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Interview

"Le végétal n'est pas forcément biodégradable"

Thomas Blosseville

Jean-François Rous est le directeur innovation de Sofiproteol.

© DR

Jean-François Rous est le directeur innovation de Sofiproteol, spécialiste français des huiles et protéines végétales. Pour notre dossier de novembre, consacré à la chimie du végétal, il présente les promesses technologiques de cette filière émergeante.

Industrie & Technologies : Qu'est-ce qui différencie la chimie du végétal de son alter ego pétrochimique ?

Jean-François Rous :
Par définition, le pétrole est un ensemble complexe de molécules tels que des aromatiques ou des hydrocarbures. Ces derniers sont des combinaisons de carbone et d'hydrogène. Les molécules issues du végétal contiennent aussi de l'oxygène. Sa présence donne potentiellement accès à des molécules différentes ou permet de produire autrement les mêmes molécules que celles traditionnellement produites à partir du pétrole. Pour faire quoi ? Des produits formulés, notamment des tensioactifs, des solvants, ou des intermédiaires de synthèse. Ils seront transformés pour fabriquer des polymères, comme des polyamides, des polyesters... Il est à noter qu'après transformation, le végétal n'est pas forcément biodégradable. Alors que certains polyesters d'origine fossile le sont. La seule vraie différence entre pétrole et végétal est le caractère renouvelable de la biomasse. C'est son intérêt majeur.


I&T : A condition de développer de nouveaux procédés...

JFR : De façon très générique, on peut qualifier la pétrochimie de chimie d'oxydation. Elle consiste à rajouter de l'oxygène pour obtenir les propriétés souhaitées. Avec le végétal, il est déjà présent. Il faudra éventuellement, si besoin, apprendre à en enlever une partie. De toute façon, on ne remplacera pas entièrement le pétrole par la biomasse. A terme, ce serait déjà bien si le végétal représentait un quart de la matière première utilisée par le secteur de la chimie.


I&T : Sur quelles ressources Sofiproteol travaille-t-il ?

JFR : Nous travaillons sur les ressources oléagineuses, principalement le colza et le tournesol. Après pressage des graines, on obtient des protéines pour l'alimentation animale et des huiles. Dans la chimie, ces huiles peuvent être utilisées directement ou bien subir une transestérification, qui conduit à des esters et du glycérol. Ce dernier est considéré comme une molécule "plate-forme" tel que le propylène issu du pétrole. Les esters d'acides gras peuvent offrir de nouvelles fonctionnalités. Ainsi les huiles européennes de colza et de tournesol permettent d'obtenir de longues chaînes carbonées. C'est le cas de l'acide oléique, avec 18 atomes de carbone. On peut en tirer des propriétés spécifiques de mise en forme ou de résistance aux solvants.


I&T : Quel est le principal défi de la chimie du végétal ?

JFR :
Pour des applications en chimie, il s'agira de l'homogénéité de la matière. L'un des enjeux est de mettre au point des matières premières stables dans le temps, quelque soit le champ d'où est extraite la ressource. Sofiprotéol le fait déjà pour le Diester. C'est normal qu'il y ait des variations dans les cultures. Mais Sofiprotéol assure une complète traçabilité des graines. Et nous adaptons nos procédés lors du pressage des graines et de la transestérification des huiles.

Propos recueillis par Thomas Blosseville

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