Nous suivre Industrie Techno

Le verre recèle d'incroyables ressources

MURIEL DE VÉRICOURT mvericourt@industrie-technologies.com
Le verre recèle d'incroyables ressources

Il se teinte à volonté pour un meilleur confort lumineux et thermiqueLe verre développé par Saint-Gobain change de couleur par un procédé d'oxydation-réduction déclenché par le passage du courant.

© D.R.

S'obscurcir à volonté, changer d'aspect, résister aux effractions, protéger du chaud et du froid, réfléchir les rayons du soleil, émettre de la chaleur ou de la lumière : telles sont quelques-unes des prouesses qu'une simple fenêtre peut désormais accomplir grâce aux progrès des technologies de fabrication des produits verriers. Une sophistication croissante, qui pourrait révolutionner l'aspect des bâtiments et des véhicules de demain. Plongée dans ce monde en transparence avec un homme qui lit l'avenir dans le verre.

IT - Avec l'émergence de nouveaux matériaux comme le polycarbonate dans l'automobile, on pourrait penser que le verre est une espèce menacée...

Jean-Pierre Floris. Ce n'est pas du tout le cas. Ce matériau est irremplaçable. Le coût d'un vitrage en plastique transparent traité antirayure est considérable ! Pour des applications de transparence dans le bâtiment ou le packaging pour des bouteilles, le verre est la solution la moins chère. Je suis prêt à parier que ce sera toujours le cas dans cinquante ou cent ans.

IT - Mais son poids est un handicap...

J.-P. F. On ne pourra bien sûr pas changer la densité du verre. En revanche, dans le bâtiment, on peut injecter du gaz dans les fenêtres et, dans les véhicules, contrôler avec précision le bombage donc l'épaisseur des pare-brise. Et certaines technologies de production permettent d'améliorer la résistance du verre, donc d'utiliser un produit moins lourd mais aussi résistant que son équivalent en verre classique.

IT - Saint-Gobain a récemment multiplié les annonces autour de la production d'énergie solaire. Le soleil est-il l'avenir du verre ?

J.-P. F. Le solaire est en effet un débouché important pour le verre. Notre objectif est de générer dans ce secteur un chiffre d'affaires de l'ordre de deux milliards d'euros en 2014. Et dès l'an prochain, nous envisageons de doubler nos capacités de production en Europe dans ce domaine. Par ailleurs, les avancées faites dans ce cadre peuvent irriguer l'innovation dans le bâtiment, en améliorant les propriétés de transparence et d'antireflet, notamment.

IT - Justement, quelles propriétés seront, demain, embarquées dans nos vitres ?

J.-P. F. Les innovations les plus prometteuses sont celles qui concernent l'amélioration de l'efficacité énergétique. En Europe, 40 % de la consommation énergétique est dédiée aux bâtiments. Un double vitrage à isolation thermique renforcée par une couche métallique jouant le rôle de barrière thermique isole six fois mieux qu'un vitrage basique. Quant aux triples vitrages, dont la part de marché en France est inférieure à 6 %, ils isolent encore deux à trois fois mieux. Demain, avec ces technologies, les surfaces vitrées auront des performances énergétiques comparables à celles d'un mur opaque. La destruction des polluants de l'air à la surface du verre, grâce à des couches agissant sous l'action des rayons UV, fait également partie de nos recherches. À quoi il faut rajouter l'isolation phonique, dont sont déjà capables les verres feuilletés PVB (schématiquement, un "sandwich" de vitres et de plastique). Nous travaillons aussi sur l'amélioration du confort. Je pense par exemple à l'électrochrome (lire l'encadré en page 92), aujourd'hui cinq à dix fois plus cher qu'un vitrage classique, mais dont le prix pourrait diminuer si l'industrialisation des process est au rendez-vous. À mon avis, ce produit peut devenir grand public. Contrairement, peut-être, à d'autres innovations comme les verres chauffants, plutôt réservés à une clientèle attirée par le design.

IT - C'est une activité moins connue du grand public mais vous êtes aussi un important fournisseur du secteur automobile. Quels sont les effets, pour Saint-Gobain, de la vague écologique qui bouscule les constructeurs ?

J.-P. F. Sur le volet environnemental, nous imaginons là aussi des verres thermiquement isolants pour les toits ou les pare-brise capables de réfléchir le soleil afin d'éviter que le véhicule ne se transforme en fournaise. Mais, pour nous, le véhicule du futur inclura une technologie pour laquelle la demande ne cesse d'augmenter : les systèmes d'aide à la conduite, avec une image qui vient s'afficher sur le pare-brise. Ce qui implique une grande précision dans la fabrication pour ne pas déformer l'image projetée. La révolution verrière dans l'automobile passera aussi par la réduction de l'épaisseur des vitrages, garante de diminution du poids du véhicule et donc d'économie d'énergie. Cet élément prendra encore plus d'importance si les voitures électriques prennent leur essor.

IT - Vous proposez aussi une gamme de produits émettant de la lumière. Les lampes de demain seront-elles des parois vitrées ?

J.-P. F. L'éclairage est un énorme marché de masse. Les solutions passant par un support de verre ne seront pas moins chères que les LED. Mais l'atout design devrait jouer. Nous avons notamment des projets à long terme visant à déposer des LED organiques sur du verre, afin que le verre devienne support de lumière. Même si nous abordons ce créneau comme un prolongement de nos technologies de dépôt de couche, l'éclairage constituera un vrai saut technologique pour l'industrie du verre.

IT - Faut-il également s'attendre à des révolutions dans les procédés de production des vitrages ?

J.-P. F. L'efficacité énergétique de ce process pourrait être bien meilleure à l'avenir. Chez Saint-Gobain, nous travaillons aussi sur le recours à des énergies de remplacement, par exemple en faisant des essais sur des fours alimentés en partie par de la biomasse. Alors qu'aujourd'hui, le mix énergétique ne repose que sur le fuel, le gaz et l'électricité.

IT - Quels facteurs pourraient stimuler ou au contraire freiner l'innovation dans votre secteur ?

J.-P. F. La sophistication de la demande vient souvent des normes. C'est moins le cas pour le contrôle solaire, parce que les particuliers en retirent un avantage très perceptible en termes de confort. En revanche, la recherche systématique d'une meilleure isolation thermique et l'essor du triple vitrage devraient être favorisés par l'évolution de la réglementation, telle que nous pouvons l'anticiper. Idem pour la sécurité et la demande en produits très résistants comme les verres laminés ou laminés trempés. L'autre aspect concerne les goûts de nos clients. Aujourd'hui, le design privilégie un maximum de verre en façade et les architectes cherchent à ouvrir le plus possible leurs bâtiments. Si cette situation perdure, elle continuera à constituer un encouragement à la mise au point de nouvelles technologies dans notre industrie. Quant au secteur de l'automobile, le vitrage, et plus particulièrement le pare-brise, y est un élément très important de différenciation, ce qui constitue également un moteur pour l'innovation. Produire des verres est à la portée de tous, mais produire des verres aux propriétés très particulières ne sera l'apanage que d'une poignée d'industriels. Tout l'enjeu consiste à améliorer les performances de ces produits sophistiqués en diminuant leur coût de revient. Cela passera par la recherche et par une industrialisation à grande échelle.

SES 5 DATES CLÉS

1982 Ingénieur des Mines, il devient directeur industriel de Saint-Gobain Desjonquères. 1985 Il quitte le groupe pour présider les activités flaconnage et bouchage plastique du groupe d'emballage Carnaudmetalbox. 1996 Retour chez Saint-Gobain, comme directeur de l'activité flaconnage de la branche conditionnement et PDG de Saint-Gobain Desjonquères. 1er mars 2008 Il est nommé directeur général adjoint de la Compagnie de Saint-Gobain. 1er janvier 2009 Il devient directeur du pôle matériaux innovants (matériaux haute performance et vitrage).

SAINT-GOBAIN

Spécialiste des matériaux de construction, le groupe Saint-Gobain, au chiffre d'affaires de 43,8 milliards d'euros en 2008, affiche une politique de recherche et développement volontariste, avec un effectif de 3 500 personnes et plus de 300 brevets déposés chaque année.

Il se teinte à volonté pour un meilleur confort lumineux et thermique

Des vitres que l'on peut obscurcir grâce à un simple interrupteur : c'est ce que permet l'électrochrome, grâce à de fines couches de tungstène déposées sur le verre. Elles changent de couleur par un procédé d'oxydation-réduction déclenché par le passage du courant, acheminé par de minuscules fils incorporés dans le vitrage. Testé dans des bureaux de Saint-Gobain situés au sud de Madrid, ce dispositif a permis un moindre recours à la climatisation et à l'éclairage, d'où une baisse de la consommation énergétique de 30 à 50 % (soit 150 kWh par m² de verre et par an), selon des mesures effectuées pendant dix mois par Schneider Electric. « Pour moi, c'est le verre ultime, qui améliore le confort lumineux et thermique. Il devrait être largement répandu dans le bâtiment d'ici à cinquante ans », estime Thomas Bertin Mourot, le directeur de Quantum Glass, le label sous lequel Saint-Gobain a rassemblé ses technologies verrières innovantes. Prochaine étape : coupler ce vitrage à un système de contrôle automatique prenant en compte la luminosité extérieure.

vous lisez un article d'Industries & Technologies N°0916

Découvrir les articles de ce numéro Consultez les archives 2009 d'Industries & Technologies

Bienvenue !

Vous êtes désormais inscrits. Vous recevrez prochainement notre newsletter hebdomadaire Industrie & Technologies

Nous vous recommandons

La créativité à la chaîne

La créativité à la chaîne

Pleins phares sur la créativité industrialisée. Pour systématiser la mise sur le marché de biens innovants, les industriels devraient s'inspirer de[…]

Obsolescence : faut-il souhaiter longue vie aux produits ?

Obsolescence : faut-il souhaiter longue vie aux produits ?

Errare tecnologicum est

Errare tecnologicum est

Faut-il manipuler le climat ?

Faut-il manipuler le climat ?

  • Nous suivre