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LE PROJET ROUMAIN DE FORD

Mirel Scherer

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- Pour faire face à une croissance de ses ventes européennes, le constructeur américain entend doper la production de l'ex-usine Daewoo de Craiova qu'il vient d'acquérir.

Le 21 mars 2008. Devant un parterre trié sur le volet auquel ne manquaient ni le président ni le Premier ministre roumains, Ford signait à Craiova, à 200 km de Bucarest, le rachat de Daewoo Automobile. Fin donc d'un feuilleton qui aura duré deux ans avec un épilogue dicté par la Commission européenne. La compagnie américaine est ainsi obligée de restituer au gouvernement roumain 27 millions d'euros d'aide jugée illégale par l'Union européenne. Et qui s'ajoutent aux 57 millions d'euros déboursés par le constructeur de Detroit pour acquérir l'usine de Craiova.

Seul en lice pour finaliser l'achat de cette usine après le retrait de General Motors et d'un constructeur russe, Ford réalise malgré ce renchérissement imprévu, une très bonne affaire. Premièrement, cette usine constitue une véritable bouffée d'oxygène pour le troisième constructeur mondial, car les capacités de production lui faisaient cruellement défaut en Europe.

Une transformation technologique s'impose

Président de Ford Europe, John Fleming confirmait ce choix dans une interview accordée en septembre 2007 à la télévision roumaine. « Nous avons visité plusieurs usines en Europe et celle de Craiova nous a séduits par son infrastructure et surtout par sa main d'oeuvre remarquable », précisait le responsable. « Une aubaine car nos quatre grandes usines européennes sont au taquet », se félicitait le président.

Les ambitions du constructeur américain, qui s'ajoutent à celles de Dacia, la filiale du groupe Renault qui fabrique les Logan à Pitesti, feront de la Roumanie une des principales plates-formes de fabrication automobile en Europe du Sud-Est. Les chiffres se passent de commentaires : 300 000 véhicules fabriqués à l'horizon 2009-2010 et le même nombre de moteurs. Un investissement chiffré à 650 millions d'euros dès cette année, suivi par 1 milliard d'euros chaque année jusqu'en 2012 (par comparaison, Renault a investi entre 1999 et 2007 1 milliard d'euros dans l'usine Dacia de Pitesti). « L'unité roumaine fabriquera dès 2009 entre 30 000 et 50 000 véhicules utilitaires de type Transit Connect », dévoilait John Fleming lors de la signature du contrat à Craiova. « Et une nouvelle petite automobile, conçue par nos bureaux d'études en Allemagne et en Grande-Bretagne, sera fabriquée ici à 2010. » Autant dire que l'usine, qui s'étend sur 106 hectares dont 36 sont disponibles et qui fabriquera à Craiova ce véhicule ultramoderne, doit se refaire une santé, technologique bien sûr. « Créée en 1976 grâce à un accord avec Citroën, l'usine a connu plusieurs vagues de transformations technologiques », explique Ion Ion, le directeur de l'usine et un des vieux routiers de l'industrie automobile roumaine. En effet, l'usine, telle que nous l'avons vue en octobre 2007, est marquée par la marque de fabrique des constructeurs. Des noms comme, excusez du peu, Citroën, General Motors et Daewoo. « Notre savoir-faire est très étendu, de nombreux techniciens ont été formés par ces constructeurs en France ou en Corée du Sud », remarque quant à lui Mihai Radu, le directeur des ventes de l'usine. « Toute la production est informatisée, des robots sont utilisés comme dans la plupart des usines pour le soudage de la caisse, la pose de mastic ou de lunettes. Nos bancs de tests sont à la pointe et nous sommes les seuls en Roumanie à posséder un dispositif capable de réaliser un test d'étanchéité. » Chef du département Moteurs, Robin Gheorghe renchérit. « De la fonderie intégrée à l'usinage et au traitement thermique, l'objectif de qualité parfaite a été toujours au centre de nos préoccupations. D'ailleurs, 99,8 % des moteurs que nous contrôlons sur les dix-huit bancs de tests ne présentent aucun défaut. Nous attendons avec impatience les nouvelles lignes flexibles d'usinage que Ford installera bientôt pour augmenter nos cadences. »

Le savoir-faire est présent sur le site

Car bien sûr, l'usine doit être remise à niveau techniquement. Mais elle est d'ores et déjà organisée selon les normes les plus modernes et les compétences nécessaires y sont présentes. Fortement intégrée, cette usine fabrique tout sur place : des sièges au moteur en passant par la planche de bord injectée. Très peu de composants arrivent de l'extérieur, fournis par les 66 sous-traitants roumains. Malheureusement, l'usine n'a jamais atteint la capacité maximale pour laquelle elle a été conçue, soit 250 000 véhicules par an (en 2007 elle n'a fabriqué que 20 000 automobiles Matiz). Il a fallu donc utiliser la main d'oeuvre pour fabriquer d'autres composants, comme les moteurs (capacité : 240 000 par an) et les boîtes de vitesses (capacité : 160 000 par an). Autant dire que l'on sait tout faire à Craiova.

Plusieurs projets de modernisation seront mis en oeuvre progressivement. Tout d'abord l'usine sera remodelée selon le SPF ou système de production de Ford : largement inspiré des pratiques Toyota, il vise une réduction drastique des coûts et des délais. Des travaux d'automatisation des lignes d'emboutissage existantes seront lancés et la fabrication de la caisse à blanc sera revue et corrigée. Selon les spécialistes de Ford, les moyens les plus modernes seront mis en oeuvre et on peut penser que cela concerne, entre autres, le soudage laser. L'usine adoptera peut-être le soudage robotisé à distance qui est en cours d'installation chez plusieurs constructeurs européens. Autre source de réduction des coûts et d'amélioration de la qualité.

Véritable goulot d'étranglement pour la production, l'unité de peinture connaîtra elle aussi des transformations importantes pour pouvoir faire face à des cadences horaires compatibles avec les 300 000 véhicules qui sortiront des lignes annuellement. Une attention particulière sera accordée, comme dans les autres départements de l'usine, à l'écologie et au développement durable avec l'utilisation des peintures à bases hydrosolubles.

Adoption de l'usinage à grande vitesse

Les lignes transfert de fabrication des éléments pour les moteurs et les boîtes de vitesses existantes dans l'usine laisseront la place à des équipements tout aussi productifs et surtout, plus flexibles. Comme dans les autres usines européennes comme celle de la Française de Mécanique en France, des lignes dotées de centres d'usinage à grande vitesse seront sans doute installées. Plusieurs spécialistes de ces solutions ont été ou seront consultés comme Comau, Emag ou Grob par exemple.

Côté assemblage général, les zones de finition et le plateau de retouche seront dotées de nouveaux équipements qui compléteront les cinq scanners existants.

Reste l'épineux problème de l'effectif qui est censé croître de 3 900 à 7 000, voire 9 000 employés. Où Ford trouvera-t-il la main-d'oeuvre qualifiée qui fait tant défaut en Roumanie actuellement ? « Nous mettrons les moyens nécessaires pour attirer de nouveaux collaborateurs », répond confiant John Fleming. « À ce titre, nous allons développer notre collaboration avec les universités locales. »

Lentement mais sûrement, le pôle industriel de Craiova commence à se réveiller...

CRAIOVA : 30 ANS D'HISTOIRE

> 1976 Création d'une société mixte avec Citroën (fabrication d'Oltcit sur la base du modèle Axel) > 1991 Départ de Citroën > 1994 Création de Daewoo Automobile Romania > 1997-2007 Production de Cielo, Nubira, Matiz..., de moteurs et de boîtes de vitesses > 21 mars 2008 Acquisition de la société (74,2 % des actions) par Ford > Eté 2009 Sortie du premier Ford Transit Connect > 2010 Fabrication prévue d'un nouveau modèle

300 000

C'est l'objectif de Ford pour 2011 : 300 000 automobiles et 300 000 moteurs par an production exportée à 90 % (70 % pour les moteurs) - L'effectif passera de 3 900 à 7 000 personnes, voire 9 000 (30 000 emplois avec ceux créés chez les sous-traitants). - L'investissement initial est de 675 millions d'euros. Les dépenses s'élèvent à 1 milliard d'euros par an jusqu'en 2012.

COMPLÉTER L'ÉQUIPEMENT EXISTANT

Pour l'assemblage général les équipements du montage seront adaptés aux dimensions des nouveaux modèles et la vitesse de défilement améliorée

LA FIÈVRE IMMOBILIÈRE NE FAIT QUE COMMENCER

« Si vous voulez travailler avec Ford, il faut réagir vite, très vite... » s'exclame Ion Ion, directeur de l'usine de Craiova (photo). En effet, l'annonce de l'arrivée de Ford a fait s'envoler les prix des terrains. Une situation qui affole les sous-traitants du constructeur américain dont certains sont déjà depuis plusieurs semaines à la recherche d'une solution pour implanter leur future usine. « Trois euros le m2 ? À ce prix le maire n'a qu'à vendre le terrain de son père. Moi je suis en négociation avec une société importante de la capitale à qui j'ai demandé 20 euros/m2. Maintenant je vais leur demander 50 euros/m2. » La réaction d'Ion Serban, un businessman local qui a eu le bon réflexe d'acheter quelques terrains à Filiasi, une localité à 36 km de Craiova, décrit bien la fièvre immobilière qui sévit dans la région. Selon les agences, les prix des terrains fluctuent actuellement entre 15 et 150 euros/m2 en fonction de la distance de Craiova et des utilités qu'ils présentent.

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