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LES 3DIMENSIONS DE François Lacôte VICE-PRÉSIDENT SENIOR D'ALSTOM TRANSPORT

CLÉMENT CYGLER ccygler@industrie-technologies.com

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N'évoquez pas les trains devant lui si vous êtes pressé, il est intarissable sur le sujet. François Lacôte a passé la plus grande partie de sa vie professionnelle à développer et améliorer ce moyen de transport. Au sein de la SNCF, puis d'Alstom, l'ingénieur a dirigé la réalisation et les campagnes d'essais de pratiquement toutes les générations de TGV. Portrait d'un passionné du rail qui cherche toujours quelle innovation supplémentaire il pourrait intégrer à ses bébés d'acier.

Rendez-vous pris au siège de la division transport d'Alstom à Saint-Ouen. À deux pas de la mairie, le quartier des Docks constituera le futur campus ferroviaire de l'entreprise. Dans l'un des trois bâtiments déjà utilisé par l'entreprise depuis 2009 m'attend François Lacôte. Il m'accueille au sixième étage, dans son bureau dont les larges fenêtres offrent une vue panoramique sur Paris et sa banlieue. À côté de la table, la maquette d'un TGV à deux niveaux me met immédiatement sur la voie. Bien assis, je commence un voyage d'une heure et demie à la découverte de l'un des experts ferroviaires les plus reconnus au monde. François Lacôte n'est rien de moins que le père des TGV français. Poussé par sa passion, il a su révolutionner le train pour le rendre à grande vitesse.

L'HOMME

Le goût d'avancer

Souriant, sympathique, François Lacôte ne s'en montre pas moins modeste et réservé. Sur sa vie privée, il ne fournira que peu de détails. Son père et sa mère ont toujours porté une grande importance aux études et à la réussite scolaire. Troisième d'une famille de quatre enfants, il voue une admiration pour sa soeur aînée, normalienne. Maternelle, primaire, collège, lycée et classes préparatoires s'enchaînent paisiblement, et ce, dans le même établissement. Dix-sept années au Lycée Carnot à Dijon ! François Lacôte se décrit comme un élève "good enough". Ses activités extrascolaires, notamment le scoutisme, lui prennent l'essentiel de son temps. Faisant partie de la patrouille des scouts marins, il occupe tous ses après-midi de son année de terminale à construire un véritable bateau au lieu de réviser son bac. Cette expérience du scoutisme va lui faire découvrir sa plus grande passion : la voile. Le mot est lâché. Mon hôte s'anime, porté par son enthousiasme. Il est amoureux de la mer et passe une grande partie de ses temps libres à naviguer entre l'île de Noirmoutier et la Corse. Qu'importe les conditions météorologiques. « La voile a toujours rythmé ma vie. Être seul sur un bateau apprend la modestie face au caractère imprévisible de la mer », philosophe-t-il.

De l'autre passion qui l'anime, il fait son gagne-pain : les trains. L'ingénieur de 64 ans peut parler de son travail pendant des heures. Des dimensions des roues au moindre boulon, en passant par la force motrice, il connaît par coeur toutes les particularités techniques de nombreux trains, comme les TGV Sud-Est et Atlantique. Après plus de trente ans de métier dans le secteur, il aborde toujours le sujet avec les yeux qui brillent. « Quand on est avec François, on ressent tout de suite sa passion pour le ferroviaire. Au Brésil, devant des trains de marchandises de trois kilomètres de long, il arrivait encore à s'émerveiller comme un enfant », raconte Guillaume Vendroux, vice-président en charge de l'ingénierie du matériel roulant ferroviaire pour Alstom Transport.

L'INGÉNIEUR

Une ascension sans accroc

À la différence de beaucoup d'adolescents, François Lacôte savait déjà au lycée ce qu'il voulait faire dans la vie. « L'envie de créer, de produire de nouveaux objets m'a porté pendant toute ma jeunesse et m'a dirigé naturellement vers le métier d'ingénieur », assure-t-il. Après ses classes préparatoires, il compte parmi les derniers reçus à l'École polytechnique, en 1966. Après le premier semestre, il termine 200e sur 300. Honorable. Mais ce classement ne satisfait pas son père qui le pousse à travailler encore davantage. L'étudiant améliorera son classement mois après mois, pour finalement intégrer le prestigieux corps des Ponts et Chaussées, accessible uniquement aux meilleurs de la promotion. De son passage à l'X, il garde aussi le souvenir de la révolte étudiante de mai 1968, pendant sa troisième année. « J'ai soutenu le mouvement. J'y ai participé. Le décalage était fort car, étant à Polytechnique, j'étais quand même considéré comme un militaire. Après quelques mois de chamboulement, la vie de l'école a repris son cours normal », se rappelle-t-il dans un sourire. La sienne s'orientera vers le ferroviaire, un secteur qui le passionne depuis son entrée à l'X. Une voie qu'il a failli ne pas emprunter, ses camarades et professeurs lui affirmaient que ce mode de transport faisait parti du passé.

Après un premier emploi à la direction départementale de l'équipement du Doubs, François Lacôte entre en 1974 à la SNCF. Il y occupera divers postes de direction d'établissements de maintenance du matériel roulant jusqu'en 1981. Un an plus tard, il est nommé responsable des programmes TGV. Il dirige alors la réalisation des générations successives de TGV. Il participe également aux campagnes d'essais qui verront, pour la première fois, un train rouler à plus de 500 km/h. Étonnamment, sa plus belle réussite à la SNCF demeure la conception du TGV Duplex, son bébé. « François Lacôte avait anticipé la saturation du TGV Sud-Ouest et avait déjà commencé à étudier la possibilité d'un train à deux étages pour augmenter la capacité des rames, explique Louis-Marie Cléon qui a longtemps travaillé avec lui. Après avoir résolu le problème d'allégement, nous avons revu le confort et le design pour éviter que ce fabuleux train ne ressemble à ceux de banlieues. » Dans les divers services et départements de la SNCF par lesquels il est passé, les qualités de François Lacôte ont marqué les esprits. « Cet homme n'a pas de points faibles techniques. C'est sûrement l'unique ingénieur européen à avoir des connaissances globales sur toutes les parties du TGV, appuie son ancien collègue. Malgré cela, il a toujours partagé ses réussites avec tous ses collaborateurs. »

LE DIRECTEUR

Un homme de terrain

Seize ans après avoir intégré la SNCF, François Lacôte est nommé directeur du matériel en 1990. Poste à haute responsabilité s'il en est : une centaine d'établissements et environ 25 000 salariés travaillent sous ses ordres. Il franchit une autre marche sept ans plus tard, en devenant directeur du développement international. Il terminera cette ascension avec le poste de directeur de la recherche et de la technologie. « Il a laissé derrière lui l'image d'un homme très simple qui aimait le relationnel. Même en tant que directeur, il gardait un oeil d'ingénieur sur tous les projets et préférait travailler directement avec les architectes et projeteurs », confie Louis-Marie Cléon. Une fois le tour de la maison SNCF achevé, François Lacôte a souhaité relever un dernier défi en intégrant Alstom Transport. Nommé vice-président senior et conseiller technique en 2000, il aide activement au développement de l'AGV, l'automotrice à grande vitesse. Successeur du TGV, ce train est un concentré de technologie dont la principale caractéristique est la motorisation répartie le long de la rame, un moteur sous chaque wagon. Résultats : plus besoin de motrices et davantage de places pour les passagers. Avec l'AGV, François Lacôte est fier d'avoir établi un nouveau record du monde de vitesse sur rail, en avril 2007, à 574,8 km/h. Quelques années lui ont suffi à devenir indispensable aux yeux de son nouvel employeur. À la mise en service du TGV Corée, des problèmes de confort dus au ballottage sont survenus. Personne n'a réussi à les résoudre. Notre expert ferroviaire s'est donc rendu sur place. En quelques heures seulement, il a trouvé la solution : reconcevoir les roues. « Grâce à ses connaissances techniques et sa culture générale, ce promoteur d'innovations tire l'entreprise vers l'avant, confie Guillaume Vendroux. Sa grande capacité d'écoute lui permet, en plus, de rester toujours ouvert aux propositions des autres. » Lorsqu'il explique qu'à son âge il finira évidemment sa carrière chez Alstom Transport, il ne faut pas entendre qu'il est sur le départ. Il sera en retard pour partir à la retraite. Au bout du quai de sa carrière, François Lacôte attend, aussi confiant qu'impatient, le train qui l'emmènera à plus de 600 km/h.

SES 3 DATES

1966 Il entre à l'École polytechnique. Il intégrera à sa sortie le corps des Ponts et Chaussés 1982 Il est nommé responsable des programmes du TGV au sein de la SNCF 2000 Il devient vice-président senior chez Alstom Transport

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