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« Le risque de décrochage de la France sur les technologies d’impression 3D est réel », alerte Christophe Eschenbrenner, Président de France Additive

Alexandre Couto
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 « Le risque de décrochage de la France sur les technologies d’impression 3D est réel », alerte Christophe Eschenbrenner, Président de France Additive

Organisées par l’association France Additive qui rassemble 130 acteurs français de l'impression 3D, les Assises Européennes de la Fabrication Additive (AEFA) débutent aujourd’hui. Jusqu’au 10 juin, chercheurs et industriels vont pouvoir échanger sur les tendances du secteur. Christophe Eschenbrenner, Président de France Additive, a expliqué à Industrie & Technologies l'importance de cet événement et pourquoi il est nécessaire de fédérer l’écosystème Français autour d’enjeux clés.

 

Industrie & Technologies : Votre association, France additive, est organisatrice des Assises Européennes de la Fabrication Additive (AEFA) qui s’ouvrent ce 8 juin. Quel sont les objectifs de cet événement ?

Christophe Eschenbrenner : C’est avant tout le partage d’expériences et de points de vue sur la fabrication additive. Les AEFA vont rassembler pendant trois jours la plupart des acteurs français de l’impression 3D, issus aussi bien des milieux académiques qu’industriels. Notre souhait est de fédérer notre écosystème, qui regroupe de nombreux secteurs d’activité et de nombreuses technologies, autour de thématiques fortes. Il est encore trop fragmenté.

Pour autant, même si ce rendez-vous est important pour les acteurs français, nous le voulons le plus ouvert possible. Des intervenants en provenance d’Allemagne, des Pays-Bas, du Danemark et même de Nouvelle-Zélande vont apporter leurs éclairages sur les grandes tendances de la fabrication additive. Il est essentiel d’avoir cette approche globale pour mieux comprendre nos forces et nos faiblesses et ouvrir la filière française à ce qu’il se passe à l’international.

Quels sont aujourd’hui les principaux pays dans le domaine de l’impression 3D ?

Le peloton de tête est constitué du trio Allemagne, Etats-Unis et Chine, où l’on voit des marché de taille, des investissements massifs et des brevets déposés en grand-nombre. Chacun possède des spécificités : aux Etats-Unis par exemple, l’écosystème financier est favorable aux investissements ; l’Allemagne essaie quant à elle d’avoir un leadership technologique dans certains domaines, notamment sur l’impression 3D métal ; la Chine, enfin, bénéficie d’un écosystème très avancé, d’un marché intérieur dynamique et d’acteurs de la recherche disséminés dans de nombreux laboratoires dans le monde.

Et la France ?

La France fait partie d’un second peloton, qui comporte le Royaume-Uni, le Japon, la Corée du Sud, l’Italie et la France. Les pays de ce groupe ont des atouts, mais le fossé est important avec les pays leader. Et, il faut l’avouer, la situation de la France au sein de ce deuxième peloton est précaire.

En comparaison, le Royaume-Uni et l’Italie investissent plus que nous dans la fabrication additive, aussi bien pour l’acquisition de machines que pour faire avancer leur R&D. Le parc d'imprimantes français est à la septième position mondiale et notre marché de la fabrication additive représente le tiers de celui de l’Allemagne. Nous essayons d’alerter les pouvoirs publics sur ces sujets car le risque de décrochage de la France sur les technologies d’impression 3D est réel !

Nous avons pourtant des acteurs majeurs de l’impression 3D dans l’Hexagone…

Oui, c’est vrai. Notre écosystème possède de nombreux atouts. Prodways, par exemple est une entreprise phare dans l’impression 3D industrielle. AddUp, également dans le domaine de la fusion laser sur lit de poudre métallique (SLM). Nous avons également des acteurs dans le domaine des matériaux avec des sociétés innovantes comme le groupe Eramet dans les poudres métalliques, ou encore Armor dans les matériaux polymères.

Dans le domaine de l’impression 3D béton, une société XtreeE a progressé ces dernières années et son récent partenariat avec Lafarge-Holcim va certainement accélérer cette dynamique.

Même au niveau des marchés, nous avons mieux identifié les débouchés potentiels de l’impression 3D avec des produits de pièces finies dans le médical ou encore l’aéronautique.

Qu’est-ce qui vous inquiète dans ce cas ?

Les investissements sont insuffisants et surtout la France est absente sur certaines technologies émergentes d’impression 3D. La fusion laser sur lit de poudre n’est plus une technologie en disruption. Elle est maîtrisée, et à part ajouter plus de lasers dans l'imprimante pour accélérer les temps de cycle, le processus ne va plus tellement évoluer.

Ces dernières années certaines technologiques prometteuses ont fait leur apparition, comme le binder jetting ou le jet jusion. Ces deux techniques consistent à projeter un liant ou une encre réactive sur un lit de poudre. Elles permettent de répondre à certains besoins industriels. L’innovation dans ce domaine vient des Etats-Unis, avec des sociétés comme Desktop Metal ou HP.

En ce qui concerne les technologies qui font la part belle à la robotique, comme l’impression 3D par dépôt d’énergie directe (DED) ou la fabrication additive arc-fil (WAAM), les Français commencent à se positionner grâce à leur maîtrise des têtes d'impression. Les applications possibles de ces innovations doivent cependant être mieux identifiées.

La France a souvent une posture un peu attentiste dans l’innovation et la prise de décision. Mais les choses peuvent être accélérées grâce notamment à des start-ups innovantes.

Concrètement, comment éviter le décrochage de la France ?

Il faut faire de l’impression 3D une filière industrielle à part entière. C’est notre volonté au sein de l’association France Additive. Le 9 avril dernier un nouveau comité stratégique de filière, intitulé « Solutions Industrie du Futur » (SIF), a été labellisé. Nous avons participé à l’élaboration de ce comité, avec l’Alliance Industrie du Futur et le Symop.

La Fabrication additive est l’un des piliers de ce comité, qui va nous permettre de créer des synergies avec les grandes filières industrielles. Cela va avoir un effet de levier important sur l’essor de notre filière.

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