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LES 3 DIMENSIONS DE Jérôme Frantz DIRECTEUR GÉNÉRAL DE FRANTZ ELECTROLYSE

HUGO LEROUX

Ancien avocat, Jérôme Frantz a choisi de se lancer dans la technologie en reprenant les rênes de l'entreprise familiale de traitement de surface. Président de la Fédération des industries mécaniques, il entend se servir de sa verve et de son expérience industrielle pour porter la voix d'une industrie qui continue à innover et n'a pas dit son dernier mot.

Parcours atypique que celui de Jérôme Frantz. Avocat spécialisé en droit de la presse, puis en risque industriel, l'homme a retroussé les manches de sa robe pour rejoindre les usines. Patron de la PME familiale Frantz Electrolyse, spécialisée dans le secteur très technique du traitement de surface, il s'est fait porte-voix de l'industrie en devenant président de la Fédération des industries mécaniques (FIM). Joli résultat pour un homme qui s'est juré de « changer de métier tous les 10 ans » durant sa jeunesse. De ce parcours peu linéaire, cet énergique quinquagénaire a aussi hérité une grande curiosité intellectuelle.

 

L'HOMME

 

Poil à gratter

S'il a mis les mains dans le cambouis en se mêlant de mécanique chez Frantz Electrolyse, on sent d'abord l'avocat en Jérôme Frantz. Un sens de la bonne formule, une élocution patricienne... Une prestance qui l'aide dans ses fonctions de dirigeant d'une entreprise industrielle et de porte-parole des professionnels de la mécanique.

La partie n'était pourtant pas gagnée : l'homme ne s'est jamais satisfait d'un parcours tracé d'avance. Après une fugue à 17 ans, Jérôme Frantz se prend d'affection pour les rebelles et les têtes brûlées. Au lycée, il est plus assidu dans la découverte du maoïsme et la fréquentation des bas quartiers de Paris que dans les études scientifiques. « Il sait d'où il vient. Il en garde un côté iconoclaste, jamais satisfait de l'ordre établi. Le rôle de poil à gratter, c'est pour lui », résume son ami Thierry Tronzolai, qui l'a côtoyé au Medef. Sa désinvolture lui vaudra un grand chelem au bac, avec une progression de « 1 en maths, 2 en physique et 3 en sciences naturelles ». Il décroche finalement un bac littéraire et s'ouvre les portes de la fac de droit « un peu par hasard ». Il optera pour un DEA de droit de la propriété littéraire, artistique et industrielle, qui lui vaut de s'intéresser à la fois aux droits d'auteur - son domaine de prédilection - et aux brevets.

À la fac de droit, il rencontre sa femme Valérie. Sous son influence, la fureur de vivre mue en foi. « Cette foi trouvée sur le tard est devenu le moteur de ma vie », confie Jérôme Frantz. Pas angélique pour autant, il exècre encore le ceremonium religieux, préférant s'accrocher aux valeurs d'amour et d'échange.

 

L'INDUSTRIEL

 

En première ligne

Après plusieurs années en droit de la presse, Jérôme Frantz intègre en 1988 un cabinet d'avocats en risque industriel et droit des assurances. Dans ce monde pointilleux, il privilégie rapidement l'investigation de terrain sur l'étude approfondie du code des assurances. Le jeune avocat devient expert dans l'art d'éclaircir les causes des sinistres. Une gymnastique intellectuelle bien à part : « Je gagnais mes affaires sur la vulgarisation, car une grande partie du job consistait à faire comprendre la situation à des magistrats absolument novices en la matière », se souvient-il. Son goût pour l'aspect technique des affaires dont il se charge le prépare déjà à l'aventure industrielle.

Quatre ans plus tard, son père lui tend la main pour relancer la société familiale, Frantz électrolyse, qui produit principalement des pièces pour l'industrie automobile. « Je m'étais promis de ne jamais travailler en famille », rigole Jérôme Frantz. L'avocat s'embarque pourtant dans la direction de l'entreprise créée par son grand-père. Il est nommé directeur général en 1995 « sans aucun mal à s'acclimater » à ce secteur d'activité très technique.

Jérôme Frantz accompagnera la société pour le meilleur et pour le pire. En période faste d'abord, où elle passe de 60 à 260 salariés. « Je m'efforçais de structurer l'esprit d'entreprise et la collaboration entre les différents services », explique-t-il. Surtout, il restera en première ligne pour relancer la machine productive et le carnet de commande suite aux deux épreuves de Frantz Electrolyse : l'incendie de deux lignes de production de l'usine en 2003 et une dégringolade du chiffre d'affaires liée à la crise de 2008.

 

LE MANAGER

 

Sur tous les fronts

Sous la casquette du chef d'entreprise, ses collaborateurs saluent un homme ouvert, qui a la fibre du consensus. « Il renvoie une image impliquée et proche des gens. Il privilégie toujours le dialogue entre les différents partenaires sociaux », raconte Jean-Marie Lascombes, le directeur de l'usine Frantz Electrolyse. « C'est symbolique car il reste patron. Mais c'est important dans l'adversité ». Lorsque l'incendie de 2003, heureusement sans conséquences funestes, ampute le chiffre d'affaires du groupe, Jérôme Frantz déploie sa diplomatie à rassurer ses employés. « C'était l'incertitude. Un groupe d'ouvriers est venu me voir spontanément pour me dire : « Ne nous laissez pas tomber ! » Cela m'a permis de pas décrocher alors que beaucoup de cadres ont lâché prise », se rappelle-t-il avec émotion.

En parallèle de son « gagne-pain », Jérôme Frantz s'implique également dans différents mandats. Il tisse sa toile entre les syndicats professionnels (FIM, Groupement des industriels fournisseurs de l'automobile, et Union des industries du traitement de surface), patronaux (Medef des hauts de Seine) ou économiques (Chambre de commerce et d'industrie de Paris). Avec toujours cette obsession de faire avancer le collectif : « au sein d'une organisation syndicale, mieux vaut parler d'une voix et avancer vers un même objectif. Sinon, chacun défend son bout de gras », insiste Jérôme Frantz. Ses prises de position parfois à rebrousse-poil ne lui valent pas que des amis. « Il a consacré beaucoup d'énergie à combattre les querelles de clocher et les petites baronnies pour unifier le Medef des Hauts de Seine. Forcément, il a rencontré quelques réticences », se rappelle Thierry Tronzolai.

Au sein de la FIM, l'ex-avocat plaide pour la réorganisation de la filière. Il aime à filer la métaphore du « chasser en meute », chère à son ami Pierre Gattaz, président du Groupe des fédérations industrielles (GFI). Son credo : décloisonner les métiers de la mécanique française. « Il faut structurer l'offre des PME pour accompagner efficacement les grands donneurs d'ordres dans la chasse aux contrats internationaux », soutient-il.

Également en première ligne sur la question de l'innovation, Jérôme Frantz montait récemment au créneau au côté du Centre technique des industries mécaniques (Cetim). Il dénonçait le plafonnement de la taxe professionnelle appliquée, qui fait peser une ombre sur le financement des centres techniques. Au rang des sujets d'avenir, il insiste volontiers sur la robotisation des usines ou la mécatronique. Pour cette dernière, il opère un rapprochement avec la Fédération des industries d'électrique, électronique et communications (Fieec). « Les solutions de demain sont forcément dans nos usines, puisque nous sommes transformateurs de matière », martèle Jérôme Frantz.

Son autre cheval de bataille : l'attractivité des métiers de la mécanique. « C'est le premier employeur de France. C'est un secteur d'excellence industrielle, la sixième force au niveau mondial. Mais il n'est pas reconnu à sa juste valeur », déplore Jérôme Frantz, qui rêve d'attirer les talents vers sa filière. À la tête de la FIM, il a inauguré en juin une campagne de communication pour promouvoir la filière. « La mécanique est à l'origine de toutes les pièces industrielles, regardez autour de vous ! » Un brin iconoclaste, Jérôme Frantz invoque la « présence diffuse de la mécanique ». La discipline a peut-être trouvé son apôtre.

 

SON GOÛT POUR L'ASPECT TECHNIQUE DES AFFAIRES DONT IL SE CHARGE LE PRÉPARE DÉJÀ À L'AVENTURE INDUSTRIELLE.

LA MÉCANIQUE EST LE PREMIER EMPLOYEUR DE FRANCE. C'EST UN SECTEUR D'EXCELLENCE INDUSTRIELLE.

" La mécanique est à l'origine de toutes les pièces industrielles, regardez autour de vous ! "

 

SES 3 DATES

1983 DEA de droit de la propriété littéraire, intellectuelle et artistique 1995 Directeur général de Frantz Electrolyse 2010 Président de la Fédération des industries mécaniques

SES 3 OBJETS FÉTICHES

SON COUTEAU LAGUIOLE L'un des premiers cadeaux de son épouse, il y a un peu plus de trente ans. Il l'accompagne partout et représente pour lui une image de la fidélité. LA PHOTO DE SA GRAND-MÈRE Il garde toujours auprès de lui « ce visage qui exprime l'amour ». Il a agrémenté la photo d'un petit texte, écrit en sa mémoire, pour se replonger dans des souvenirs agréables. SON OURS EN PELUCHE C'est un clin d'oeil à l'enfance, et également une image de la fidélité.

VIDÉO

Découvrez la campagne de communication de la FIM : « La mécanique, bien plus qu'une industrie » à travers son site et ses vidéos dédiés. sur www.industrie-technologies.com

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