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Le Sud manque de PME innovantes

THOMAS BLOSSEVILLE tblosseville@industrie-technologies.com
Depuis juin, Michel Laurent préside l'Institut de recherche pour le développement. Longtemps concentré sur la recherche scientifique, cet organisme accentue ses efforts de transfert technologique. À la clé, l'ambition d'essaimer des innovations dans les pays du Sud.

I. T. : Nos usines puisent beaucoup de matières premières dans les pays du Sud. Comment pérenniser ce modèle industriel ?

Michel Laurent : Le changement climatique est un paradigme qui s'impose à tous. Dans tous les scénarios, il aura un impact sur l'accès à l'eau, sur les cultures vivrières, sur le cours des matières premières... Il faut travailler sur la prévision. Mais aussi, par exemple, à l'adaptabilité des plantes au stress hydrique. Asie du sud-est, Afrique, Amérique latine... La zone intertropicale possède une biodiversité terrestre extraordinaire, dont certaines substances servent notamment dans les cosmétiques. Ce n'est pas un hasard si des pays comme la Chine investissent dans des terres en Afrique. La France n'en a pas les moyens. Alors qu'elle investisse dans la connaissance !

I. T. : Est-ce le rôle des industriels ?

M. L. : Le Sud n'est pas qu'un terrain pour la recherche. Là-bas, des hommes et des sociétés attendent des effets sur leur développement économique. Un grand contraste subsiste entre la richesse des ressources et la pauvreté des populations. Il faut créer un cercle vertueux, ce qui passe par un large spectre de technologies.

I. T. : Quels secteurs sont les plus concernés ?

M. L. : Le Sud est de plus en plus demandeur de transferts technologiques. Il lui manque tout un ensemble de PME innovantes. Mais les solutions doivent être adaptées à ses problématiques. Les gisements d'innovations résident dans tout ce qui contribue au développement des populations. Les besoins portent sur la santé, l'accès à l'eau, à l'alimentation, à l'énergie... Prenez l'optimisation de l'exploitation des ressources agricoles. Pour décider des semis, il faut prévoir la mousson, ce qui suppose des images satellitaires, des capacités de modélisation et de traitement des données... Autre exemple, avec la société française Nutriset, l'IRD a développé une barre alimentaire à base d'arachide. Sa composition est brevetée. Le besoin est considérable : 25 à 30 millions d'enfants de moins de cinq ans souffrent aujourd'hui de malnutrition dans le monde.

I. T. : Face à ces défis, quelle est la place des grands groupes industriels ?

M. L. : Le Sud ouvre des perspectives aux PME. Les grands groupes, eux, sont déjà présents. Ils voient beaucoup ces pays comme des marchés. Désormais, l'enjeu sera de contribuer à la formation locale et à l'amélioration des connaissances pour soutenir le développement économique. Cette démarche ouvrira-t-elle de nouveaux marchés aux grands groupes ? Pas forcément. Mais à trop ignorer ces sujets, ils risquent d'en pâtir à moyen terme. Si le rapport Nord/Sud ne repose que sur l'exploitation des ressources naturelles, il ne sera pas durable.

I. T. : À quoi ressemble une innovation adaptée au Sud ?

M. L. : Un partenariat vertueux doit répondre aux priorités des gouvernements locaux. S'en assurer est du ressort de l'IRD. Mais nous demandons, aux industriels du Nord, d'impliquer les acteurs du Sud. Pourquoi la propriété intellectuelle serait-elle réservée aux pays industrialisés ? L'IRD possède des partenaires académiques, comme les universités. Il faut former les cadres locaux, notamment des doctorants. Eux seuls sont capables d'assurer le développement. Sinon, il ne sera ni durable, ni socialement responsable.

PARCOURS

Michel Laurent est professeur des universités, spécialiste de neurosciences comportementales. Né en 1953, il a présidé l'université Aix-Marseille 2. Il a occupé le poste de directeur général de l'IRD pendant quatre ans, avant d'en prendre la présidence.

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