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Le sous-traitant devient concepteur

Mirel Scherer

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Avec la création d'un bureau d'études et de méthodes, de puissants moyens de CFAO et d'usinage 5 axes, l'entreprise de mécanique a totalement changé de métier.

Passer de la fabrication de moules pour l'automobile au statut de sous-traitant émérite dans le domaine hyperpointu de l'aéronautique civile et militaire : c'est la transfiguration réussie par Normatec, une PME dont l'usine se trouve à Bully-les-Mines (Pas-de-Calais). Une aventure technologique et humaine hors normes que Daniel Sobolewski, le créateur de l'entreprise, a menée de main de maître. Au coeur de cette mutation, la création de toutes pièces d'un bureau d'études très performant.

C'est en 1985 que ce directeur technique d'un équipementier important de la région décide de lancer sa propre entreprise. « Je voulais changer de casquette, devenir un décideur », explique cet ingénieur mécanicien, diplômé de l'Insa de Lyon (Rhône). Sitôt dit, sitôt fait : il reprend alors les rênes d'une petite société de dix personnes qui traversait une passe difficile. Une entreprise spécialisée dans la fabrication de moules en acier pour l'automobile, une production réalisée dans un atelier de 1 000 m2 à Bully-les-Mines. En 1989, Daniel Sobolewski met en oeuvre une démarche à la fois conquérante et originale pour attaquer ce marché du moule d'extrusion-soufflage pour l'automobile. Il investit fortement pour pouvoir proposer à ses clients une solution complète, allant des études à la fabrication des moules.

Un bureau d'études au top niveau

Commence une course contre la montre pour créer de toutes pièces un vrai bureau d'études, installer des moyens d'usinage évolués, mais également assurer une organisation de la production garante d'une qualité sans reproches des pièces fabriquées. Plusieurs postes de travail équipés du logiciel de CFAO (conception et fabrication assistées par ordinateur) 3D Euclid sont installés, des concepteurs sont embauchés et l'atelier est doté d'une machine de fraisage de grande dimension - une Rambaudi pilotée par une commande numérique Fidia. La suite de l'histoire prouve que Daniel Sobolewski a fait le bon choix.

Rassurés par la capacité du bureau d'études à traiter des pièces complexes en 3D et par la possibilité de les fabriquer en respectant leurs standards de qualité, les équipementiers sont au rendez-vous. Normatec devient vite une référence. La gamme de produits fabriqués s'étoffe en passant des moules pour les réservoirs à des conduits d'aération et des conduits moteur ainsi que des moules d'injection pour des pièces sous capot ou d'habillage intérieur.

« Nous sentions arriver, au cours des années 1990, une crise qui risquait de balayer tout ce travail car l'entreprise réalisait 90 % de son chiffre d'affaires dans l'automobile », poursuit l'ingénieur. Qui décide de changer son fusil d'épaule. Et il n'a pas froid aux yeux car c'est à un secteur particulièrement exigeant qu'il attaque : l'aéronautique.

Le nouveau Normatec ne fera pas les choses à moitié. « Nous avons pris contact avec un grand constructeur aéronautique de la région, Dassault Aviation, pour tester ses besoins en études et fabrication », précise le responsable. La rencontre se solde par un succès, car l'usine Dassault Aviation de Seclin (Nord) tourne à plein régime grâce, entre autres, à l'afflux de commandes pour ses avions d'affaires.

Côté bureau d'études, Normatec est au top niveau. Aussi bien en ce qui concerne les compétences, les dix concepteurs rompus aux complexités des moules n'ayant aucun problème pour migrer vers la conception aéronautique, que pour le matériel et les logiciels. « Nous sommes passés en 2000 directement à la version 5 du logiciel Catia, une solution très prisée dans l'aéronautique et dotée de fonctionnalités FAO 5 axes puissantes indispensables pour traiter les éléments de structure des avions civils et militaires que nous voulions assurer », indique Daniel Sobolewski. Un choix qui facilite le dialogue avec les différents donneurs d'ordres. Et rien n'est laissé au hasard. Les pièces fabriquées sont chères : il n'y a donc qu'à simuler le programme d'usinage avant de passer à l'acte. L'entreprise installe alors le logiciel NCSimul de Spring.

L'entrepreneur insiste sur le rôle essentiel de la simulation : « C'est une source précieuse de gain de temps qui ne doit pas manquer dans les ateliers qui sont confrontés à ces usinages complexes et précis ».

L'histoire s'accélère avec la construction d'un hall de 1 100 m2 dédié depuis 2004 à la fabrication aéronautique, et l'achat d'une machine UGV 5 axes, une Ramespeed de Rambaudi avec broche de 30 kW et 24 000 tr/min. Deux autres équipements UGV 5 axes suivent, une Dino avec têtes 3 et 5 axes et une Pragma avec table rotative de FPT.

Un nouveau défi apparaît alors pour le bureau d'études, qui assure aussi les travaux de méthodes. À la maîtrise de la CAO 3D et de la FAO 3 axes, il doit ajouter rapidement les compétences de la programmation en 5 axes simultanés. Six mois seulement lui suffiront pour maîtriser ces savoir-faire. Peu à peu, forcé par la conjecture automobile qui provoque une véritable hécatombe chez les moulistes, Normatec s'oriente totalement vers l'aéronautique. Une activité en plein essor grâce aux programmes d'avions civils comme l'A380, mais aussi militaires auxquels la société participe dorénavant.

Un ensemble ambitieux d'équipements

Pour y parvenir, un autre plan d'investissement encore plus ambitieux voit le jour. Côté études et FAO, la société ajoute à sa panoplie de moyens de conception six stations de travail équipées du logiciel Catia V5 de Dassault Systèmes. En production, 3 millions d'euros sont alloués à l'achat de quatre machines UGV 5 axes : une Huron KX 100 pour les pièces moyennes, deux Huron KX 200 pour les grandes pièces jusqu'à 3 m de longueur ainsi qu'une Rambaudi Ramfast. Un succès qui, selon Daniel Sobolewski, est dû aux qualités exceptionnelles du bureau d'études (compétences et moyens) et des départements qualité et administratif de l'entreprise. Mais aussi aux équipements d'usinage hautement productifs et performants.

Depuis un an, le nec plus ultra pour détecter la démarche d'usinage idéale se trouve au bureau d'études : le logiciel d'analyse vibratoire conçu par Elps. « Nous pouvons ainsi déterminer les bonnes conditions d'utilisation d'un outil de coupe ce qui est un gage de qualité », indique Daniel Sobolewski.

Reste maintenant à exploiter d'autres domaines comme le ferroviaire ou l'énergie. Équipée avec des moyens haut de gamme, la PME aborde l'avenir en toute confiance.

LE BUREAU D'ÉTUDES

- 10 concepteurs Les outils - 6 postes de CFAO équipés de Catia V5 et un poste Catia V4 - Un poste de travail équipé du logiciel de simulation NCSimul V8 - Le logiciel d'analyse vibratoire d'Elps

L'ENTREPRISE

- Créée en 1985 à Bully-les-Mines (Pas-de-Calais) - Usinage pour l'aéronautique civile et militaire - 4 millions d'euros de chiffre d'affaires - 40 personnes

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