Nous suivre Industrie Techno

Le textile technique tisse sa R & D

Sonia Pignet

Sujets relatifs :

,
Le textile technique tisse sa R & D

Le Ceti (Centre européen des textiles innovants) sera doté de moyens ultramodernes et abritera une salle blanche pour doper la recherche sur les textiles techniques.

© D.R.

- La technicité et le développement d'applications dynamisent le secteur du textile. Deux pôles de compétitivité favorisent l'innovation et la création d'entreprises.

«Le plus stratégique pour les professionnels du textile est de sortir du textile », assène Stephan Vérin, délégué général du pôle de compétitivité UpTex. Dédié aux textiles innovants, ce pôle est implanté dans le Nord - Pas-de-Calais. Son atout : introduire le textile dans de nouveaux secteurs, pour profiter de sa légèreté, de sa recyclabilité et de ses propriétés mécaniques et physico-chimiques très spécifiques. Bâtiment, aérospatial, médical, électronique... Autant de débouchés possibles pour la filière. « Je ne crois plus dans la structuration verticale. Nous sommes passés d'une époque en filières à une ère des entreprises en réseau de façon transversale », analyse Stéphan Vérin. Une réorganisation qui porte ses fruits. Le marché français des textiles techniques croît de 3 % par an, d'après Euratex, l'organisation européenne de l'habillement et du textile. « La filière textile a été la première touchée par la globalisation, il y a quinze ou vingt ans. Nous sommes maintenant au même point que bien d'autres industries ; certaines sociétés ont des croissances à deux chiffres, d'autres meurent. Celles qui survivent le doivent beaucoup à la valeur ajoutée de leurs produits », conclut Stephan Vérin.

Deux pôles de compétitivité

Les textiles techniques, des produits particulièrement innovants, sont donc une aubaine pour le secteur. Avec 150 entreprises et 9 000 emplois, la région Nord se situe au deuxième rang derrière Rhône-Alpes (150 entreprises et 10 000 emplois). Cette dernière s'est bien sûr également dotée d'un pôle de compétitivité, Techtera.

« La différence entre UpTex et Techtera est déjà philosophique. Pour nous, l'innovation ne concerne pas que les textiles techniques, un terme que je n'aime pas. On se concentre également sur l'innovation immatérielle (luxe, design, marque). La maîtrise de la chaîne de distribution est aussi une valeur ajoutée. Cependant, nous avons des thèmes de recherche technologique identiques », explique Stephan Vérin. Du point de vue rhônalpin, « la seconde différence est l'action. Nous sommes davantage engagés dans le transfert technologique et la formation que le Nord », estime Jean-Charles Potelle, directeur de Techtera. Pour autant, le Nord est aussi très actif dans la formation puisqu'il abrite l'École nationale supérieure des arts et industries textiles (Ensait), première école européenne du secteur textile, avec en moyenne 120 étudiants sortant chaque année. Dans les faits, les deux pôles se sont globalement plutôt partagé les marchés, avec chacun leurs spécificités. Le tissu industriel du Nord est essentiellement composé de PME, tandis que Rhône-Alpes héberge quelques poids lourds tels que BlueStar Silicones (ex-Rhodia), Porcher Industrie ou Thuasne. Parmi la centaine d'entreprises de Techtera, 17 ont un effectif supérieur à 500 personnes (contre 7 sur les 80 entreprises membres d'UpTex). Le Nord s'est fait une spécialité dans les nontissés, Rhône-Alpes excelle en nano-microstructurés. Bref, il y a effectivement des différences régionales. Cependant, les deux pôles travaillent sur les mêmes thèmes. Les textiles qu'ils conçoivent se retrouvent dans le médical (culture biologique, implants), le transport (tissus et composites pour l'automobile et l'aéronautique), le bâtiment (isolants thermiques, sonores), l'agriculture (pour la protection des cultures), l'électronique, les équipements de protection individuelle, et de façon plus traditionnelle dans l'habillement avec, par exemple, des vêtements chauffés ou lumineux.

Fédérer plusieurs forces industrielles

Des rapprochements entre disciplines sont obligatoires. C'est l'une des raisons d'être du Ceti, le Centre européen des textiles innovants. Le nouvel outil du pôle UpTex, qui devrait voir le jour en 2010, a pour maître mot "la mutualisation des moyens", résume Xavier Flambard, directeur de l'Ensait. « Grâce à lui, nous allons faire travailler ensemble des gens qui, auparavant, étaient géographiquement éloignés. Il va apporter une synergie, fédérer des forces industrielles et de recherche au service du textile et renforcer l'émulation », se réjouit-il. L'Ensait a déjà prévu d'y installer quelques-uns de ses laboratoires, tout comme l'École nationale supérieure de chimie de Lille, l'École des mines de Douai ou l'école des Hautes études d'ingénieur (HEI). S'y joindront, des équipes invitées ou permanentes issues du monde de la santé, des biotechnologies, des agroressources, etc. Par exemple, EuraSanté, avec qui UpTex vient de signer un partenariat pour développer ensemble des sujets sur les thématiques du traitement des plaies, de la culture/filtration biologique et des implants. « Au niveau technologique, nous avons identifié quatre grands noeuds d'innovation : les polymères (notamment avec l'extrusion réactive), le génie textile ou comment développer des produits innovants très spécifiques à partir des nouveaux polymères et de l'évolution de nos technologies, les non-tissés et la finition (par exemple la fonctionnalisation)», détaille Stéphan Vérin. Le centre sera doté de matériel ultramoderne : outils pour voie fondue, de filage sous solvant, de complexage et de traitement plasma pour la finition, nouveaux procédés de tricotage/tressage en 3D... et aussi appareils de mesure des propriétés mécaniques et physico-chimiques. Le Ceti abritera aussi une salle blanche et une salle grise (pour les technologies du carbone).

Un incubateur d'entreprises

« Les appareils ne sont pas encore achetés car, en deux ans, les technologies peuvent évoluer. Mais nous avons commencé à discuter avec les fabricants pour des machines très spécifiques », explique Gérard Loingeville, président du comité scientifique économique et technique d'UpTex, en charge de la partie scientifique et technique du Ceti. Au final, le matériel représente la moitié des 40 millions de l'investissement total. Les 12 500 m2 du centre (dont 6 600 m2 d'ateliers et 2 500 m2 de laboratoires) sont destinés à accueillir des équipes étrangères et à devenir le plus gros projet européen de développement en matière de R&D textile.

Mais le Ceti est aussi et surtout un outil pour les PME. « Il va nous permettre d'accéder à différentes compétences et de réunir en un même lieu des moyens matériels », confirme Xavier Thierry, responsable commercial chez le tricoteur Dylco. Dopeur d'innovation, le centre se veut également un incubateur d'entreprises. L'IFTH Nord (Institut français du textile et de l'habillement), qui oeuvre au transfert de la recherche fondamentale en applications pour les entreprises, sera donc présent. Tout comme le service d'activités industrielles et commerciales, né cette année à l'Ensait. « L'un des axes fondamentaux de l'évolution du textile français est de casser les productions de masse pour apporter des réponses spécifiques. Il faut miser sur des petites séries à forte valeur ajoutée », estime Gérard Loingeville. Grâce à la concentration de matériel et de compétences sur un même site, la conception et la mise sur le marché de nouveaux produits seront plus rapides. « Les outils de prototypage pourront devenir des outils de production pour petites séries, même si le premier rôle du Ceti reste la création d'entreprises », rappelle Gérard Loingeville.

Du côté rhônalpin, Techtera se dote également d'une nouvelle structure : le Technopark Mistral. Même surface (environ 12 000 m2) que le Ceti, même échéance (2010), mais un investissement deux fois moindre (19 millions d'euros) et un rôle un peu différent. Ce projet est destiné à structurer encore plus l'innovation et le développement, ainsi qu'à offrir des espaces aux recherches collaboratives et à la création d'entreprises. Car Techtera, même s'il n'a pas le qualificatif de mondial, n'en est pas moins très actif. Les projets sont souvent de taille importante, de 3 à 5 millions d'euros, avec une dizaine de participants et une collaboration entre grandes entreprises et PMI ainsi qu'une implication à l'international. C'est par exemple le cas du projet Silicotex, développé avec BlueStar Silicones et porté par l'entreprise Ganzoni. Il regroupe 15 partenaires dont 7 industriels et dispose d'un budget de 6,5 millions d'euros. Il s'agit de développer à partir de silicones de nouvelles formulations et de nouveaux procédés pour aboutir à des fibres et à des textiles aux fonctionnalités ciblées grâce à des propriétés particulières (hydrophobie, adhérence, respira- bilité, inertie, élasticité...). Tout en gardant à l'esprit les enjeux environnementaux par la substitution de matériaux nocifs et d'économie d'énergie dans la fabrication.

Des projets complémentaires

Dans une première phase, un centre d'incubation d'entreprises et de projets (Incubatech) sera créé en janvier 2009 à l'IFTH d'Écully (Rhône). Dans un deuxième temps, le Technopark Mistral sortira de terre. Pour Jean-Charles Potelle, directeur du pôle Techtera, « Mistral est un incubateur géant pour créer une accélération de mise sur le marché de nouveaux produits ». Si l'activité concerne en priorité les textiles techniques, elle profite aussi à toute la filière textile, y compris traditionnelles de confection et d'ameublement, car les machines utilisées sont globalement de même nature (tissage, tressage, etc.).

Le Mistral et le Ceti ne sont pas concurrents. « Nos projets sont complémentaires », affirme Jean-Charles Potelle. Techtera devrait d'ailleurs être impliqué dans la gouvernance du Ceti.

Ces deux projets de grande envergure sont un signe supplémentaire du réveil de la filière textile. Un réveil constaté par le directeur de l'Ensait. « En trois ans, les attentes des étudiants ont évolué, et nous avons beaucoup plus de demandes d'inscription. Nous sentons un changement radical de l'image de l'école et du textile, observe Xavier Flambart. Le travail est pérenne pour un jeune qui se lance. Désormais, le textile ne peut plus créer d'emplois non qualifiés. Au contraire, il génère et générera des emplois très qualifiés. ».

LES CINQ DOMAINES PRIVILÉGIÉSLes équipements de protection individuelle

- Ces gants anticoupures sont en Vectran, une fibre en polymère à cristaux liquides. De 15 à 20 % plus résistante qu'un polyéthylène haute technicité, elle se combine à d'autres matériaux pour conférer des propriétés antifeu, pare-balles, etc. Les équipements de protection individuelle sont très consommateurs de textiles techniques, pour obtenir des caractéristiques telles que résistance, luminescence, etc.

Le bâtiment

- Pour l'isolation, l'étanchéité, les toiles enduites ou les câbles, le bâtiment fait de plus en plus appel aux textiles hautes performances. Le Tyvek, de la société Dupont, s'installe par exemple en sous-toiture. C'est un non-tissé en fibres de polyéthylène haute densité, qui assure l'étanchéité au vent et à l'eau, tout en étant perméable à la vapeur d'eau.

Le sport

- Les textiles techniques trouvent de nombreux débouchés dans les cordages, voilures, ou pièces telles que pagaies ou battes de baseball. Ce câble compact et sans allongement est constitué d'une âme tressée en aramide et d'une gaine en polyester. Six fois plus léger que l'acier et très résistant aux flexions, il est conçu par la société nordiste Cousin-Trestec, et destiné au marché de la voile pour les haubans et autres bastaques.

Le médical

- Cet implant de renforcement semi-résorbable pour le traitement des hernies inguinales est composé de 10 % de polypropylène allégé et de 90 % de PLLA, un polymère résorbable qui génère une fibrose cellulaire aidant à la cicatrisation (produit par Cousin Biotech). Outre les implants et prothèses, le médical utilise des textiles techniques pour les vêtements des praticiens, des articles de contention ou de soin, comme les compresses.

L'électronique

- L'électronique intégrée aux vêtements est une idée qui fait rêver depuis suffisamment longtemps pour qu'elle ait un nom : la textronique. Mais, dans les faits, les applications sont peu nombreuses. En revanche, le textile a trouvé sa place dans les composants électroniques, comme pour cette plaque de circuit imprimé. Porcher Industries, l'une des grosses entreprises du secteur textile innovant, fabrique les tissus de verre utilisés pour leur haut degré de stabilité dimensionnelle et leurs bonnes caractéristiques d'isolation électrique.

3,9 milliards d'euros

> C'est le chiffre d'affaires de la production française de textiles techniques en 2005. Ce chiffre place la France en seconde position européenne derrière l'Allemagne. source : Union des industries textiles

DEUX RÉGIONS TRÈS ACTIVES

Voir PDF

POUR EN SAVOIR PLUS

- Sites des pôles de compétitivité www.techtera.org et www.up-tex.fr - Activateurs de projets Institut français du textile et de l'habillement : www.ifth.org - Réseau d'industriels d'innovation du textile et de l'habillement : www.r2ith.org

vous lisez un article d'Industries & Technologies N°0900

Découvrir les articles de ce numéro Consultez les archives 2008 d'Industries & Technologies

Bienvenue !

Vous êtes désormais inscrits. Vous recevrez prochainement notre newsletter hebdomadaire Industrie & Technologies

Nous vous recommandons

L'impression 3D stimule l'innovation

L'impression 3D stimule l'innovation

La gamme de matériaux disponibles pour une utilisation dans des machines de fabrication additive ne cesse de s'élargir. Une diversification qui[…]

01/09/2016 | PRODUITS
Les plastiques recyclés montent en gamme

Les plastiques recyclés montent en gamme

L'AUTOMOBILE VERSION LIGHT. PAGE 22

L'AUTOMOBILE VERSION LIGHT. PAGE 22

L'automobile version light

L'automobile version light

Plus d'articles