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Les capteurs enterrent la hache de guerre

Youssef Belgnaoui
Les capteurs enterrent la hache de guerre

Endress+Hauser a choisi le standard FDT/DTM pour ses équipements.

© D.R.

Après quelques années de conflit, les deux clans soutenant les standards de configuration EDDL et FDT/DTM développent une technologie commune.

EDDL contre FDT/ DTM. La guerre des sigles aura-t-elle lieu ? C'est la question qu'Industrie et Technologies se posait en juin 2005 (voir l'article dans IT n° 869). À cette époque, la bataille entre ces deux technologies battait son plein. Toutes deux visant à faciliter le paramétrage par logiciel des instruments de contrôle de process. Chacune cherchait alors à s'imposer à coup de lobbying, d'alliances et d'effets d'annonce. Chacune avait dans son camp ses partisans. On prévoyait alors qu'il était peu probable que l'une ou l'autre en sorte vainqueur. L'avenir nous a donné raison. En avril dernier, lors de la Foire de Hanovre, les deux associations protagonistes ont annoncé la fin des hostilités. L'EDDL Cooperation Team (ECT) et le FDT Group ont signé l'armistice. Mieux. Ils vont coopérer pour développer une solution commune baptisée Field Device Integration (FDI pour intégration des équipements de terrain).

Première étape, le FDT Group intègre l'ECT. Il rejoint ainsi quatre organisations influentes dans le monde du contrôle de process et des automatismes. À partir de 2003, Fieldbus Foundation (FF), Hart Communication Foundation (HCF), Profibus Nutzerorganisation (PNO) et OPC (qui les a rejoints en 2004) s'étaient en effet engagés, au sein de l'ECT, à développer des spécifications communes pour la visualisation graphique et l'enregistrement des données à partir du DDL (Device Description Language). Il s'agissait de contrer les ambitions de la technologie FDT/DTM, née en 2001, qui se voulait ouverte à tout protocole de communication. Plus récente, elle bénéficiait, du reste, d'une certaine convivialité qu'elle tirait des avancées des outils informatiques. Ses atouts étaient vantés par un groupe mené par ABB Automation, Endress+ Hauser, Metso, Krohne ou encore Vega. Alors que FDT/ DTM a été conçue sur des bases nouvelles, l'EDDL doit composer avec son passé.

Les premiers fichiers de description de données d'instruments sont en effet apparus sous la forme de DD (Device Description) à la fin des années 1980, lors de l'introduction du protocole de communication Hart (inventé par Emerson, ex-Fisher Rosemount). Un fichier DD, écrit en langage DDL, décrit en format texte toutes les données d'un équipement. En 2003, la coopération des fondations HCF, FF et PNO porte ses fruits. Elle donne naissance à la norme IEC 61804-2 qui définit un surensemble de spécifications des trois versions de DDL (Hart, FF et Profibus). Cette version prend le nom d'EDDL (Electronic Device Description Language).

Exploitation et maintenance en prime

Évolution des technologies de mesure aidant, ces fichiers descriptifs peineront à rendre compte des spécifications de certains instruments multiparamètres et de leurs fonctions d'autodiagnostic. De plus, l'EDDL laisse peu de liberté aux constructeurs d'instruments et l'enrichissement des fichiers est limité. Du coup, les partisans de la technologie FDT/DTM, qui a abandonné la programmation au format texte au profit des standards de Microsoft tels que le contrôle ActiveX, vont surfer sur cette vague. Ils annoncent que les DTM sont bien plus que de simples fichiers descriptifs nécessaires à la configuration des instruments. Ce sont des programmes qui délivrent, par l'intermédiaire de boîtes de dialogue, toutes les données nécessaires à son exploitation et à sa maintenance. Les constructeurs peuvent y intégrer des photos, des courbes, des graphiques, etc.

Le FDT Group a réussi à fédérer autour de son concept des constructeurs d'instrumentations renommés. Mais la partie n'est pas gagnée pour autant. Emerson, leader mondial en instrumentations de process, refuse cette technologie et la critique ouvertement. Pour lui, l'EDDL offre d'ores et déjà les fonctionnalités promises par FDT/DTM. De plus, il met en avant l'indépendance de l'EDDL vis-à-vis du système d'exploitation et du logiciel hôte. EDDL met en oeuvre des fichiers non exécutables et leur installation n'implique pas, contrairement au DTM, un composant ActiveX évitant ainsi tout conflit logiciel.

Emerson réussit même, quelques mois plus tard, à rallier à sa cause Siemens, le numéro un mondial des automatismes. L'allemand, qui faisait pourtant partie du clan FDT/DTM, fait volte-face. Il annonce qu'il ne peut supporter toutes les technologies du marché. Il favorisera autant que possible la technologie EDDL qui lui évite trop de développements logiciels mais, prudent, il ne rejette pas complètement FDT/DTM.

Cependant, conscient des quelques lacunes de sa technologie, l'ECT se lance dans un projet de renforcement de l'EDDL qui pallierait ses insuffisances en termes d'interface graphique ou de prise en compte de fonctionnalités complexes. Son objectif : lui donner des fonctionnalités de visualisation graphique, de stockage d'historiques ou encore de gestion des paramètres de diagnostic. Ces améliorations réalisées, leurs spécifications ont été consignées en 2006 dans la norme IEC 61804-3.

Les premiers résultats attendus pour 2008

Alors qu'Emerson et Siemens (dans une moindre mesure) campent sur leur position, d'autres fournisseurs prônent plutôt la flexibilité. Ainsi, Yokogawa, Honeywell ou encore Invensys ont annoncé, il y a quelques mois, que leurs solutions supporteraient les deux technologies.

Cette volonté d'ouverture a-t-elle donné le signal du rapprochement ? En tout cas, désormais c'est promis, les deux camps vont travailler ensemble à l'élaboration d'une solution commune d'intégration des instruments.

Pour l'instant rien n'est fait, mais FDI devra combiner les avantages de l'EDDL et ceux de FDT et assurer la compatibilité avec les dispositifs EDDL et FDT existants. On peut imaginer que la description textuelle sera choisie pour les intégrations basiques alors que les applications avancées pourraient avoir recours à l'intégration logicielle. Au final, n'importe quel logiciel pourrait dialoguer avec n'importe quel instrument via n'importe quel protocole de communication et accéder à ses données. Voilà les bases sur lesquelles vont plancher les équipes techniques.

Les premiers résultats sont espérés avant la fin 2008.

VINGT ANS D'HISTOIRE

- Rosemount, qui a inventé Hart, en fait un protocole de communication ouvert. Les paramètres des instruments sont inscrits en langage DDL dans les fichiers DD.- Création de Hart Communication Foundation (HCF) chargé d'assurer l'ouverture et la gestion des spécifications du protocole Hart. - Naissance de la technologie FDT/DTM.- FDT Joint Interest Group (FDT JIG) est fondé par ABB, Endress+Hauser, Invensys, Metso Automation et Siemens.- L'organisation indépendante FDT Group remplace FDT JIG.- La collaboration entre HCF, Fieldbus Foundation (FF), Profibus Nutzerorganisation (PNO) débouche sur une version unifiée du DDL qui est normalisée (IEC 61804-2) et baptisée EDDL. - Ces trois organisations, auxquelles se joint l'OPC Foundation, forment l'EDDL Cooperation Team (ECT).- La version renforcée de l'EDDL est normalisée (IEC 61804-3).- FDT Group rejoint l'ECT pour créer le standard unifié Field Device Integration (FDI) d'ici à fin 2008.

VERS UN STANDARD COMMUN POUR LEUR CONFIGURATION

La finalité des standards FDT/DTM et EDDL est la même : offrir la capacité à un système hôte d'échanger des informations avec des équipements de terrain de façon indépendante du constructeur. FDI vise l'unification des deux.

EDDL EDD est un fichier écrit en langage EDDL (Electronic Device Description Language), décrivant toutes les données d'un équipement de terrain. Il est lisible par n'importe quel système hôte. Le fichier EDD n'est pas un code exécutable. Il est indépendant du système d'exploitation. L'EDD est une évolution des fichiers DD (Device Description) utilisés depuis de nombreuses années pour configurer les instruments via le protocole Hart.

FDT/DTM À chaque équipement est associé un fichier DTM (Device Type Manager). Ce fichier contenant les informations relatives à cet équipement pourra être exploité par n'importe quelle application logicielle dotée d'une interface FDT (Field Device Tool). DTM prend la forme d'un composant ActiveX, une technologie Microsoft. Il dépend donc du système d'exploitation.

FDI (Field Device Integration) sera la version unifiée des deux standards existants. Elle respectera sept règles :

- Architecture client serveur ; - Indépendance vis-à-vis du système d'exploitation et de la plate-forme : - Indépendance vis-à-vis du système hôte ; - Compatibilité avec les descriptions d'équipements existants basés sur EDDL et DTM ; - Utilisable avec n'importe quelles technologies de communication ; - Utilisable dans n'importe quelle topologie de réseau (hiérarchique ou hétérogène) ; - Spécifications ouvertes visant à accéder au statut de standard international.

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