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Les atouts des pôles de compétitivité

ANTOINE CAPPELLE

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Partenariats, montage de projets, recherche de fonds... Depuis l'apparition en 2005 des pôles de compétitivité, les acteurs de la R et D sont bien encadrés pour aborder ces problématiques. Les entreprises membres y bénéficient de réseaux, de conseils et d'expertise. Un système qui permet aux grands groupes comme aux PME d'élaborer des projets solides, aptes à séduire les financeurs.

Fonds unique interministériel (FUI), Agence nationale de la recherche (ANR), Oséo : ces organismes représentent des mannes importantes pour le financement de la R et D. Mais pour en bénéficier, il ne suffit pas d'avoir un projet innovant, il faut aussi savoir élaborer un dossier solide pour répondre aux appels à projets. La tâche n'est pas facile pour les entreprises inexpérimentées. Depuis la création des pôles de compétitivité, en 2005, toutes peuvent compter sur un encadrement complet, de l'idée au dépôt du dossier. Ces pôles regroupent des entreprises de toutes tailles et des organismes publics de recherche. Ils sont 71 au total, chacun ayant ses thématiques propres. Répartis dans tout le pays, ils forment à l'échelle régionale des écosystèmes dynamiques et stimulants pour la R et D.

Les pôles de compétitivité interviennent très en amont dans le processus de préparation des projets. En prévision des appels lancés par les financeurs, ils organisent des rencontres entre leurs membres, afin de favoriser les échanges d'idées et de permettre à chacun de tisser son réseau. Pour le pôle Minalogic, situé dans la région Grenobloise, ces « réunions brainstorming » ont lieu deux fois par an. Les aspirants porteurs y exposent rapidement leurs projets : « un slide, cinq minutes de présentation et cinq minutes de questions pour chacun », détaille Nicolas Leterrier, le délégué général. À ce rythme, tout le monde peut proposer ses idées : en une journée, une quarantaine de projets sont passés en revue.

Toutefois, il n'est pas nécessaire d'être l'initiateur d'un projet pour prendre part à ces réunions. Chacun peut y annoncer les compétences et technologies qu'il recherche, ou celles dont il dispose et qu'il souhaite valoriser. Un excellent moyen pour trouver des partenaires. « Nous avons participé à quatre projets dans le cadre du pôle Systematic Paris Région », raconte Marc Richard-Foy, responsable de projets chez l'éditeur de logiciels Atego. « Trois d'entre eux ont été rejoints grâce aux réunions organisées par le pôle. » En plus de ces rencontres, les membres travaillant sur des sujets similaires sont directement mis en relation par l'équipe d'animation du pôle. Capable de faire la synthèse des activités des membres, elle sait repérer quand une thématique récurrente se dégage.

Des conseils précieux pour réussir un travail collaboratif

Outre ce « networking », les pôles fournissent de nombreuses informations pratiques : « Nous exportons aujourd'hui 50 % de nos produits. Le pôle Cap Digital a été un catalyseur, grâce à ses conseils nous avons pu développer rapidement cette activité », résume Sébastien Vaillant, directeur de l'entreprise Vixid. Le pôle Minalogic organise tous les mois des déjeuners thématiques. « Les sujets peuvent concerner la recherche de financements, la propriété industrielle ou les brevets », explique Nicolas Leterrier. « Cela apporte à nos membres des informations cohérentes et de premier plan, qu'il serait compliqué de réunir autrement. »

Des conseils d'autant plus importants dans le cas de collaborations entre plusieurs partenaires, qui peuvent compliquer les choses. Bruno Grèzes-Besset est responsable du projet Oleosol-I pour l'entreprise Biogemma, située en région toulousaine. « Les personnes qui s'associent doivent avoir envie de travailler ensemble, et savoir se dévoiler . Il ne faut pas être méfiant », estime-t-il. Pourtant, les différents partenaires n'ont pas toujours les mêmes intérêts : les laboratoires publics veulent pouvoir publier leurs résultats, quand le privé préférerait les protéger. « En général, les industriels s'engagent à déposer les brevets rapidement pour permettre les publications ». Entre industriels, parfois concurrents, les choses ne sont pas forcément plus simples : « Le plus souvent, on se partage la propriété industrielle, mais la répartition est variable, et peut dépendre des compétences apportées par chacun. » Des conditions à poser en amont, au moment de l'écriture du projet. Faute de quoi des problèmes juridiques peuvent survenir.

C'est pourquoi les conseils d'un pôle de compétitivité sont précieux, en particulier pour les entreprises n'ayant jamais fait l'expérience d'un travail collaboratif. Les projets élaborés dans le cadre d'un pôle partent ainsi du bon pied, et ne quittent pas le nid avant de savoir voler. « Avant de rendre le dossier pour un appel à projets, les porteurs le présentent devant une vingtaine d'experts du pôle, dont deux tiers d'industriels et un tiers de chercheurs d'organismes publics », expose Nicolas Leterrier. Un examen destiné à mettre en évidence les points faibles. L'équipe dispose alors de six semaines pour améliorer son projet, avant la présentation finale, lors de laquelle les experts attribueront ou non le label du pôle.

Un label qui peut être décisif : les projets qui en bénéficient ont davantage de chances de séduire les financeurs. Car grâce au suivi dont ils ont bénéficié, « les projets labellisés ont deux fois plus de chances de succès », précise le délégué général de Minalogic. À cela peuvent venir s'ajouter des fonds plus locaux que ceux de l'ANR ou du FUI. « Agrimip a oeuvré activement auprès des partenaires régionaux pour trouver d'autres participations », continue Bruno Grèzes-Besset. Pour cela, il faut généralement que le projet puisse faire valoir des retombées locales. Les bénéfices à l'échelle régionale peuvent être en lien avec une thématique importante du territoire, ou tout simplement économiques.

Car les pôles de compétitivité sont un environnement attractif pour les entreprises. Les PME y trouvent des facilités pour se développer, ce qui peut se traduire par la création d'emplois. Les grands groupes, eux, y trouvent localement des compétences ou technologies qu'ils allaient parfois chercher très loin. Ainsi, les pôles attirent de nouvelles entreprises sur leur territoire. Certaines venant même de l'étranger : parmi les 71 pôles de compétitivité, 16 sont d'envergure mondiale.

Les chiffres clés

- 71 pôles de compétitivité, dont 16 de dimension mondiale. - 10 appels à projets effectués par le gouvernement depuis la création des pôles de compétitivité en 2005. Le dixième est clos le 30 avril dernier. - 813 projets ayant bénéficié d'un financement public suite aux 9 premiers appels. - 4,3 milliards d'euros de budget global dont 1 milliard de l'État et 570 millions des collectivités territoriales.

DOTATION

1,5 milliard d'euros ont été affectés aux pôles de compétitivité par le gouvernement entre 2009 et 2011.

STÉPHANE LACRAMPE DIRECTEUR D'OBÉONe pas se restreindre géographiquement

« Notre société, éditrice de logiciels et prestataire de services informatiques, a rejoint le pôle de compétitivité Systematic Paris Région fin 2006. Cela a été un facteur déterminant de notre croissance : alors que nous n'étions qu'une dizaine à l'époque, l'entreprise compte aujourd'hui 42 personnes. Basés à Nantes, nous n'étions pas au départ dans le secteur géographique du pôle. Nous nous sommes implantés à Gif-sur-Yvette (Essonne) en décembre 2007, pour nous rapprocher de nos clients et partenaires. La proximité facilite les échanges, mais il ne faut pas se restreindre. Nous travaillons également avec le pôle Aerospace Valley, de Toulouse : il faut savoir s'ouvrir et aller chercher les compétences où elles se trouvent.

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