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LES 3DIMENSIONS DE Ronan Stéphan

THIBAUT DE JAEGHER tdejaegher@industrie-technologies.com

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DIRECTEUR POUR LA RECHERCHE ET L'INNOVATION AU MINISTÈRE DE LA RECHERCHE La France de la recherche, l'ancien directeur de l'université de technologie de Compiègne la connaît intimement. Ingénieur chez Thomson CSF, thésard, directeur d'un technopole, patron des relations industrielles au CNRS... Toutes ces fonctions lui ont permis d'appréhender la complexité de notre système d'innovation. Son job, en tant que directeur général pour la recherche et l'innovation, sera de faire en sorte que tous ces acteurs, pour lesquels il a travaillé, s'unissent. Objectif ? Permettre aux idées des chercheurs de se concrétiser plus vite et plus souvent en innovation. Portrait.

Tout respire le marin dans le bureau de Ronan Stéphan. Une odeur de tabac assaille d'abord le visiteur puis un vieux plan de trois mâts attire l'oeil derrière son bureau. Sur le mur d'en face, une vue satellite de la pointe du Finistère - sa terre natale - s'affiche, cernée par une photo du port de Douarnenez et une autre du phare de Kéréon en pleine tempête toujours dans le même coin de Bretagne. Et comme s'il avait besoin de respirer sans cesse le grand air, sa fenêtre est ouverte pour humer la légère bise qui souffle cet après-midi-là sur les toits de Paris.

Plutôt capitaine que simple mousse, ce Breton n'a pas peur du gros temps. Et heureusement ! Pour tenir la barre de sa nouvelle fonction, il faut avoir le pied marin, être prêt à affronter les grains - parfois très salés - que réserve le monde de la recherche. Nommé directeur pour la recherche et l'innovation le 1er septembre 2009 par Valérie Pécresse, Ronan Stéphan est chargé de mettre en musique la stratégie nationale sur le sujet. Cette mission vient à 50 ans couronner une carrière entièrement dédiée à la technologie, sous toutes ses formes. Et elle fait de lui l'un des nouveaux patrons de la France des labos.

L'HOMME

Ses racines lui donnent des ailes

Naître à la pointe de la Bretagne, dans le Finistère, plante chez les Bretons du bout du monde une sérieuse et farouche volonté de s'évader. Sans renier leur héritage, cette terre fait d'eux des hommes obstinés et mobiles. Et Ronan Stéphan, qui a vu le jour à Brest en 1960, cultive cette singularité. « Quand on naît dans ce coin de France, cela oblige à prendre sa destinée en main, confie-t-il avec ses yeux bleus perçants. Je ne veux pas faire de la sociologie de comptoir mais quand on a la chance de cultiver une identité forte, cela devient beaucoup plus facile de se projeter. »

Cette région, il y retourne dès qu'il le peut pour s'y ressourcer. Il y possède une maison, sur la pointe du Conquet qui fait face à la presqu'île de Crozon. « Par beau temps, on aperçoit l'île de Sein », sourit-il. Là, il en profite pour s'adonner à ses passions auxquelles il ne peut consacrer que peu de temps désormais. Le sport et la photographie - un peu - mais surtout la voile constituent ses grandes occupations lors de ses rares temps libres. Il ne manque d'ailleurs pas d'embarquer ses cinq enfants (âgés de 9 à 27 ans) et sa femme dans ses aventures maritimes. Cette famille qui constitue aussi son autre lieu de ressourcement. Lorsqu'il nous a reçus, il regrettait d'ailleurs d'avoir égaré dans les cartons cette photo où sa tribu s'affiche fièrement. Il voulait en faire l'un de ses objets fétiches.

L'INGÉNIEUR

La joie de la découverte

Dire que Ronan Stéphan a rêvé toute son enfance de devenir ingénieur serait exagéré. Les classes préparatoires aux grandes écoles, en l'occurrence celles de Sainte-Geneviève à Versailles, ne lui servent « qu'à reporter ses choix de carrière de deux ans », assure-t-il. « À part l'aspect ludique et créatif des mathématiques, peu de chose m'enthousiasmait dans la carrière scientifique », reconnaît aujourd'hui le haut fonctionnaire. Le virus de la science et de la technologie, celui des passionnées, il l'attrapera finalement grâce à sa femme. Sur son insistance, il se rend à la journée portes ouvertes organisée par son école d'ingénieurs, l'Ensicaen (à Caen, Calvados), où il rencontre Bernard Raveau. Ce chercheur, « qui a loupé de peu le prix Nobel en 1987 » selon son disciple, influe tellement sur le jeune Ronan Stéphan que ce dernier décide de dévier complètement le cours de sa carrière. Parti pour devenir un spécialiste de la microélectronique, il opère un revirement complet et embrasse une carrière de physicien jusqu'à passer une thèse de doctorat en matériaux magnétiques et supraconducteurs. Bernard Raveau devient également son mentor. « Il m'a appris à réfléchir scientifiquement, confie Ronan Stéphan. Avec lui, j'ai découvert le bonheur intense de la découverte en arrivant à comprendre comment marche une technologie grâce à une expérience bien menée. »

De ce cursus, plus que des lois physiques ou des théorèmes, Ronan Stéphan retient une posture. « Quand on fait ce métier et que l'on envisage de faire de la recherche, il est nécessaire de garder une sacrée capacité d'étonnement et une forte dose d'humilité. La remise en cause doit être permanente. Il faut accepter d'être surpris par les résultats d'un projet, d'un processus ou d'une technologie. » Et cette attitude, c'est sa formation d'ingénieur qui la lui a apprise.

LE DIRECTEUR

L'innovation comme fil rouge

Le fil rouge de sa carrière, c'est la recherche. Le fil fut plus ou moins tendu selon les fonctions occupées mais il a toujours « baigné dans la réflexion scientifique », comme il le souligne lui-même. Chez Thomson CSF, devenu Thales, il a participé au développement de nouveaux systèmes de mesure. Directeur du technopole Brest-Iroise, il a permis à des jeunes pousses d'accoucher de leurs projets en leur apportant son soutien. Au CNRS, en tant que directeur des relations industrielles et du transfert de technologie, il a contribué à protéger les découvertes réalisées par les laboratoires publics et à les valoriser. Enfin, à la tête de l'université de technologie de Compiègne (poste qu'il occupait encore en juillet dernier), il présidait aux destinées d'une des rares écoles françaises d'ingénieurs possédant sa propre école doctorale.

Sa fonction actuelle de directeur de la recherche et de la technologie au ministère de la Recherche, pourrait être vue comme une synthèse des postes qu'il a occupés. « Je suis à l'interface entre le monde de la formation, de la recherche et de l'entreprise. Je suis là pour créer des synergies », confie, avec une prudence toute politique, l'ancien chercheur. Mais ne lui dites pas qu'il est un haut fonctionnaire, le terme lui hérisse le poil. Il préfère se définir comme « un animateur de synergie. » Le terme un peu aseptisé cache en réalité une mission stratégique pour l'avenir de la recherche en France. « Je dois rendre le système plus efficace pour aller plus loin plus vite », souligne-t-il. En clair : il doit aider les laboratoires français à convertir de manière plus efficace en business leurs découvertes scientifiques en les transférant rapidement à l'industrie.

Et sa méthode, pour relever ce défi, c'est de procéder à un véritable choc culturel : faire travailler des chercheurs du secteur public, habitués à une liberté totale dans leur travail, avec leurs homologues du privé, contraints eux à une certaine productivité. « Je dois réussir à rapprocher ces personnes qui, naturellement, n'ont aucune propension à travailler ensemble », reconnaît-il. Mais la traversée ne lui fait pas peur. « Depuis quelques années, les clivages s'estompent », juge le Breton. Il pourra aussi compter, pour faire passer la pilule, sur un allié de poids : les subsides du grand emprunt. Une partie des fonds a en effet été réservée à la « maturation de la recherche ». Cette manne permettra de déployer de manière plus incitative que coercitive, sa stratégie.

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