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Le vivant, nouveau matériau de construction d'Autodesk

Le vivant, nouveau matériau de construction d'Autodesk

Essai d'impression 4D grande échelle dans une piscine. En noir, l'objet imprimé, et de haut en bas et gauche à droite, son repliement progressif dans l'espace. Autodesk a aidé à modéliser la structure.

© Skylar Tibbits, The Self-Assembly Lab, MIT Shelly Linor & Daniel Dikovsky, Education & Research & Development, Stratasys Carlos Olguin, Bio/Nano Programmable Matter Research Group, Autodesk

A la tête du groupe Bio/Nano/Matière programmable d'Autodesk, Carlos Olguin est un peu un électron libre au sein du géant du logiciel américain. Avec un fonctionnement proche de l'esprit start-up, son équipe assure au groupe une avance et une implication dans toutes les recherches qui mêlent informatique et sciences du vivant : impression 3D, biologie de synthèse, design génératif... La matière vivante n'est certes pas un matériau de construction comme les autres, mais Carlos Olguin a bien l'intention d'aider à ce que cela le devienne.

Pourquoi Autodesk ne commence à s’intéresser qu’aujourd’hui à la bio et à la nanoingénierie ?

Carlos Olguin : La création du groupe Bio/Nano/Matière programmable il y a 3 ans chez Autodesk est liée à la convergence de quatre tendances technologiques actuelles : la biologie synthétique ; la mouvance des « makers », qui fait appel à l'impression 3D ; la révolution du cloud computing qui donne à chacun une puissance de calcul informatique énorme avec des moyens limités ; et enfin l’évolution de la fabrication vers le design génératif, qui permet de produire bâtiments et objets à partir d’algorithmes. Notre existence montre la volonté d’Autodesk non seulement de contribuer à ces tendances, mais aussi de les diriger.


Autoassemblage d'une structure conçue par Skylar Tibbits, du Massachusetts Institute of Technology, et le groupe Bio/Nano/Matière programmable d'Autodesk, pour former le sigle de l'institut américain. Ce nouveau champ de recherche a été baptisé "impression 4D".

Comment Autodesk peut capitaliser sur ses acquis pour ce champ de recherche inédit ?

CO : A l’origine du groupe et avant la création d’une plate-forme logicielle dédiée, le Project Cyborg, nous avons utilisé le logiciel Maya d’Autodesk et en particulier l’outil Nucleus, qui sert normalement à créer des effets spéciaux spectaculaires (chute de constructions, explosions…) pour Hollywood, à partir de la modélisation de l’interaction de particules soumises à une contrainte. Là où Nucleus créait auparavant du chaos, nous avons détourné l'outil et utilisé le même moteur, avec des contraintes différentes, pour créer de l’ordre et de la matière, par exemple une structure de molécule capable de se lier à un récepteur spécifique.


Exemple de molécule modélisée par l'équipe Bio/Nano/Matière programmable d'Autodesk : un nanovecteur thérapeutique
Crédit : C. Strong, G. McGill et S. Douglas avec Molecular Maya et cad nano

Quel est votre business model ?

CO : L’équipe que je dirige se distingue des autres groupes de recherche d’Autodesk, car nous n’avons pas de secteur d’application direct. Nous fonctionnons sur la base du partenariat avec d’autres groupes de recherches ou des sociétés, comme l’américain Organovo, qui produit des tissus en 3D. Bien sûr, nous ne voulons pas fermer les yeux sur des opportunités de marché…

Croyez-vous réellement en l’essor de la biologie synthétique ?

CO : La biologie synthétique s’apparente de moins à moins à du hacking mais bien à une véritable ingénierie du vivant. Il y a des spécialistes de cette discipline partout dans le monde, y compris en France. Des recherches récentes nous rappellent combien elle est importante, comme la production d’insuline synthétique pour les personnes diabétiques. Il y a aussi le concours Igem, où les lycéens font preuve d’une incroyable créativité. Je me souviens ainsi d’une étudiante turque qui proposait d’incorporer des bactéries produisant une protection solaire dans une crème cosmétique. Il y a encore des questions éthiques liées à cette discipline, comme l'utilisation d'organismes génétiquement modifiées.


Exemple de travail réalisé par la microbiologiste Jessica Green dans le cadre du Project Cyborg : caractérisation de la flore bactérienne dans des bâtiments de bureaux BiomeView
Avec la courtoisie de : Senior TED Fellow Jessica Green et Bio/Nano/Programmable Matter Group, Autodesk Research

Comment vos travaux peuvent se traduire dans le monde matériel ?

CO : Je vois au moins deux applications à plus ou moins moyen terme. Le premier, via notre collaboration avec Organovo, est la mise au point d’applications pour l’impression 3D de tissus. Nous voulons toucher toute la communauté de la bioimpression, et également ceux qui veulent produire par ce procédé des biomatériaux. Ensuite, nous avons aussi un partenariat avec un important acteur de l’industrie aéronautique, pour fabriquer des composants entièrement nouveaux pour l’espace. Mais je ne peux pas en dire plus pour le moment…

Propos recueillis par Ludovic Fery

Page personnelle Autodesk de Carlos Olguin : http://www.autodeskresearch.com/people/carlosolguin

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