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Le rôle crucial de la génomique végétale

Propos recueillis par Stéphanie Cohen
- Groupe coopératif détenu par 600 agriculteurs, Limagrain est le quatrième semencier mondial et le premier indépendant (1 milliard d'euros de chiffre d'affaires). Dans un contexte agricole difficile, le groupe continue à penser que la génomique végétale est indispensable à la création de nouvelles variétés. Dans sa stratégie agro-industrielle, Limagrain joue aujourd'hui sur tous les leviers, depuis la génétique jusqu'au produit fini.

Industrie et Technologies : Comment faites-vous pour rivaliser avec les géants de l'agrochimie ?

Daniel Chéron : C'est notre stratégie de partenariat qui nous permet de rivaliser avec les multinationales. Nous avons très vite compris, quand les agrochimistes se sont intéressés à notre métier, que nous ne pourrions pas y arriver seuls. Les technologies mises en jeu sont trop lourdes et coûteuses. C'est pourquoi nous avons décidé de créer une force française en biotechnologie. Avec nos concurrents semenciers Pau-Euralis et Ragt et deux filières agricoles spécialisées, nous avons fondé la société commune de biotechnologies Biogemma, qui réalise des recherches sur les grandes cultures.

Nous avons ensuite fait de même pour la recherche dans le domaine potager et monté avec nos concurrents hollandais une société en biotechnologie et génomique végétale Keygene. Par ailleurs, nous avons formé, avec de nombreux partenaires du privé et du public, le Groupement d'intérêt scientifique Génoplante, qui réalise des recherches en génomique végétale fondamentale et appliquée sur les principales espèces cultivées en Europe.

Notre recherche est donc pyramidale. Génoplante au sommet fournit des connaissances en génomique à Biogemma qui développe alors de nouveaux outils de sélection. Ceux-ci sont ensuite transférés à nos soixante-dix stations de recherche réparties à travers le monde.

I. T. : Les biotechnologies sont essentielles dans votre métier. Quels axes privilégiez-vous ?

D. C. : Les biotechnologies sont devenues un outil indispensable pour les sélectionneurs. Elles permettent d'obtenir des outils plus performants et plus précis pour l'amélioration des plantes. Très en amont, la génomique végétale permet d'identifier les relations gène/fonction et offre ainsi deux voies d'amélioration des plantes. D'une part la transgenèse et, d'autre part, le marquage moléculaire. Ce deuxième volet est en pleine évolution. Les marqueurs moléculaires permettent de suivre le gène d'intérêt au cours des croisements successifs et donc d'accélérer et de faciliter la sélection. Ce sont des sortes de drapeaux qui marquent le gène et le positionnent sur son chromosome. La génomique végétale joue un rôle crucial dans ce domaine, car elle nous permet tous les jours de découvrir des marqueurs plus proches du gène étudié et donc plus performants.

I. T. : Comment gérez-vous les deux volets transgenèse et marquage moléculaire ?

D. C. : Nous menons les deux voies en parallèle. Nous avons, par exemple, découvert deux gènes conférant une tolérance accrue à la sécheresse, l'un dans le maïs, l'autre dans le sorgho. Dans un premier temps, la transgenèse nous sert d'outil de recherche pour étudier les propriétés des gènes. Ensuite, selon les résultats, nous optons pour l'une ou l'autre des voies : soit la transgenèse, soit la sélection assistée par marqueurs si ce gène est identifié dans l'espèce concernée. Mais ce qui importe avant tout, c'est la diversité des gènes d'intérêt dont nous disposons. Ainsi, nous avons découvert un gène conférant une résistance au puceron dans... le melon ! Avant de nous lancer dans la transgenèse, nous regardons d'abord par génotypage si ce gène existe dans le génome d'autres espèces, même dans une variété très lointaine de celles utilisées en agriculture.

I. T. : La diversité génétique dont vous disposez est donc essentielle.

D. C. : En effet et c'est l'une de nos forces. Avoir accès à une source de variabilité génétique, ça ne s'improvise pas. C'est grâce à nos acquisitions sur le plan international que nous disposons d'espèces végétales très variées qui sont une énorme richesse pour l'amélioration des plantes. C'est d'ailleurs parce que l'accès à la diversité génétique est essentiel que nous nous battons pour faire accepter, au niveau mondial, le Certificat d'obtention végétale selon lequel un sélectionneur peut utiliser une variété protégée comme source de variabilité génétique. Si la nouvelle variété créée est suffisamment différente de la première, aucune redevance ne peut être demandée. Cette position "booste" la recherche au lieu de la bloquer.

I. T. : Vous vous intéressez depuis peu aux ingrédients et produits finis, notamment depuis l'acquisition des Pains Jacquet. Quelle est votre stratégie dans ce domaine ?

D. C. : Nous avons fait le choix d'être à la fois semenciers et industriels pour pouvoir jouer sur les deux leviers : la génétique et le process. Au sein de notre laboratoire Ulice, nous pouvons adapter, grâce à la génétique, la qualité de la matière première en fonction des procédés qui vont être utilisés en première et deuxième transformation. On essaie ainsi d'intégrer toutes les demandes, de l'agriculteur au consommateur. Des gènes ayant un intérêt technologique sont identifiés et suivis au cours de croisements. Nous avons une halle pilote qui nous permet ensuite de tester les propriétés de transformations des nouvelles variétés et de pouvoir ainsi associer un caractère génétique à une propriété technologique. Nous avons mis plusieurs années à réunir les outils nécessaires à ce type de recherche et nous sortons aujourd'hui les premiers produits. Conférer de nouvelles propriétés aux farines, aux améliorants ou aux auxiliaires de panification est un axe que nous souhaitons vivement développer.

LES CHIFFRES CLÉS

La R&D chez Limagrain - 12 % du chiffre d'affaires de l'activité professionnelle sont consacrés à la R&D, soit 72 millions d'euros en tout - 900 personnes, soit 18 % de l'effectif - 20 brevets déposés en 2003-2004

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