursables, en représentera la moitié. - Les entreprises financeront l'autre moitié. - Objectif : suivi simultané de cinq à dix programmes.

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