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LES 3 DIMENSIONS DE LOUIS BON

CHARLES FOUCAULT
Chef du projet Pazflor de Total, Louis Bon a consacré ses trois dernières années à mener à bien la construction et la mise en place de cette énorme plate-forme d'exploitation pétrolière, installée au large de l'Angola. Un projet de 9 milliards de dollars réalisé dans les délais. C'est cette réalisation exemplaire qui a valu à ce fidèle de Total, le prix de l'ingénieur de l'année. Entré chez le pétrolier en 1980, Louis Bon n'en est pas à son coup d'essai et reste plein d'envies.

Louis Bon se diagnostique en « dépression postnatale. » Cela ne lui enlève ni son sourire, ni son chaleureux accent du sud, mais il a tout de même hâte de se retrouver sur un autre projet. C'est que son dernier bébé, il s'y est attaché et il doit désormais le laisser. Pazflor, tel est son nom. Louis Bon a encadré le développement de cette plate-forme d'exploitation de pétrole, de sa genèse jusqu'à son inauguration, en novembre. Elle a commencé à pomper du pétrole dans le sous-sol sous-marin angolais en août 2011. Pour ce projet industriel démentiel exécuté d'une main de maître, Louis Bon a reçu l'un des prix des ingénieurs de l'année 2011. « Une très agréable nouvelle » a commenté l'intéressé, peu expansif avant d'exprimer la fierté pour toute son équipe et de souligner un travail exceptionnel, réalisé sur un projet au budget faramineux et aux délais serrés. Il a enfin remercié ses collaborateurs pour la passion constante qui les a animés au long des trois ans qu'aura duré leur aventure commune. Mais qui se cache derrière ce discret rassembleur ?

L'HOMME

Travailleur et voyageur

Louis Bon ne veut manifestement pas sortir de son costume de responsable du projet Pazflor. La réponse à toute question personnelle nous ramène à son travail. Son goût immodéré pour le voyage est la seule chose sur laquelle il semble prêt à s'étendre. Son père, capitaine au long cours, et sa mère, agente immobilière puis tenancière d'un magasin de vêtements, emmenaient Louis, adolescent, avec eux en voyage. Ainsi ont commencé ses rêves d'expatriation. Il découvrira plus tard à quel point vivre à l'étranger est différent de voyager. Travailler avec des cultures variées implique une large ouverture d'esprit. Louis Bon adore devoir faire cet effort. C'est pourquoi, une fois son diplôme d'ingénieur des mines en poche, il part en quête d'exil. Un succès puisqu'avec Total, il a vécu en Norvège, en Grande-Bretagne, à Abu Dhabi, au Japon et en Angola. Et voilà, nous reparlons boulot. C'est parce que « quand je m'implique, je m'implique à fond », explique-t-il. Et c'est sans doute pour cela que Total lui a proposé toutes ces missions. Louis Bon est flexible. Il travaille beaucoup, même le week-end. « Je vais par exemple sur la plate-forme en Angola le samedi, pour ne pas gêner les relèves », illustre-t-il. Et lorsqu'il n'est pas à l'autre bout du monde, dans un aéroport ou entre deux, il quitte son bureau vers 19 heures... mais retravaille chez lui. « Il vous a parlé de sa femme ? », me demande Gilles Frécaut, ami de Louis Bon depuis l'École des mines. À peine. Révélateur de la discrétion de notre homme. « Elle est essentielle pour lui. Elle l'a accompagné dans toutes ses expatriations », reprend l'ancien camarade de promo avant de conclure : « Il est comme ça Louis, jamais on ne l'entend se vanter, jamais on ne l'entend se plaindre. »

L'INGÉNIEUR

Fidèle et expatrié

Dès 10 ans, le petit Louis, affirmait qu'il serait ingénieur « sans vraiment savoir ce que c'était. » À l'école, à Marseille, il s'éclate sur les exercices de maths. En dehors, les kits de construction électroniques le passionnent. La mention bien au bac C est évidente. Il entre en prépa au lycée Thiers, à Marseille toujours, puis intègre l'École des mines où « c'est beaucoup moins dur. C'est un peu dommage, pense-t-il aujourd'hui. On surtravaille puis on a tendance à lever le pied alors que l'État nous paye des études de haut niveau. »

Une fois diplômé, Louis Bon veut « faire de la technique dans une grande entreprise internationale. » Il écrit à Total, Peugeot, Dassault... Il entre chez le pétrolier en 1980, à 23 ans. À 54 ans, il y est toujours. Durant ses deux premières années, à Paris, le jeune ingénieur procédé conçoit des installations de traitement de pétrole et de gaz. Puis, ça y est : première expatriation. Elle sera nordique. Louis Bon s'occupe de la mise en application des installations de traitement pour l'exploitation de l'immense gisement de gaz naturel Frigg, situé en mer du Nord. Après un bref retour en France, il rejoint le chantier de construction avant démarrage d'une plate-forme au Royaume-Uni, entre 1985 et 1989. C'est à Abu Dhabi qu'il fait ses gammes de manager. Il est nommé responsable du département Procédés pour assistance aux opérations, sur une usine de gaz. Il y encadre cinq ingénieurs. Dans le récit de sa carrière ascensionnelle, c'est ici que Louis Bon marquera son seul bémol. La guerre du Golfe éclate, lui, sa femme, leur fille de deux ans et leur fils de... sept jours sont rapatriés d'urgence et se retrouve à Paris, sans logement. À Abu Dhabi, on lui fait comprendre qu'il doit revenir. « En quelques semaines tout est devenu très compliqué. Ça m'a déstabilisé », résume-t-il. Il plie mais ne rompt pas. Il finit par repartir finir sa mission au Moyen-Orient.

Ensuite, Louis Bon fait la demande de rejoindre le métier Projet. En France puis au Japon, Total le fait travailler sur le développement de Qatargas, compagnie produisant du gaz naturel liquéfié. Sa carrière prend une dimension supérieure lorsqu'il devient l'adjoint de Jean-Pierre Vedrenne, directeur du projet South Pars, un site d'exploitation offshore de gaz naturel en Iran. D'abord marqué par la réserve de son nouvel associé, Jean-Pierre Vedrenne est rapidement très agréablement surpris. « J'ai été impressionné par son intelligence, ses compétences dans son métier d'ingénieur et par sa fiabilité hors pair, » décrit ce dernier, désormais à la retraite. Louis Bon se rappelle des nombreuses embûches de la mission : « C'était le premier projet en Iran depuis la révolution islamique, le pays était sous embargo américain. Il nous a fallu trouver des entrepreneurs acceptant de travailler là-bas, négocier avec le pouvoir iranien... Tout en respectant les coûts et les délais ! »

LE CHEF DE PROJET

Serein et directif

À la façon dont il déroule le fil de ses expériences, son arrivée, en 2008, à la tête du gigantesque projet Pazflor semble couler de source. Pazflor n'est rien de moins que le plus gros bateau du monde. 325 mètres de long, 65 de large, 120 000 tonnes. Ancré à 150 kilomètres des côtes angolaises, la plate-forme (ou FPSO, pour Floating production storage and offloading) extraira à terme 220 000 barils de pétrole par jour. Bref, un projet colossal de 9 milliards de dollars. S'il a moins mis les mains dans le cambouis qu'à ses débuts, Louis Bon considère tout de même Pazflor comme sa plus belle réalisation technique. Il est particulièrement fier de l'innovation que représentent les trois SSU (Subsea separation unit). Ces systèmes de 13 mètres de haut pour 3,5 mètres de profondeur séparent les gaz et les liquides par 800 mètres de profondeur. Une première mondiale (voir page 12).

Entre les États-Unis, le Mexique, la Norvège, la Corée, l'Angola, Pau et Paris, Louis Bon a passé ses trois dernières années à superviser les 350 employés de ce projet, un chiffre qui atteint 4 500 en incluant les sous-traitants. Dans sa bouche, cela paraît si simple : « Je m'assure que ces gens sont organisés, qu'ils travaillent bien ensemble, qu'ils suivent le même planning. » Il a fallu aussi maintenir de bonnes relations avec la direction des trois autres entrepreneurs du projet (Statoil, Esso et BP), qui ont investi 5 milliards de dollars, ainsi qu'avec Sonangol, entreprise d'état angolaise, concessionnaire des ressources de pétrole et de gaz du pays. La sérénité qu'affiche Louis Bon y est pour beaucoup dans sa capacité à mener à bien et dans les temps un projet de cette ampleur. Serein n'est pas laxiste. Notre homme se décrit volontiers « directif et autoritaire quand les circonstances le demandent. »

Maintenant que son bébé marche seul, il rêve déjà à de nouveaux horizons. Pour le moment, il a pris en charge la direction adjointe sur les métiers opérations de forage, contrats, achats et logistique, au siège de Total, à Paris. « Mais j'espère repartir sur un projet encore plus gros », sourit-il. Les projets Chtokman en Russie et Ichtys en Australie se chiffrent entre 20 et 40 milliards de dollars. D'autres suivront. Et Louis Bon repartira. C'est clair... comme de l'eau de roche.

SES 3 DATES CLÉS

Janvier 1980 - Entrée chez Total Janvier 1991 Évacuation d'Abu Dhabi car la guerre du Golfe débute Août 2011 - Démarrage de Pazflor

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